Quelle réaction des «gardiens de la révolution» ? - Le Temps Tunisie
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L’éditorial

Quelle réaction des «gardiens de la révolution» ?

Mardi 27 Mai 2014
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C’en est-il vraiment fini avec les Ligues de protection de la Révolution, milices proches de la mouvance islamiste et qui, encore plus que les salafistes, se sont autoproclamés « gardiens de la Révolution », à la manière iranienne du temps de Khomeiny ?
Ils sont nombreux, disséminés dans les quartiers chauds du pays et qui se sont fixé pour but – grâce à la myopie politique de Farhat Rajhi et de l’ancienne version d’Ennahdha qui y cherchait une sorte de « bras armé » - à se faire leur propre théorie de la Révolution, de combattre les « Azlams » (résidus de l’ancien régime), et de rétablir l’ordre révolutionnaire là où il risquait de s’effriter. Intimidation, passe-droit, démence revendicative : c’est ce qu’auront apporté les « gardiens du temple » à une Révolution qui a été pourtant pacifiste.
Pour autant, Mehdi Jomâa dame le pion à ses détracteurs épidermiques, en enclenchant le processus judiciaire de dissolution des Ligues. Il marque là, dans la légalité, un grand point, pour que le coup ne rate pas et pour se montrer aussi a la hauteur des exigences tout de même draconiennes de la feuille de route. En trois ans, les Ligues auront fait beaucoup de dégâts, procédé à des actes de violence se plaçant, et c’est grave, au dessus de la loi. Elles ont même réussi, avec une Troïka bien vaillante, à s’institutionnaliser au point que le président de la République, leur déroulait le tapis rouge, au Palais de Carthage.
Et pourtant, ces ligues ne sont pas une trouvaille tunisienne. Elles ont proliféré là où des révolutions fascistes ont eu lieu : avec Hitler, avec Mussolini et pratiquement dans tous les anciens régimes totalitaires (ceux qu’on appelait par anti-symbolisme Démocraties populaires). Maintenant il se pose une question, lourde d’implications et lourde d’avenir. Ces Ligues juridiquement dissoutes cesseront-elles pour autant d’exister ? Il ya un sérieux risque, en effet, qu’elles ne choisissent la dissidence et, donc, la clandestinité. Il faut s’y préparer.

 

Raouf KHALSI