‘’Le dernier des Mohicans’’* - Le Temps Tunisie
Tunis Mardi 18 Septembre 2018

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Sep.
18
2018

Héchemi Ghachem

‘’Le dernier des Mohicans’’*

Vendredi 23 Mai 2014
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 Dans son ultime  « Discours d’un jeune âne amoureux » Héchemi Ghachem ne lâche en rien son style vaillant, sur les bords cyniques, se revendiquant d’un monde humain, valeur en totale perdition dans une société où l’injustice ne compte plus ses vitesses et où l’artiste le vrai bute contre les murs de l’ingratitude. Une contestation de tous les instants que Héchemi Ghachem se décide à porter … la présenter comme ultime et nécessaire acte de révérence.
C’est du moins ce que confierait Chokri Ben N’sir son ami journaliste qui assurait l’essentiel d’un hommage posthume qu’on rend à Héchemi Ghachem. Soirée transformée en une rencontre opaque où l’on faisait les derniers adieux de ce qui nous reste de lui. Des souvenirs tenaces qui nous hanteront à jamais… et qui auraient commencé avec ce premier rôle joué dans un film français « A l’ombre des Caraïbes »
Tant d’ombre et tant de lumières dans la vie de l’artiste, qu’il assumait jusqu’en ses erreurs…
Débordant, généreux, enfant. Hier dans le temps, vécut Héchemi Ghachem… Un grand monsieur, mais sans l’esbroufe ni la parole superflue.
Sa carrière dans l’art, il l’a vécue comme une suite de haltes lui permettant de découvrir la magie de s’essayer à tous les genres artistiques. Peu importante la forme, l’essentiel est de faire les choses dans la justesse et la franchise.  
Depuis le temps des ‘’zinzins’’  en passant par ‘’Sicilia’’  ‘’Ajwa’’ ‘’Ya saheb Il Ray’’. Héchemi Ghachem multipliait les expériences entre compositeur, metteur en scène, acteur, critique d’art, ou écrivain… mais gardait toujours son pouvoir sur les mots. Il lance les propos, enfile les histoires les unes excellentes les autres moins bonnes. Et à chaque fois, même combat même succès partagés avec des artistes de la trempe de Farhat Jédid, Ridha Chmak, Wannès Khligène, Sémir Aguerbi, etc.  
On gardera de lui ce côté plaisant qui tenait à prouver que l’art et l’humour engagé font bon ménage et qui fait travestir la réalité pour en dégager les aspects insolites. Révélateurs dans tous les cas. Son œuvre est certes tirée du réel mais relatée avec minutie. Il nous plonge dans l’humour froid, celui du pince-sans-rire ou encore l’humour grinçant qui s’exprime dans la  cocasserie mais non sans amertume. Dans son art tout se mêle mais pas forcément dans l’ordre.
Sa peinture était le récit allégorique d’une œuvre qui nous transportait par petites touches, parcourant des villes tunisiennes Tazarka, Mahdia, Tunis … le militantisme en  toile de fond. Ses actions artistiques venaient en aide aux   artistes les vrais ceux qui vivaient en marge de la société.
L’espace Bouabana qu’il co-créait était un vibrant hommage qu’il rendait  à l’artiste Habib Bouabana qui hantait de par son art les rues, les brasseries et les galeries de la capitale. D’autres artistes entre novices et chevronnés y font leur passage Lamine Sassi, Hassen Amraoui, Halim Karabibène,  Mourad Harbaoui, etc.
Brigade d’intervention plastique : l’art contre les armes
Bien avant et depuis la fin des années 80, il militait pour des actions artistiques BIP qu’il nommait ‘’Brigade d’intervention plastique’’ qui consistait selon ses termes «  à rassembler des artistes dans un même espace temps et les amener à créer les stimulant pour ainsi travailler sans les contraintes matérielles et de temps. » et ce n’est qu’une manière dit-il  « de faire la division sur les brigades d’intervention publique qui appartiennent au ministère de l’Intérieur »
 Sa vie était  aussi une main tendue aux plus démunis de ce monde. 1982 Héchemi Ghachem est le co-fondateur de ‘’radio soleil’’ en France. Une expérience qui l’a amené à militer pour la juste cause quand des Palestiniens furent assiégés à Beyrouth. De retour en Tunisie l’artiste dirige la troupe du théâtre de Mahdia, sa ville natale. Au bord du grand large son imaginaire se façonne et ses rêves fructifient. Rêver, c’est aussi oublier, emporté, comme un bateau quittant le port. Toutes voiles dehors.  
« Si l’on rêve seul ce n’est qu’un rêve mais si l’on rêve ensemble c’est le début de la réalité » disait-il à ses amis qui lui en veulent d’être imprégné de ses rêves.  
 Entre temps, il compose ‘’Tir El Borni’’. Les airs de la chanson de Jamal Guella nous reviennent, nous hantent l’esprit. Le faucon connu pour être attaché à sa liberté prend son envol entre ciel, terre et mer et élit domicile au bord des eaux de Mahdia.  Les propos se bousculent. Les attitudes aussi…
Samedi  17 mai. L’enfant prodige qu’il est, fait son dernier voyage vers un monde meilleur... apportant un peu de son univers, ses rêves, ses passions. Puis il quitte sa tenue de scène pour son ultime bercail. Avec ou sans la foule. Qu’importe. Héchemi Ghachem Bey nous manque déjà.

Mona BEN GAMRA

 

*(titre choisi pour l’un des articles de feu Héchemi Ghachem)