Suspicions autour d’un Dialogue - Le Temps Tunisie
Tunis Mercredi 25 Avril 2018

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2018

L’éditorial

Suspicions autour d’un Dialogue

Samedi 24 Mai 2014
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Plus que quelques jours au Dialogue national économique et, déjà, les choses ne se présentent pas sous les meilleurs auspices. Les alliés d’hier de Mehdi Jomaâ lui font faux bond, à commencer par la Centrale syndicale, qui ne démord pas sur les augmentations salariales,  tandis que, de son côté,  l’UTICA affirme ne guère avaliser la proposition de majorer les salaires du privé à hauteur de 6%. En soi, il s’agit là d’un petit accroc entre UTICA et UGTT et l’on s’en passerait volontiers dans le contexte social actuel.
Beaucoup  d’acteurs de la scène politique prêtent à Mehdi Jomaâ l’intention d’imposer, lors de ce Dialogue, sa vision de l’économie nationale,  se basant sur les recommandations du FMI qui préconise tout bonnement la suppression de la subvention de certains produits de base, la libéralisation  du prix des hydrocarbures et, à terme, « l’élimination » pure et simple de la Caisse de compensation, lancée par Hédi Nouira, lors des années 70 et qui  avait contribué à l’âge d’or de l’économie tunisienne. Mehdi Jomaâ avait bien précisé, lors de sa récente conférence de presse que les dividendes de la compensation profitent plus aux classes aisées  qu’à la frange démunie ou carrément pauvre de la société tunisienne. Sauf qu’on ne peut pas toucher à certains produits de base comme le blé et la farine  et l’on a encore en mémoire les émeutes du pain de 85 et le fameux discours  de six minutes de Bourguiba,  qui était, tout bonnement, revenu  sur l’augmentation du prix du pain.
Il n’en demeure pas moins que Mehdi Jomaâ est, lui aussi,  dans sa logique. Les accusations de Hamma Hammami à son endroit sont, non seulement, virulentes, mais  également déplacées. Il n’est guère, en effet, dans les plans du chef du gouvernement de brader « les richesses du pays »  et « d’accentuer les inégalités sociales ». De surcroît, le projet de budget  alternatif préconisé par le Front Populaire charrie beaucoup de subjectivité inspirée d’un marxisme-léninisme, qui a fait son temps et qui n’est même plus de ce monde, pas plus en Chine qu’à Cuba, où règne  l’économie de marché et un néo-libéralisme  économique, parfois plus décapant que dans les pays occidentaux, fiefs  de l’ultra-libéralisme économique.
Maintenant, que peut-on exiger de Mehdi Jomaâ dans un pareil contexte économique ? Peut-on lui reprocher de prôner l’austérité, de prétendre  pouvoir dégager un cash flow  d’un milliard et demi de dinars par an ? Sauf que, de son côté, il devrait pouvoir tirer profit du Dialogue économique pour peaufiner  la correction du scandaleux budget de 2014.
C’est l’urgence première, pour relancer la productivité, la compétitivité de l’entreprise et, surtout,  la croissance. Car, avec un taux de 3%, nous n’irons pas loin.

 

Raouf KHALSI