La fin de l’impunité pour une organisation violente - Le Temps Tunisie
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La justice ordonne la dissolution des Ligues de protection de la révolution

La fin de l’impunité pour une organisation violente

Mardi 27 Mai 2014
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- Le  président de la Ligue dénonce une «décision politique» prise lors du dialogue national parrainé par le quartet

Le tribunal de première instance de Tunis a ordonné, hier, la dissolution de la Ligue de protection de la révolution  (LPR) et de ses diverses sections régionales. Les juges en charge de l’affaire ont également ordonné la saisie des biens et avoirs de la Ligue et de ses bureaux régionaux, conformément au décret-loi régissant l’activité des associations.
Le jugement relatif à la dissolution de la LPR et à la saisie de ses avoirs intervient après une plainte déposée par le chargé du contentieux de l’État au nom du secrétaire général du gouvernement.
La dissolution de cette organisation impliquée dans plusieurs actes de violences figure dans la feuille de route du dialogue national parrainé par les quatre plus grandes organisations nationales (UGTT,  UTICA, LTDH, Ordre des Avocats) et sur la base de laquelle le gouvernement de technocrates dirigé par Mehdi Jomâa a été mis en place.
L’un des avocats de la LPR,  Me Mohamed Chebbi,  a annoncé qu’il allait interjeter appel. Le tribunal de première instance de Tunis a, cependant, souligné que l’exécution de ce jugement  sera immédiate et a nommé un   liquidateur judiciaire à cet effet.  L’appel ne sera donc pas suspensif.
Réagissant au jugement, le président de la LPR, Mounir Ajroud, a dénoncé une «décision politique» et a accusé le  Quartet ayant  parrainé le dialogue national, d’avoir dicté à la justice de dissoudre son organisation.
Les avocats de la Ligue ont, d’autre part, estimé que les pièces figurant dans le dossier de la plainte déposée contre l’organisation «ne peuvent pas avoir valeur de présomptions, encore moins de preuves qui justifieraient sa dissolution ». Me Boubaker Ben Ali, l’un des membres du collectif de défense de la Ligue, «la procédure en question diligentée en application de la Feuille de route est une question politique par excellence transposée dans les arcanes des tribunaux pour les besoins d’un habillage juridique et de légitimisation ».

 

«Milice pro-islamiste»
La LPR est née sur les cendres des  comités des quartiers  de toutes tendances qui s’étaient constituées aux premières heures de la transition démocratique. Suite à l’organisation des élections et à la mise en place d’une  Assemblée constituante, seule leur composante islamiste est restée active. L’objectif affiché de la LPR et de ses antennes régionales, qui sont régulièrement accusés  par l’opposition d’être des milices au service d’Ennahdha, est de faire la chasse aux dirigeants du Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD).
Accusé de recyclage des «Rcdistes»  Nida Tounès constitue l’une de leurs cibles principales. Le 18 octobre, le responsable régional du parti à Tataouine, Lotfi Nagdh, a été tué dans des affrontements avec les ligues locales.  
Au fil des mois, ces ligues ont commencé à s’en prendre  à d’autres opposants au pouvoir islamiste. Le 4 décembre 2012, elles se sont attaquées  à l’UGTT, la centrale historique du pays. Les syndicalistes ont été accueillis à leur siège au cri de «Dégage». Plusieurs dizaines de personnes ont été blessées dans des affrontements.
Très actives sur Facebook, ces ligues accusées d’être des milices au service du mouvement Ennahdha n’épargnent pas sur les réseaux sociaux  l’écrasante majorité des partis d’opposition.
Sous le règne de la Troïka, les représentants de ces ligues ont été reçus dans les allées du pouvoir par des conseillers haut placés, dont certains partagent leur discours stigmatisant contre une opposition «contre-révolutionnaire» qui ne rassemblerait que des «suppôts de l’ancien régime» et des «laïcards aliénés».
Le conseil de la Choura d’Ennahdha avait appelé à maintes reprises à la libération des    des personnes arrêtées à Tataouine à la suite du lynchage du militant de Nidaa Tounès, Lotfi Nagdh.  
Ennahdha n’a pas, cependant, réagi hier à la décision de dissolution des ligues, que le président du parti islamiste avait qualifiées il y a quelques mois de «la conscience de la révolution».

 

Walid KHEFIFI