Parti en chef d’Etat, revenu… président d’une association ! - Le Temps Tunisie
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5
2020

Visite d’Etat de Kaïs Saïed au Qatar :

Parti en chef d’Etat, revenu… président d’une association !

Samedi 21 Novembre 2020
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LE TEMPS-Mouldi MBAREK

Le Qatar tente, par tous les moyens, d'utiliser et d'instrumentaliser des personnalités étrangères pour s'en servir. Mais si certaines personnalités n'engagent qu'elles-mêmes, un chef d'État est, en revanche, lié par des obligations morales et politiques car il incarne toute une nation et il porte la voix de son peuple. D’habitude, une visite présidentielle est planifiée de A à Z, et personne n’a compris pourquoi le président de la République ait accepté qu’on le désigne -avec son consentement ou pas- en tant que président d’une association. S’il n’a pas été averti, on peut considérer cela comme un crime de « lèse-majesté », non pas pour lui, mais pour la Tunisie entière. 

Le Qatar a choisi, et c'est son plein droit, son camp : soutien aux frères musulmans et aux révolutions dans le monde arabe. Pays sans Constitution, sans partis politiques, sans élections et pratiquement sans société civile, exception faites pour quelques associations d'État, le Qatar semble, pourtant, prôner la démocratie dans le monde arabe où l’Émirat croit que tout est permis grâce aux pétrodollars et grâce à la propagande que véhicule sa télévision d'État Al Jazeera . 

En effet, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Bahreïn et l'Égypte ont soumis leur petit voisin à un blocus économique assez sévère et très dur à cause de l'arrogance et de l'insolence de l'Émirat. Il ne faut pas oublier que le Qatar et la Turquie soutiennent la mouvance islamiste et c’est pour cette raison que les deux pays appuient le gouvernement d'unité nationale (GNA) de Fayez Sarraj en Libye, où la confrérie a un poids plus ou moins important.

C'est, dans ce cadre qu'il faut appréhender, à sa juste valeur, la visite d'État de Kaïs Saïed à Doha où il a été accueilli, en présence des quatre ministres qui l'accompagnaient, à l’aéroport, par le vice-président du conseil des ministres et ministre d’Etat aux affaires de défense Khalid bin Mohammed Al Attiyah et Salah Bin Ghanem Al Ali, ministre des sports et de la culture.  

D'abord, sur le plan diplomatique, plusieurs observateurs tunisiens ont été choqués par l'accueil peu digne pour une visite d'État.

 

Où est passé 

notre passé glorieux ?

Les Tunisiens se rappellent encore du prestige et de l'honneur qui ont toujours été accordés à leurs ex-présidents dans leurs visites d’État, d'amitié ou de travail.

 De Bourguiba à Béji Caïd Essebsi en passant par Ben Ali, les chefs d'État tunisiens ont toujours été accueillis comme il se devait. Tout cela sans parler des visites d'État du Combattant Suprême Habib Bourguiba et de l'honneur qui lui a toujours été réservé par tous les Grands chefs d'État du monde durant tout son règne. Rappelez-vous des visites d'État de Bourguiba aux USA, en France, en Grande Bretagne, en Hollande ou ailleurs ! 

Ensuite, l'annonce de la création de l'Association internationale des juristes de droit constitutionnel dont la présidence a été « accordée » à Kaïs Saïed, a déclenché une vague de critiques. Certains observateurs et acteurs politiques ont même considéré comme une atteinte grave au chef de l’Etat en lui assignant la tâche de présider une association, ce qui est répréhensible dans les normes et les traditions diplomatiques et les précédents du genre. Certains commentateurs politiques ont même ironisé en estimant que Kaïs Saïed est parti au Qatar en tant que chef d'État, mais il y est revenu président d'une association !

 

La Tunisie pleure 

son histoire prestigieuse

Connaissant les points faibles de Kaïs Saïed pour le droit constitutionnel, les qataris ont bien préparé leur coup ! Et, ils ont bien réussi leur piège !

Certaines critiques n'ont pas hésité à comparer l'Association internationale des juristes de droit constitutionnel à l'Association internationale des Savants Musulmans, créée, elle aussi, sur mesure pour servir les intérêts du Qatar et des frères musulmans ! D'ailleurs, c'est curieux et très étrange de voir naître une association internationale de droit constitutionnel dans un pays où il n'y a ni Constitution, ni partis politiques, ni démocratie, ni élections ! Les autorités qataries ont piégé le président tunisien. Aucun chef d'État dans le monde ne préside une telle association d'autant plus que le Qatar où a fondé cette association ne jouit nullement d'une grande réputation démocratique ni de transparence ! 

Les positions que prendra cette association engageront qui ? Le Qatar ou la Tunisie ou son président ?  Plusieurs observateurs s'interrogent sérieusement si un chef d'État pouvait diriger une telle association sans nuire à sa fonction suprême de présider aux destinées de la nation ! Les Qataris savent ce qu'ils veulent et ce qu'ils font : Ennahdha est déjà dans la poche, mais, comme son avenir est incertain, il faut bien trouver un autre remplaçant plus sûr et plus fiable. L’Émir de l’État du Qatar veille à préserver l’influence qatarie en Tunisie, un des plus importants ponts, pour les luttes menées par le Qatar avec les voisins émiratis et saoudiens. 

 

M.M.