Quelle démocratie en l’absence de toute stratégie sécuritaire ? - Le Temps Tunisie
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Quelle démocratie en l’absence de toute stratégie sécuritaire ?

Vendredi 30 Mai 2014
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Les coups durs se succèdent pour notre armée nationale et nos forces de l’ordre. Depuis plus d’une année, la tragédie se poursuit et le bilan s’alourdit. A chaque fois, on se contente de recenser le nombre de nos morts et blessés et de scander des slogans enflammés dont la flamme s’éteint au bout de quelque temps pour se ranimer à l’occasion d’une nouvelle effusion de sang. La Tunisie est plus que jamais sous la menace du terrorisme et les pouvoirs publics ne semblent pas prendre la question très au sérieux. Car, excepté les discours occasionnels, rien dans leur attitude n’augure de bon : elles affichent, toujours, la même position sans prendre la moindre mesure concrète sur le terrain. Et ce n’est certainement pas avec de simples paroles qu’on va pouvoir lutter contre ce fléau qui impose la mobilisation de gros efforts et de gros moyens et surtout une grande détermination.
Défectuosités
Qu’est-ce qui a changé au niveau des tactiques employées dans la guerre contre le terrorisme ? Rien. Les opérations se suivent et se ressemblent, et il n’y a que les noms des victimes et des lieux qui changent. Que ce soit au Mont Châambi ou ailleurs, nos soldats et nos agents de l’ordre sont, toujours, pris au dépourvu par les terroristes et se font abattre de sang froid sans qu’on fasse payer le prix à leurs assassins, à part une ou deux fois, douteuses pour certains. A chaque fois, on nous assourdit de promesses de représailles contre ces derniers, et à chaque fois, il ne se passe rien. On nous prend pour des enfants dont on essaye de calmer la frayeur par des propos rassurants. Croire à ces promesses, c’est croire au père Noël. Où est cette stratégie sécuritaire dont on ne cesse de parler ? Où est cet équipement performant qu’on a promis à nos forces de l’ordre ? Ce sont des paroles dans l’air, conçues juste dans le but d’apaiser les esprits et de laisser passer l’ouragan. La dernière opération de la cité Ezzouhour vient entériner des soupçons qui commençaient à prendre forme depuis un bon moment quant à la détermination du pouvoir politique d’éradiquer cette gangrène terroriste. Cela s’est vérifié dans la manière de s’y préparer. Est-ce avec de jeunes prosélytes qui ne sont pas bien entraînés et qui, de surcroît, sont très mal équipés qu’on va pouvoir lutter contre des terroristes bien aguerris et armés jusqu’aux dents ? Il est impensable que ces derniers organisent un massacre d’une manière aussi spectaculaire dans une ville qui est censée être cernée de tout côté. Comment se fait-il que la ville de Kasserine, devenue, malheureusement, le fief du terrorisme soit aussi délaissée ? Comment les terroristes peuvent-ils  y circuler en toute liberté sans qu’ils ne soient repérés, ni appréhendés par les agents de l’ordre ? Est-ce logique que l’opération terroriste la plus intimidante soit réalisée dans un périmètre du territoire national classé zone militaire ? Et après cela, M le porte-parole du ministère de l’intérieur vient nous parler de la nécessité de remonter le moral à nos forces de l’ordre en se taisant sur les circonstances qui ont entouré la tragédie comme si l’opération ne s’était pas déroulée au vu et au su de tout le monde. Il a demandé, avant-hier, sur le plateau d’Al Wataniya, à l’expert en matière de sécurité, M Nasr Ben Soltana, et à l’analyste politique, Slaheddine Jourchi, de ne pas parler de défaillance en matière de stratégie sécuritaire, ni d’insuffisance d’équipement. Mais à qui veut-il occulter ces vérités qui n’échappent plus à personne ? Aux terroristes ? Ils sont les premiers à les avoir constatés sur le terrain. Cessez, donc, d’essayer de tout dissimuler au nom du caractère secret de l’instruction. Ces vérités n’en font pas partie, elles sont repérables à l’œil nu. Cessez de traiter le citoyen comme un mineur qu’on doit placer sous tutelle, il a droit à l’information. Il ne demande pas d’être renseigné sur des détails se rapportant aux plans des opérations, mais juste sur les potentialités de l’Etat en matière sécuritaire lesquelles se vérifient par la stratégie de lutte contre le terrorisme et l’équipement des forces de l’ordre, des informations auxquelles il doit accéder. Il y va de sa vie et de l’avenir de son pays. Comment peut-on espérer des élections démocratiques dans un contexte aussi explosif ? Même le président de l’ISIE, M Chafik Sarsar, a tiré la sonnette d’alarme à ce propos. L’absence d’un plan d’action ainsi que la situation de nos agents de l’ordre, qui sont sous-équipés, ne sont pas de nature à rassurer le citoyen tunisien, et il a toutes les raisons de s’inquiéter. Dans un climat pareil, ces derniers n’ont pas le moral au beau fixe, non plus.
Les messages des terroristes
