Lutte contre la discrimination socioéconomique - Le Temps Tunisie
Tunis Mercredi 21 Novembre 2018

Suivez-nous

Nov.
21
2018

THEMA : Les droits économiques et sociaux

Lutte contre la discrimination socioéconomique

Samedi 31 Mai 2014
نسخة للطباعة

Un work-shop a été organisé, hier, par le Forum Tunisien des Droits Economiques et Sociaux (FTDS) et le Réseau Arabe des associations non-gouvernementales de Développement (ANND). L’atelier avait pour thème le débat autour du rapport relatif à la politique de la protection sociale en Tunisie.
Ledit rapport fut rédigé par l’experte Mme. Leïla Benzarti. Le workshop a été axé, hier, sur les contraintes et les risques qui menacent les principes de la protection sociale, en tant que l’un des piliers des droits économiques et sociaux, et ce,  dans le Monde Arabe.

 

Tabous
Les droits économiques et sociaux n’ont jamais été abordés ni connus dans le monde arabe. Ces références les plus intrinsèques aux droits humains étaient méconnues dans nos sociétés arabo-musulmanes. Au lendemain des chamboulements sociopolitiques qui ont ébranlé l’ordre des choses, imposant ainsi une nouvelle réalité, politiques, citoyens, société civile et observateurs se sont retrouvés face à de  nouveaux défis. Les bouleversements  ont montré la face hideuse de systèmes économiques et sociaux défectueux et inéquitables. La marginalisation régionale, le chômage et l’exclusion ont alimenté l’appauvrissement, la haine et le déséquilibre socioéconomique entre les régions et les classes sociales. Le rapport parle de 15.9 millions de chômeurs dans le monde arabe (Moyen-Orient et Afrique du Nord) en 2013, alors qu’en 2007, le nombre de chômeurs était de 12.6 millions. A ce rythme-là, les experts parlent de 16.8 dans un an.
Face à cette situation de crise, la société civile œuvre à instaurer la nouvelle culture des droits économiques et sociaux. On parle, aujourd’hui, de la protection sociale dont le rôle est fondamental en termes d’équité économique régionale, de sécurité, de stabilité et de cohésion sociale.  Cette notion exhorte à une nouvelle distribution du développement économique et la préparation d’un terrain favorable à une nouvelle économie plus dynamique et attrayante.
Dans ce sens, le rapport de l’Observatoire des Droits Economiques et Sociaux de 2014 a étudié la réalité de la protection sociale dans le monde arabe. Les experts ont observé les manquements et les failles qui limitent l’impact positif et la capacité de ces droits dans l’instauration  des droits universaux.
Face à la propagation du libéralisme sauvage et les impacts nocifs qu’il a eus sur les droits économiques et sociaux dans le monde, y compris le monde arabe et les pays sous- développés, la société civile internationale s’est rendue compte que le seul moyen pour réaliser l’équité sociale et protéger les droits humains est de ne plus jamais dissocier le droit social du droit économique. La notion de la protection sociale en ce sens, a pris une ampleur telle que le sujet a pris progressivement une place primordiale dans les débats mondiaux sur le développement national, régional et mondial et sa relation avec les droits de l’Homme.
La volonté universelle associative de remettre les pendules à l’heure s’est fait pressante au cœur d’une réalité sociale appauvrie en termes d’égalité et de dignité citoyenne. Il est, désormais, plus qu’urgent de revoir les politiques de développement économique et social et réviser les systèmes en vigueur pour une nouvelle distribution des rôles. La crise économique mondiale qui a commencé en 2008 a montré à quel point les politiques de développement économique étaient défaillantes et à quel point ces derniers ont creusé le fossé de la pauvreté et du chômage. Les renversements ayant lieu dans le monde arabe en sont les meilleures preuves. D’où le nouvel intérêt ressenti envers la protection sociale dans ces pays.
Il est à rappeler que la campagne mondiale de la protection sociale a commencé il y a 11 ans. En 2009, les Nations Unies ont travaillé sur la mise en place d’un terrain favorable pour la protection sociale comme l’un des meilleurs moyens pour  sortir de la crise mondiale. Cette campagne a été suivie, un  an plus tard, par la Commission des NU du développement social en vue de consolider les stratégies de la protection sociale.

 

L’Etat doit garantir la protection sociale
A l’échelle arabe, c’est en 2012, que le Congrès du Travail Arabe, dans sa 39ème édition, a axé ses efforts et ses travaux autour de la question de «La protection sociale comme moyen de justice sociale et garant pour la postérité».
Pour le cas de la Tunisie, comme c’est le cas de tous les pays du monde arabo-musulman, il s’agit d’appliquer une série de recommandations effectuées par la société civile mondiale. Ces recommandations sont une sorte de guide. La recommandation 202 s’articule autour de certaines garanties à assurer. Il s’agit, à titre d’exemple de fournir une série de services, comme la protection sanitaire efficace et élémentaire, garantie d’une alimentation saine, de l’éducation et de la protection. Quant aux adultes, il s’agit de garantir aux chômeurs, aux mères, aux personnes âgées et aux handicapés  un revenu mensuel de base.
Les experts avouent que même si les plans de la protection sociale ne sont pas une potion magique, elles demeurent, une feuille de route très flexible et progressive qui aide des pays comme la Tunisie à se redresser en matière de développement tout en respectant et garantissant les droits socioéconomiques des citoyens. La protection sociale aidera l’Etat tunisien à lutter contre entre autres le chômage, la pauvreté et la disparité régionale. Dans ce même contexte, les experts ont exhorté les responsables politiques, le pouvoir en place et la partie civile à orienter les pouvoirs publics. Il s’agit de mettre de la pression sur les responsables gouvernementaux pour doubler d’effort et de s’impliquer encore plus dans la protection sociale comme une priorité dans leur agenda.
 

Recommandations de la société civile
La protection civile s’impose comme un droit fondamental qui englobe le droit de chaque citoyen aux services élémentaires et aux garanties sociales. Celle-ci doit être toujours en vigueur et ne doit pas s’arrêter aux périodes de crise et aux réseaux de sécurité sociale. Etant donné que l’Etat est obligé de garantir la protection sociale à tous les citoyens, les services élémentaires doivent être garantis par des institutions publiques qui ont leur poids.
Pour y parvenir, la société civile recommande à l’Etat de se fixer comme objectifs : un revenu minimal aux chômeurs, handicapés, femmes enceintes, enfants et personnes âgées, le droit aux soins sanitaires, à l’habitat et à l’éducation.
A l’échelle régionale, la société civile recommande que les objectifs de développement pour les années à venir doive compter les droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux. Les experts appellent, notamment, à peaufiner le débat, fixer les objectifs, analyser les problématiques et passer à la pratique. La lutte contre la disparité économique et sociale entre les régions et les classes doit être, également, une priorité. On recommande à toutes les parties prenantes de dresser un tableau avec des objectifs clairs qui luttent contre l’iniquité et consolident une nouvelle distribution équitable des pouvoirs économiques. Tous ces travaux doivent avoir pour seuls buts: la lutte contre la pauvreté et l’injustice sociale. Une fois ces deux objectifs réalisés, on peut parler de cohésion du tissu social et de succès de la justice transitionnelle.

 

Melek LAKDAR