O.P.A sur Nidaa Tounes - Le Temps Tunisie
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Un parti dans la tourmente

O.P.A sur Nidaa Tounes

Samedi 24 Mai 2014
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Un grand vide a caractérisé la scène politique tunisienne après les élections du  23 octobre 2011. Ennahdha, seul roi sur l’échiquier politique, accula tous ses adversaires à jouer les pantins lorsqu’ils ne sont pas dans leurs petits coins.
Un travail méthodique de remodelage de la société commença sur fond de thématiques aussi sensationnelles qu’idéologiques s’invitant au débat sur les grandes places médiatiques et décisionnelles.
L’adoption de la Charia comme source formelle de droit dans la constitution, la question identitaire ou encore la résurrection de l’institution des awkaf et des hbous étaient parmi les grands chantiers qu’Ennahdha voulut lancer au grand dam d’une large frange de la société qui y voyait une islamisation rampante  de la Tunisie à l’image de l’Iran de la révolution de 1978.
Il n’en fallait pas plus pour que le besoin de créer un contrepoids politique aux islamistes se fasse sentir surtout que 50% des Tunisiens n’ont pas voté et que 1300000 Tunisiens ne sont pas représentés à l’ANC à cause d’une loi électorale irrationnelle.
Naquit alors Nidaa Tounes, un parti ayant pour « idéologie », la préservation des acquis de la « Tunisité » et le rassemblement pêle-mêle de tous ceux qui avaient peur des islamistes, nonobstant leurs différences politiques.
Une composition hétéroclite et originale où la gauche sans complexe côtoie la droite libérale. Les destouriens donnant l’accolade aux rcdistes, dit-on repentis, le tout sous les yeux bienveillants d’un patriarche ayant pris le soin de bien choisir ses lieutenants. Le vaisseau Nidaa Tounes est prêt pour le lancement.
Depuis, le parti caracole en tête des sondages et certains parmi ses dirigeants le voient déjà remportant haut la main les prochaines élections.
Hélas c’était sans compter avec les luttes intestines qui ont commencé à le ronger depuis que les calculs de positionnement dans les structures en vue des prochaines élections commencèrent.
Le parti est désormais au bord de l’implosion et la quiétude qui y régnait vola en éclats depuis que la frange rcdiste, revancharde et arrogante prit les commandes, balayant d’un revers de main toutes les autres familles politiques, la gauche en premier.
La date du 15 juin est retenue pour la conclusion de cette O.P.A sur le parti. Son Chef  a invité les membres du conseil national qui est composé d’un bureau politique et des coordinations régionales et des Tunisiens à l’étranger, à un congrès constitutif.
Mais là où le bat blesse, c’est que les mille personnes, toutes nommées en fonction de leur courant et poids politique et surtout financier au sein du parti éliront les différentes structures dirigeantes du parti !
On réinvente la démocratie chez Nidaa Tounes  sur la base de : « je te nomme pour m’élire »!
Un air de déjà vu !

 

Le 15 juin : Remake du congrès
de Paris de décembre 2013
Le congrès électif de la coordination du parti Nidaa Tounes France Nord avait déjà annoncé l’intention de la frange rcdiste de prendre en otage les structures de la coordination.
D’abord, sollicitant des sympathisants sans passé politique pour mettre en place cette coordination, BCE parachuta « son ministre des affaires étrangères » comme ce dernier se plaît à le rappeler à qui veut l’entendre.
 Il s’agit d’un homme d’affaires établi en Allemagne qui fut, par ailleurs, membre du comité central du parti RCD dissous et qui a été parmi les premiers rcdistes à intégrer le bureau exécutif du parti Nidaa Tounes.
Devant la tension qui est devenue perceptible entre les deux composantes de la coordination de France Nord, le parti décida de la tenue d’un congrès électif pour choisir les membres élus de la coordination  sous la supervision de Mr Said Aidi , mandaté à l’occasion pour présider le congrès .
 Un fiasco qui passa sous silence dans les médias nationaux. Des témoignages concordants font même preuve de pugilats et d’interventions de barbouzes payées des deux clans.
L’élection du nouveau coordinateur a été faite. D’après certains membres du parti, ce coordinateur, connu pour être sous le coup de poursuites pénales dans l’affaire des falsifications des visas dans le consulat de France à Sfax», est un  ancien député qui prit les poudres d’escampettes et s’installa en France juste après le 14 janvier.
Proche du clan Materi et du dernier secrétaire général RCD et actuel conseiller de BCE  Mr Mohamed Ghariani, la coordination de France Nord ne pouvait espérer être entre de meilleures mains !
Le même modus operandi  semble étre retenu lors du congrès du 15 juin prochain.

