Divergences tenaces - Le Temps Tunisie
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Vers le report du dialogue national économique ?

Divergences tenaces

Mercredi 28 Mai 2014
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Des rumeurs insistantes circulent quant à un éventuel report du dialogue national. Conjoncture oblige, le dialogue national est reporté. A vrai dire, le report du dialogue économique national était prévisible surtout avec la position ferme prise par la première centrale syndicale concernant le refus de toute augmentation des prix des produits de première nécessité. Façon de dire, que l’ajustement des dépenses de subventions, volet principal dans le dialogue national fut l’objet d’une divergence parmi les initiateurs.  Pourtant, hier matin, Nidhal Ouerfelli porte-parole du gouvernement et  ministre chargé des Affaires économiques a démenti la suspension du dialogue national économique, sans pour autant infirmer la possibilité de son report. Sur les ondes d’ExpresseFM, il a précisé que le dialogue n'a pas été perturbé et a franchi de grands pas, tout en précisant que ce dialogue ne s'arrêtera pas. On apprend d’une source proche du dossier, que toute la logistique, la documentation ainsi que les intervenants sont déjà prêts. Sauf qu’il est impossible d’organiser la conférence économique nationale. A priori, le report, une fois décidé, serait dû aux divergences de positions concernant les décisions à prendre. Quoi qu’il en soit, un éventuel report de la date du dialogue économique aurait certainement des retombées. Ci-dessous éclairage. 

 

 

* Cinq questions à Fathi Nouri, Universitaire et Expert en économie.
« L’importance du dialogue économique ne réside pas dans  l’axe du temps, entre autres les dates fixées. Elle réside principalement dans les recommandations qui devraient être formulées grâce à ce dialogue »

Le Temps : quelles sont les conséquences du report du dialogue économique ?
Fathi Nouri : avant tout, je dirais qu’il faut se demander sur les objectifs de ce dialogue pour pouvoir évaluer les retombées d’un report. Mais, je tiens à préciser que l’importance du dialogue économique ne réside pas dans  l’axe du temps, entre autres les dates fixées. Elle se situe principalement dans les recommandations qui devraient être formulées grâce à ce dialogue. A ce propos, j’avoue que contrairement à ce que l’on pense, le dialogue national ne servira pas de matières pour l’élaboration de la loi de finances complémentaires 2014. Car, je pense que le projet loi n’est pas censé être touché par le report ou le retard du dialogue national. Je crois que la loi de finances complémentaire est déjà prête. D’ailleurs, elle devrait être adoptée le plutôt possible puisqu’elle a trop tardé à voir le jour.
En quoi consiste alors la tâche du gouvernement ?
Le gouvernement ne dispose pas de programme économique ni de feuille de route claire. Aucun programme de développement régional ni de création d’emplois ne sont définis par ce gouvernement qui a pour seul objectif de réduire le déficit budgétaire. En l’absence du programme économique, il serait obligé de recourir aux solutions classiques : augmentation des impôts et réductions des dépenses. Raison pour laquelle je dirais qu’il serait incapable de changer les choses en l’absence d’une feuille de route.
C’est-à-dire ?
La mission principale de ce gouvernement est l’organisation des élections. Il faut, par contre, préciser qu’il doit agir face à la situation économique actuelle. C’est dire, qu’il est appelé à prendre des mesures et des actions pour remédier aux difficultés économiques du pays. Or, jusqu’aujourd’hui, il n’a esquissé que quelques petites « retouches » à l’instar de la réduction des dépenses de subvention, sans pour autant avoir une vision claire qu’un programme économique peut assurer.
Peut-on parler d’un consensus économique après avoir réalisé un consensus politique ?
A ce propos je précise que sur le plan politique nous étions obligés de trouver un consensus. Conjoncture oblige (sécurité…), il a fallu que tous les partis politiques, enfin presque, se réunissent pour trouver des solutions à l’impasse politique que la Tunisie a connue. Or, sur le plan économique, la situation diffère, car nous n’avons pas cette contrainte de temps. Je dirais, à ce propos, qu’un consensus économique me parait une idée impensable. Histoire de dire qu’il est impossible de trouver un tel consensus avec les divergences- au niveau des mouvances et des idéologies- des différents partis politiques. Plus encore, je tiens à préciser que les partis politiques n’ont jamais « parlé économie », et même s’ils ont traité des questions d’ordre économique, ils avaient toujours tendance à les synthétiser en quelques points à l’instar du pouvoir d’achat. Le politique n’a pas abordé les principaux thèmes tels que la politique de relance d’investissement, de création d’emplois, etc…
On reproche au gouvernement d’obéir souvent au dictat des organisations professionnelles. Qu’en dites-vous ?
Quand je me rends compte que l’ensemble des  ministres tiennent des réunions périodiques avec les représentants de la centrale patronale (UTICA) je me demande souvent sur les motifs de ces réunions. Je m’interroge également si le gouvernement a changé de siège. Je me demande également à quoi l’UTICA pourrait servir le gouvernement ? A mon avis, l’UTICA devrait défendre le patronat, investir et créer de l’emploi tout en sollicitant à l’Etat des facilitées au niveau des infrastructures, de la fiscalité…

 

Propos recueillis par Zied Dabbar