L’impasse - Le Temps Tunisie
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2018

L’éditorial

L’impasse

Mercredi 28 Mai 2014
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Chafik Sarsar a raison de crier sa rage. On le nomme à la tête d’une institution (ou plutôt d’une machine) qui va organiser les élections d’ici fin 2014 et, en même temps, on fait tout pour l’obstruer. On veut aussi, indirectement, l’impliquer dans la physionomie qu’aura le prochain régime, plutôt la deuxième République : parlementaire, présidentiel ou panaché ?
Pourquoi indirectement ? Parce que, techniquement, la concomitance des législatives et de la présidentielle, ou le vote séparé, détermineront, en  filigrane, l’allure du régime.
Rached Ghannouchi et Ennahdha prônent la concomitance arguant que cela ferait gagner du temps et de l’argent à l’Etat. Or, on sait que ce n’est pas aussi altruiste qu’on le pense : « charité bien ordonnée, dit-on, commence par soi-même ». Ennahdha n’a cure de la présidentielle et, d’ailleurs, son poulain pour la course à Carthage est un homme grillé au sein même du parti : Hamadi Jebali. Elle le fera, donc, pour la forme. Son objectif premier reste, les législatives et une représentativité de masse dans le législatif, puisqu’elle bradera ses alliés de la Troïka, pour satelliser d’autres partis. C’est cela l’inconvénient majeur de la proportionnelle.
En plus, elle fera tout pour qu’il n’y ait pas de bipolarisation c’est-à-dire qu’elle ne se retrouve pas à découdre chaque jour avec une opposition tenace dans l’hémicycle, représentée par Nidaâ Tounes et ses satellites à elle aussi.
Pour sa part, Beji Caïd Essebsi, fourbe et naturellement manœuvrier, a plutôt défendu « la thèse » de la séparation entre les deux élections tout en affirmant qu’il serait préférable de commencer avec la présidentielle qui, rappelons-le, se fera à deux tours. C’est tactique. Car dans son esprit, croit-on deviner, le président élu et son parti auront une influence psychologique certaine sur les électeurs qui iront, après, voter pour les législatives. Et puisque les Tunisiens, malgré cinquante ans de dictature, s’identifient, quand même, toujours, en le régime présidentiel, dans l’imaginaire collectif, Carthage et non la Kasbah doivent rester l’épicentre du Pouvoir.
Il y a donc un sérieux blocage politique que Chafik Sarsar a raison de déplorer, parce que le temps lui est compté.
Il en appelle alors au bon sens des partis politiques qui doivent se prononcer sur la question. Or ceux-ci sont empêtrés dans leurs calculs étriqués.
Surtout que par mégarde, ou par calcul, la constitution n’a rien prévu dans ce sens.
Et alors quelle solution ? Si le temps le permettait on recourrait à un référendum. Sinon, il faudra bien que quelqu’un tranche. Malheureusement, le Quartet n’a rien prévu, lui, non plus, dans ce sens, dans sa feuille de route.

 

Raouf KHALSI