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Elections européennes, le verdict amer : A droite… toutes !

Mercredi 28 Mai 2014
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L’Europe a viré ce week-end à droite avec une percée non négligeable de l’extrême droite et de ceux qui mettent en cause l’existence même de l’union avec 135 sièges au compteur. La gauche européenne recule sensiblement à 185 sièges et les libéraux de même. Seuls les verts font du surplace !
Il y a comme un vent de nationalisme et d’un retour à l’Etat national unitaire pour dire aux politiques de Bruxelles, deux choses : Limitez les dépenses de gestion de l’appareil administratif et trouvez une solution pour contenir l’émigration !
Le dernier volet qui nous intéresse à plus d’un titre est certainement le plus problématique parce qu’il met en équation, le développement des pays de la Méditerranée sud, de l’Afrique et d’une partie de l’Asie centrale, la poussée démographique surtout dans ces pays pauvres et la montée vertigineuse du terrorisme qui a fait tâche d’huile depuis le déclenchement du « Printemps arabe ».
L’Europe, en jouant la politique américaine du « laisser faire-laisser aller », sans aller aux véritables racines du phénomène migratoire, a cultivé chaque jour davantage le rejet de la population européenne et des classes moyennes majoritaires mais naturellement conservatrices, pour cette « invasion »’ des « déshérités de la terre », ou comme l’aurait dit Frantz Fanon ses « damnés ».
Des peuples entiers aux abois sans horizon ni avenir, prennent la mer, livrés à la propagande messianique et religieuse, au lavage de cerveaux systématique par des illuminés prédicateurs qui trouvent un exil généreux et parfois royal en Europe, à la recherche de la « terre promise » qui commence à Lampedusa et finit à Londres, Paris, Amsterdam et même à Oslo, en Norvège. D’ailleurs, les Scandinaves les plus adeptes de la social-démocratie, ont voté cette fois-ci largement à droite aux Européennes !
Les seuls pays qui ont limité l’hémorragie de ce rejet sont ceux qui ont fait un effort extraordinaire pour faciliter l’intégration des générations émigrées successives surtout les premières des années soixante. L’Allemagne est citée en exemple surtout avec l’intégration presque parfaite de la communauté turque évaluée à plus de 3 millions d’âmes.
Elle exige la connaissance de la langue allemande et d’un minimum de connaissance des lois du pays hôte à tout candidat à l’émigration.
Pour le reste, c’est très approximatif et l’intégration est toujours difficile. D’où ces jeunes par centaines et demain proche,  par milliers qui se font recruter par le terrorisme jihadiste par net interposé, et qui font actuellement leurs premières armes et leur « stage pratique » de la guerre idéologique en Syrie.
La question est par conséquent très compliquée, et la pression démographique aidant en plus de l’instabilité des pays du sud qui font un continent, si on y intègre le Sahara africain et les pays d’ouest qui le bordent, il est absolument prévisible que la pression migratoire va s’accentuer et s’intensifier vers l’Europe de l’Union… A moins que les gouvernements et les Etats européens se décident à prendre le taureau par les cornes d’ici les prochaines élections, car sans cela, il est même probable que l’extrême droite soit le futur locataire des lieux à Bruxelles !
Pourtant, les solutions existent et peuvent même engendrer une dynamique bénéfique pour tous y compris l’Europe.
L’approche fondamentale c’est un plan de développement équivalent au plan Marshall pour l’Afrique du Nord, de l’Atlantique au Nil. Qu’on le veuille ou non aujourd’hui ces espaces constituent la périphérie proche de l’Europe qui attend une meilleure intégration à l’espace économique et commercial européen
Par ailleurs, l’Europe doit réviser totalement sa politique étrangère avec une nouvelle approche qui aiderait ces pays à s’ancrer dans la modernité et non dans le terrorisme.
Le concept des « amis de la Syrie » est une véritable faillite généralisée, car il est impossible aujourd’hui de distinguer le « vrai » du « faux », le bon et le mauvais opposant à Bachar Assad.
Tout ce qui est bien vrai, c’est que l’Etat national moderne en Syrie est menacé de devenir tout simplement à l’image de ce qui se passe en Libye : Un Etat terroriste, siège d’El Qaïda et ses dérivés. L’opposition démocratique syrienne a été totalement submergée par le Tsunami jihadiste et pour les observateurs avertis, elle n’existe encore que comme force d’appoint à « Jebhat Annosra » et à « Daâech ».
Finalement, il y a eu une véritable translation des forces en présence vers un pôle lié organiquement à El Qaïda et non aux promoteurs de la démocratique libérale d’essence occidentale.
Je sais, il est difficile de dire à César qu’il s’est trompé car Rome ne peut s’avérer vaincue, ni accepter la défaite, mais César lui même est obligé parfois de faire les revirements nécessaires pour sauver son empire. Henri IV l’a bien fait en allant faire la messe à Paris car Paris le valait bien !
Finalement, les élections européennes et ses résultats plus que surprenants doivent pousser les décideurs européens à une nouvelle approche plus dynamique et plus solidaire avec les pays du Sud de la Méditerranée tout en révisant l’ensemble des choix d’une certaine Amérique qui a joué à tort la désintégration des Etats nationaux modernes pour de nouveaux modèles de sociétés qui jusque là n’ont rien donné à part la déferlante terroriste sur un « continent » aussi grand que l’Europe.

 

Par : Khaled Guezmir