L’ombre de la Libye - Le Temps Tunisie
Tunis Mardi 25 Septembre 2018

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2018

L’ombre de la Libye

L’ombre de la Libye

Vendredi 30 Mai 2014
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L’attaque contre le domicile du ministre de l’Intérieur Lotfi Ben Jeddou a Kasserine, continuera à alimenter les débats les plus controversés. Qui est derrière cette attaque ? Quels sont ses desseins ? Certes, des zones d’ombre persistent au niveau du traitement sécuritaire de l’opération, mais au niveau stratégique aussi, il reste à creuser plus profondément encore.
Néji Jelloul, universitaire est perplexe. Il situe l’opération dans le contexte régional général. Il la lie à ce qui se passe en Libye. Il déclare au Temps : « Des accords sont en train de se nouer entre l’Egypte et Hafter. En Tunisie un courant d’opinions favorable à des arrangements avec Hafter est en train de se dessiner. Un consensus en cours entre l’Algérie, la Tunisie et la Libye, inquiète Ansar Chariâa. Pour cette organisation, la Libye est un point d’appui capital. Par la dernière attaque à Kasserine, ils ont visé la police. C’est une lettre de menace disant qu’ils peuvent attaquer au moment qu’ils veulent et à l’endroit qu’ils choisissent. On ne voulait pas attaquer la maison de Lotfi Ben Jeddou, mais on voulait lancer une menace à peine voilée. La Libye est la base de commandement d’Al-Qaïda. La Libye est en passe de devenir un nouvel Afghanistan. Je pense qu’il y aura une intervention…Les Jihadistes ne veulent pas que la Tunisie s’intègre dans le dossier d’Al-Qaïda qui a unifié son commandement ».
Quant au spécialiste en mouvements islamistes Alaya Allani, il pense que l’attaque terroriste avait pour but de nuire à l’économie tunisienne et envoyer  un nouveau message à l’État lui disant que les groupes terroristes sont en position de force.
Les  terroristes travaillent de concert avec les  contrebandiers, les gros bonnets du commerce parallèle.
Les terroristes veulent détourner l’attention du gouvernement et faire pression pour qu’il n’adopte pas les réformes fiscales qui vont nuire au commerce parallèle.
Pour d’autres analystes, l’opération de Kasserine vise directement le Gouvernement de Mehdi Jomaâ. Les dernières réussites enregistrées par les forces de sécurité à Médenine ont sapé le moral des jihadistes. Ils ont voulu prendre leur revanche. Les coups spectaculaires donné par les forces de douanes contre les trafiquants de drogue, ne pouvaient passer sans réaction. Le terrorisme et la contrebande travaillent la main dans la main. De même les succès réalisés dans la neutralisation de nombreuses mosquées qui étaient sous l’emprise des takfiristes, n’arrangeaient pas les Jihadistes. Ces mosquées étaient le lieu de diffusion de discours haineux et extrémistes.
Après cette opération terroriste, la bourse de Tunis s’est effondrée. C’est un des objectifs visés par les terroristes. Ils veulent saper l’économie du pays à travers le tourisme, pour pouvoir semer l’anarchie par la suite. Le gouvernement a ouvert les souscriptions à un emprunt national dans l’objectif de lever près de 500 millions de dinars. Cette initiative du Gouvernement ne peut réussir en l’absence d’un climat favorable. La confiance en l’avenir est capitale. La guerre psychologique menée par les terroristes tend à désespérer en l’avenir.
Par ailleurs, ils veulent porter un coup dur à la transition démocratique. Un climat d’insécurité ne peut favoriser la tenue d’élections transparentes et irréprochables.
Souhaitons, que la classe politique réagisse de façon constructive et trouve un terrain d’entente lors de la reprise du dialogue national, aujourd’hui. C’est une occasion pour se mettre d’accord sur le processus électoral. La fixation d’une date pour les prochaines élections permettra de clarifier les horizons et redonner confiance à la fois aux acteurs politiques et économiques.

 

Hassine BOUAZRA