Les attaques terroristes, qui à chaque fois font des ravages humains, ont fait émerger un fait : toutes les victimes appartenaient à des familles nécessiteuses, c’est-à-dire qu’elles étaient des prolétaires, comme l’a dit le porte-parole du syndicat des forces de sécurité tunisiennes, M Imed Ben Hadj Khalifa. Est-ce un hasard ? Pourquoi tous les malheurs s’abattent sur les déshérités des zones marginalisées ? Pourquoi c’est toujours eux qui payent le plus lourd tribut ? Est-ce que ces pauvres agents sont la cible préférée des terroristes ? Ou bien est-ce que c’est leur destin qui les a mis sur leur chemin? Mais pourquoi ce destin est-il si discriminatoire et si cruel? Les spécialistes l’ont dit et les faits le confirment, M Ben Jeddou n’est pas et ne pourrait pas être la cible des terroristes. Qu’est-ce qu’il a fait pour l’être ? Rien. D’ailleurs, c’est pourquoi l’opposition a, vivement, contesté son maintien au sein du nouveau gouvernement. Et les quelques actions antiterroristes, dignes d’être considérées comme telles, ont eu lieu après le départ de la Troïka dont il faisait partie et dont la passivité et l’indulgence à l’égard des terroristes, pour ne pas parler de complicité, faute de preuves tangibles, étaient avérées. Si ces derniers ont visé le ministre de l’intérieur, c’était parce qu’ils voulaient terrifier les Tunisiens en leur transmettant un message selon lequel ils peuvent atteindre même celui qui est censé les protéger. Maintenant, on est bien édifié autant que les terroristes eux-mêmes. Ce n’est pas avec des armes modestes et des agents sous-entraînés et dont le nombre est si réduit qu’on va pouvoir les impressionner et les empêcher d’accomplir leur crime. Certains vont jusqu’à établir un rapport entre cet acte terroriste et le jugement de dissolution des LPR, le même jour. Quoi qu’il en soit, on n’en revient toujours pas. Comment ces terroristes ont-ils osé s’approcher du domicile du ministre de l’intérieur, situé seulement à quelques mètres de la zone de la garde nationale et du district de police ? L’exhibition de leur force et de leur savoir-faire ainsi que l’assurance dont ils ont fait preuve, comme l’ont rapporté des témoins oculaires, nous irritent encore plus. C’est tout un pays et tout un peuple qu’ils ont défiés. A voir ce qui vient de se produire et à entendre les menaces qu’Abou Iyadh vient de proférer et les prévisions de M Moncef Marzouki, il y a lieu de s’inquiéter très sérieusement. Nos forces de l’ordre gagneraient à se concentrer sur la lutte contre le terrorisme plutôt qu’à organiser une vraie chasse à l’homme contre les jeunes de la Révolution qui en sont les vrais protecteurs et qui n’épargnent aucun effort pour combattre ce fléau qui menace les femmes et les hommes libres de ce pays.
Preuves irréfragables
Décidément, les prochains jours seraient plus durs. Notre sécurité n’a jamais été aussi menacée qu’elle ne l’est aujourd’hui. Le plus inquiétant c’est que, bien que la vie des Tunisiens soit en péril, les autorités ne bronchent pas. Les noms des directeurs du ministère de l’intérieur et des hommes politiques ayant soutenu les terroristes, ceux des intermédiaires qui organisent les voyages de nos jeunes vers la Syrie ainsi que la liste des mosquées, qui promeuvent le terrorisme et lui servent de base, sont tous connus. Et le ministère public ne bouge pas le petit doigt, alors qu’il le fait, volontiers, pour des affaires mineures, et on continue à nous parler de justice indépendante. Walid Zarrouk, le membre du Syndicat de la police républicaine (SPR), l’a dit clairement : le ministère de l’intérieur est miné par les nominations partisanes. Il a raconté comment Taoufik Dimassi, l’ex directeur général de sûreté publique, a révélé qu’il a reçu des ordres de la part d’Ali Laârayedh, alors ministre de l’intérieur, de laisser partir Abou Iyadh, appréhendé à la mosquée Al Fath. Habib Rachdi, le secrétaire général adjoint de ce syndicat, a affirmé, de son côté, qu’il existait quatre cent vingt cellules terroristes rien que dans le Grand Tunis. Ces affirmations et plein d’autres faites par ces officiers et par tant d’autres se recoupent. Ces témoins sont tous unanimes à considérer que la sécurité parallèle existe bel et bien et que ces directeurs soupçonnés font acte d’obédience à Montplaisir et non pas au ministère de l’intérieur auquel ils appartiennent. Et la traque organisée par les habitants de Kasserine contre le député nahdhaoui, Walid Bennani, originaire de la même ville, en dit long. L’impunité bat son plein et on s’obstine, toujours, à qualifier le gouvernement Jomâa d’indépendant. Non seulement il n’a pas pointé du doigt ceux qui ont ruiné les caisses de l’Etat, mais de plus, et c’est le plus grave, il ne fait pas arrêter et juger les responsables dont les forfaits sont avérés et qui occupent des postes clés au sein des rouages de l’Etat. Qu’attend-il pour le faire ? Qu’on soit exterminés jusqu’au dernier ?     

 

Faouzi KSIBI