 

Quel avenir pour la gauche au sein du parti ?
Si « Eole » devait un jour baptiser la gauche tunisienne, il lui donnerait surement le nom de « Sirocco », ce vent du secteur sud, qui contribue à faire murir un fruit pour le bonheur de celui qui le cueille.
Cette métaphore, n’en déplaise aux sympathisants de la gauche, a été encore une fois vérifiée si l’on croit le déclin de son aura une fois le parti mis sur les rails.
Sollicitée d’abord pour une opération d’embellissement  et de marketing politique avec des figures de proue dont le passé témoigne d’une intégrité sans faille à l’instar du secrétaire général du parti Mr Taieb Baccouche, la gauche, chez Nidaa Tounes a joué un rôle très important pour l’image du parti.
Cependant, au fur et à mesure que le parti prenait de l’ampleur, son rôle a commencé à s’estomper.
 Il est vrai que le rejet de la loi sur l’immunisation de la révolution, d’une part, et d’autres part l’abandon de la disposition relative à l’exclusion des rcdistes dans le projet de la loi électorale sonnèrent son glas.
 La messe semble dite pour elle. Nul besoin de la conserver. Elle ne sait pas unir ses forces pour imposer sa base populaire certainement moins importante que les plus que 2 millions d’anciens adhérents au RCD.
 Elle ne dispose pas, non plus, d’une assise financière conséquente et le souci de l’embellissement du parti est aujourd’hui révolu.
 A force d’avaler couleuvre après couleuvre, la gauche chez Nidaa tTounes souffre d’indigestion et semble poussée vers la sortie.
 « Vous avez bien fait votre travail ! On vous remercie mais votre mission s’arrête là ! » Croit-on lire en filigrane le dernier discours de BCE à l’attention de Mr Belhaj et compagnie.  Entre Realpolitik et morale politique, BCE vient de  trancher !
Cette gauche est désormais devant trois choix cornéliens vu ses chances minimes d’accéder aux structures du parti :
-Quitter le parti avant la tenue du congrès et être taxée de « déserteur ».
- Passer le cap du 15 juin et quitter après et elle sera taxée de « pleurnicharde »
- Rester dans le parti et boycotter le congrès et elle se fera marginaliser davantage, sans oublier sa responsabilité historique si un jour la frange rcdiste venait à s’emparer du parti.

 

BCE ou le spectre de Bourguiba en fin de règne
BCE ou le patriarche, un homme qui aime s’identifier au leader suprême. Un homme qui a su jusqu’à un certain moment gérer les différentes tendances du parti avec maestria, charisme et rigueur.
Cependant, devant les tumultes qui secouent de plein fouet son parti,  BCE nous rappelle  un Bourguiba en fin de règne. Assailli de courtisans, les bruits de la « cour » rapportent un parti pris pour son fils HCE, dont le seul mérite semble être le nom qu’il porte. Ce dernier, n’est certes pas une foudre de guerre politique, mais il constitue un remarquable paravent pour des fins tacticiens qui attendent leurs heures pour jaillir. L’un d’eux caresse même le rêve de briguer la magistrature suprême, son argent  rassemble et convainc !
L’après BCE se prépare dés aujourd’hui et la faucheuse est toujours présente dans les esprits…de tous !
Par ailleurs, BCE ne semble plus soucieux de l’image qui pourrait coller à son parti si la gauche venait à le quitter. Ennahdha a fait tellement de ravages pendant son règne qu’elle a fait oublier les affres subis par les Tunisiens sous l’ère du Déchu.
Dans sa dernière sortie télévisée BCE dit avoir été à l’ origine de l’abandon de l’exclusion des rcdistes des élections. Un exploit qu’il s’approprie. Un clin d’œil aux troupes de Mr Hamed Karoui et autres leaders qui se proclament de l’héritage bourguibien et qui nuisent à Nidaa Tounes par le grignotage qu’ils font de sa base « légitime ».
 Cet appel à la mobilisation générale est d’autant plus capital pour BCE qu’il vient d’être déclaré officiellement candidat de Nidaa Tounes aux Présidentielles.
Dormir dans le lit de Bourguiba et retrouver le paradis plus tard semble être les derniers vœux de BCE. Des vœux légitimes mais individualistes.
Ailleurs, de larges pans de la population tunisienne s’inquiètent du sort du parti, ignorant que leur salut passe avant tout par les desiderata de ceux en qui ils croient tellement !
O.P.A = Offre publique d’achat.

 

Anis Morai
Journaliste indépendant

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