«Le vent se lève… ! Il faut tenter de vivre !» - Le Temps Tunisie
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Sep.
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2018

«Voix vives de Méditerranée en Méditerranée»

«Le vent se lève… ! Il faut tenter de vivre !»

Mardi 27 Mai 2014
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 La poésie ne vieillit pas, les vers ne meurent pas, les mots sont éternels. De Sète à Sidi Bou Said, la vague marine se fait l’écho des vers offerts pour partage, signe de ralliement. La poésie voyage sur les voies de l’errance et des retrouvailles. Les poètes sont de retour, venus des contrées méditerranéennes se poser, le temps d’une poignée de main fraternelle, d’un poème en offrande à notre terre, à notre mer. Le temps d’une halte, le bateau ivre de rimes, de sons et de sens, a posé l’ancre, a couvert  d’encre le parchemin des retrouvailles.
 De port en port, il porte sur son sillage les mots offerts, cœurs unis. De Tyr à Athènes, de Rome à Alexandrie, de Lisbonne à Istanbul, d’El Qods à Carthage à Sète, les mots sentent le sel et le miel. Organisée par l’Association «  Libre Culture » en collaboration avec la ville de Sidi Bou Said, ce festival a élu domicile, pour la première fois, chez nous.

 

«  Le vent se lève… ! Il faut tenter de vivre ! »
( Paul Valéry )

Quand les vagues se firent houleuses et que les déferlantes de l’obscurantisme s’abattirent sur nos côtes, les mal intentionnés pensaient gagner en posant leurs pas impurs sur notre sol, en imposant la loi de l’arbitraire, en étouffant nos voix et le chant des poètes. On s’attaqua à un député ayant déclaré que le peuple avait besoin de liberté, de dignité et de poésie. Virulente fut la réponse de la majorité censée représenter le peuple, mais qui ne défendait que les intérêts d’un parti avide de pouvoir. Et la poésie fut enterrée par les discoureurs des ténèbres, prompts à censurer la parole libre.
Ils croyaient gauler la pensée et  nous avons planté la graine de  la contestation. Ils croyaient creuser  le tombeau des mots et ils leur ont ouvert la porte du firmament. Ils croyaient museler les poètes et  le vent de la poésie a emporté leur règne, abattu les murailles qu’ils ont érigées  pour empêcher les mots de voyager. Ils croyaient assassiner les vers et ils leur ont donné des ailes pour traverser les frontières pour voguer vers les ports, s’arrêter  près des voiles en partance pour les terres d’accueil et d’amitié, là où les mots naissent de balbutiement et de silence, puis s’élancent et prennent leur envol.
 

«  Viendra un jour où même les pierres  
Diront ce qu’elles ont sur le cœur »  (  Vénus Khoury- Ghata )
Couverts d’embruns, perlés d’écume, les poèmes voyagent en quête d’une terre d’asile, le temps d’une lune de retrouvailles, pour y  déposer leur splendeur, couvrir de merveilles le bleu du ciel, l’azur et les vagues.
Sidi Bou Said fut, ainsi, terre d’échange et de partage des mots essaimés au gré du flux et des rencontres. Des poètes venus de tout bord, dire l’indicible des mots tressés d’amour, de souffrance, d’absence et d’émotion. Les mots pour la tragédie, le désespoir de l’exil, les tourments de l’errance.  Des mots pour la douceur des jours et la main tendue.
«  Sous le regard croisé
 Des soleils et des lunes » ( Moncef Ghachem )
 Siestes par sons et par mots,lectures au crépuscule, lectures à la chandelle, insomnie poétique et musicale, Lectures dans le patio et musique dans l’air, voix multiples qui se font écho, se répondent, répercutées par l’air marin et le chant des sirènes.
 «  Que toute chose se taise ! » ( Moncef Ouhaibi ) Ils ont été vaincus les barbares. Le mausolée de Sidi Bou Said reconstruit, ses visiteurs murmurent les magnifiques chants soufis. Le cercle des poètes méditerranéens chante la paix désirée, le chant retrouvé, la mer recommencée. Que les voix hideuses se taisent, à jamais.

 

Tounès THABET