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On ouvre nos frontières aux Israéliens et l’on bloque les Palestiniens

Deux poids, deux mesures

Samedi 24 Mai 2014
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La question palestinienne n’a jamais été aussi débattue, depuis le 14 Janvier, qu’elle ne l’est actuellement. Même, lors des débats autour de la constitutionnalisation de l’incrimination de la normalisation avec l’entité sioniste, elle n’a pas été posée avec la même acuité qu’aujourd’hui, et pour cause. La visite d’israéliens à notre pays, qui a coûté une motion de censure aux deux ministres, Amel Karboul et Ridha Sfar, n’est pas le seul élément qui alimente la controverse, le transit à l’aéroport de Tunis/Carthage de familles palestiniennes à destination de la Libye l’est aussi.

 

Les démarches de la Ligue
On voudrait revenir sur la question relative aux Palestiniens qui étaient bloqués à l’aéroport Tunis/Carthage suite à la suspension du trafic aérien entre Tunis et Benghazi en raison des derniers événements qui venaient de survenir en Libye. Manifestement, les autorités ont rectifié le tir au lendemain de l’intervention de la société civile, à l’image de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme et de Human Rights Watch. C’était grâce à la mobilisation de ces organisations et d’autres qu’elles ont daigné, enfin, broncher pour débloquer la situation, c’est-à-dire presqu’une semaine après l’arrivée de ces Palestiniens sur deux vols, les 16 et 17 mai dernier. Au début, le président de la LTDH s’est rendu sur les lieux et a demandé à ces dernières de changer leur lieu de résidence en les faisant loger dans un hôtel, dans l’attente de la régulation de leur situation, que ce soit par l’organisation de leur départ vers la Libye quand la situation sera stabilisée, soit en leur livrant des cartes de séjour. Ces autorités ont acquiescé en partie à la demande de M Abdessattar Ben Moussa, vu qu’elles n’ont accepté d’offrir l’hospitalité hôtelière qu’aux femmes et aux enfants, et ont gardé les hommes à l’aéroport en vue de procéder à un contrôle de sécurité. La LTDH a exprimé, dans un communiqué, sa solidarité envers les ressortissants palestiniens et a chargé Mme Assia Ben Hassan, membre du comité directeur, de contacter le Haut Commissariat des droits de l’homme des Nations unies. D’autre part, la Ligue a coordonné son action avec quelques associations de la société civile pour essayer, dans le cadre du respect du droit de circulation et en considération de leurs conditions humanitaires, de trouver une solution à ce problème afin de permettre à ces familles palestiniennes d’entrer dans le territoire tunisien. S’ils étaient rapatriés, ils seraient acheminés tout droit vers la fournaise syrienne du camp « Yarmouk » qu’ils ont fui, et dans ce cas, on serait responsable d’un génocide. En dehors de toute considération politique, l’état de santé critique de deux d’entre eux ainsi que la présence de deux enfants parmi eux auraient dû être pris en considération, parce qu’elles sont des conditions suffisantes pour leur réserver un traitement plus digne dès les premiers jours sans attendre la réaction de la société civile et des médias. Ces décisions prises au coup par coup trahissent les calculs des autorités qui craignent que des rapports ne soient établis entre les deux manières, totalement opposées, d’accueillir les Palestiniens et les Israéliens. Autrement dit, le ministère de l’Intérieur n’aurait pas livré un visa d’un mois aux premiers, après qu’il était initialement de sept jours seulement, et le ministère du Tourisme ne leur aurait pas offert l’hospitalité à son école d’Hammamet, si les événements n’avaient pas connu cette tournure et que ces derniers ne soient pas médiatisés, comme l’a bien dit Emna Guellali, la présidente de Human Rights Watch de Tunisie. Car, comme elle l’a expliqué, d’autres Palestiniens, dont des familles, se trouvent encore au centre d’accueil des émigrés d’El Ouardia où ils vivent dans des conditions inhumaines. Cette situation dégradante que connaissent les Palestiniens, qui sont mal reçus là où ils vont dans les pays arabes excepté l’Algérie, rend l’application de la résolution 194, adoptée le 11 décembre 1948 par l’Assemblée générale des Nations unies, plus qu’urgente.
 

Valeurs bafouées
Nos démocrates, défenseurs des Droits de l’Homme, qui défendent l’entrée des Israéliens sur notre territoire national devraient comprendre qu’au-delà du fait, qu’en tant que Tunisiens nous avons des comptes à régler avec Israël qui nous a agressés à deux reprises, en 1985 à Hammam Chatt, et en 1988 à Sidi Bou Saïd, le sionisme c’est une idéologie raciste qui est basée sur la supériorité de la « race juive » sur les toutes autres. Et l’Etat qu’ils ont fondé sur des bases criminelles, sur le sang et les malheurs des Palestiniens, et dont ils veulent faire un Etat théocratique, est le seul au monde où la géographie n’est pas enseignée à l’école. Cette omission n’est pas fortuite, mais bien délibérée, elle dévoile l’intention des sionistes de mettre la main sur l’ensemble du monde arabe. Ce projet colonial est mieux illustré par leur slogan de prédilection « Le Grand Israël du fleuve (l’Euphrate) jusqu’à l’Océan (Atlantique)», les limites de ce vaste monde convoité par eux. Il est, vraiment, inadmissible que l’on ouvre nos frontières à des Israéliens et que l’on refoule des Palestiniens. Le pire c’est que les voix qui se sont indignées quand on a dénoncé l’entrée des premiers se sont tues lorsqu’il était question de la non admission des seconds. Nos autorités n’en sont pas à leur première véto à l’endroit des Palestiniens, l’un d’entre eux, Ghassène El Nemr, diplômé de notre IPSI (institut de presse et des sciences de l’information), et qui était invité par cet institut pour prendre part à un séminaire sur l’investigation qu’il a organisé dernièrement, était interdit d’entrer et s’est trouvé obligé de rebrousser chemin. Ce comportement de la part des autorités tunisiennes de l’après 14 Janvier ne peut que porter atteinte à l’image du pays qui est le bastion de la révolution de la liberté et de la dignité, d’autant plus qu’on permet à certains ressortissants européens d’entrer chez nous rien qu’en se munissant de simples cartes d’identité. Cette liberté et cette dignité, gagnées de vives luttes, ne sont-elles pas en train d’être bafouées par ceux qui tiennent les commandes ?  

 

Faouzi KSIBI