Tunisie – Maroc : cessons de nous ignorer mutuellement - Le Temps Tunisie
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L’éditorial

Tunisie – Maroc : cessons de nous ignorer mutuellement

Samedi 31 Mai 2014
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Avec la naissance de l’UMA, à Marrakech, il était devenu permis d’espérer que le Maghreb épouserait l’air du temps de l’époque qui était aux regroupements régionaux.
A ses heures, Bourguiba visionnaire après la libération de l’Algérie, avait prôné un grand Maghreb… L’idée est restée, pour ainsi dire, suspendue en l’air, mais les intérêts croisés et opposés des pays du Maghreb ont fait que l’UMA en a été réduite comme l’a déclaré Hassan II à Anne Sinclair à «7/7», en « enfant rachitique » qu’il faudra nourrir.
Le conflit du Polisario entre le Maroc et l’Algérie rendait impossible la formation d’un regroupement géostratégique commun. Le refus de Bourguiba d’accepter la gigantesque Egypte dans cet espace allait à contre-sens avec les ambitions panarabes dévorantes de Gueddafi. Du coup, l’UMA éclatait avant même que de se constituer. Imaginons, tout juste, un mouvement, un Printemps arabe, avec une UMA bien sur pieds : la physionomie aurait été autre, et les implications tout à fait différentes.
Le Printemps arabe, né en Tunisie, aura emporté la dictature de Ben Ali et celle de Gueddafi. L’Algérie, rompue aux années de plomb lors de la cauchemardesque décennie 90, restait maîtresse de son destin, sous la férule de Boutaflika et de l’armée.
Le Maroc, lui, celui de Mohamed VI, démocratisait sa vie politique, signait des accords de libre échange avec l’Amérique et nous précédait dans le statut avancé au sein de l’Europe. De surcroît, grâce aux Investissements directs étrangers, aux délocalisations et à l’implication des hommes d’affaires marocains, le pays connaît une grande expansion économique, parce que le cadre à l’investissement y est incitatif, la corruption – jadis talon d’Achille du régime – y est presque éradiquée et, malgré un gouvernement à connotations islamistes, la machine démocratique y tourne à plein régime.
André Azoulay, premier conseiller de Hassan II et référent incontournable de Mohamed VI, nous déclarait, un jour, que le grand avantage commun de la Tunisie et du Maroc vient de leur éloignement géographique. Sauf qu’aujourd’hui les deux pays sont un peu trop éloignés l’un de l’autre. Il ne faut pas oublier que près de 50 mille marocains vivent (ou étudient) en Tunisie, et qu’il y a près de 5 mille tunisiens résidant au Maroc. En soi, on peut en faire un pont solide entre les deux pays, Mais pour le reste, il ya à espérer que la visite de Mohamed VI, transcende les petits malentendus hérités des « mésententes cordiales » entre Ben Ali et Hassan II, et que les deux pays redynamisent leurs échanges commerciaux. Car, en fin de compte, ils ne sont rivaux que sur deux terrains : le phosphate et le tourisme.

 

Raouf KHALSI