Le patriarche et le diable : diviser pour mieux régner… - Le Temps Tunisie
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Visées obscures et suspectes :

Le patriarche et le diable : diviser pour mieux régner…

Samedi 24 Octobre 2020
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Le Temps - Mouldi MBAREK

L’ex-exilé de Londres est-il vraiment un démocrate !? Après environ un demi-siècle à la tête de son mouvement, est-il prêt pour respecter les règlements internes de son parti et pour partir dignement !? Après dix ans de règne d’abus, de vengeance, de règlements de compte, de division et de sales manœuvres, jusqu’où le Vieil homme peut-il aller ?,»Sidi Cheikh», comme l’appellent ses Frères, incarne-t-il vraiment les valeurs morales de l’Islam ou s’est-il transformé en un Diable voire un monstre qui crache le feu ?

En 1990, Rached Ghannouchi s’exile à Alger, muni d’un passeport diplomatique soudanais. En 1991, des jeunes militants d’Ennahdha agressent violemment deux gardes de la permanence du RCD, ce qui déclenchera sa condamnation par contumace par le Tribunal militaire à la détention à perpétuité le 28 août 1992. Rached Ghannouchi s’installe, alors, à Acton, dans la banlieue ouest de Londres où il obtient le statut de réfugié politique en août 1993.

 

Tentative de réconciliation 

avec Ben Ali

Écoutons le témoignage poignant du Fondateur de Jeune Afrique, Béchir Ben Yahmed : «Un beau jour, en 1990, Rached El Ghannouchi, qui avait été interviewé par Hamid Barrada dans les locaux de Jeune Afrique, est venu me voir et m’a dit: «Je veux me réconcilier avec Ben Ali. Pouvez-vous m’aider à organiser ça ?» À l’époque, il était déjà en l’exil à Paris et à Londres. Il m’a séduit et j’ai accepté de faire quelque chose. J’ai téléphoné de Paris à Ben Ali. Je lui ai dit: «Ghannouchi me dit être prêt au dialogue. Est-ce que vous acceptez de le voir ?» Il m’a dit : «Je ne veux pas parler de ça au téléphone, venez me voir...».  Ce que j’ai fait. Il m’a alors dit : «Si Béchir, vous-vous trompez complètement. Ghannouchi se présente comme un modéré, il veut vous faire croire qu’il est modéré. Mais, il n’y a pas d’islamistes modérés ! Cela n’existe pas. Ou ils font semblant d’être modérés, et c’est de la duplicité, ou bien ils le sont, et alors ils se font éliminer ». «Et il m’a ouvert les yeux. J’ai constaté, par la suite, qu’il avait raison sur ce plan. Ben Ali est un connaisseur, un vrai expert en matière d’islamisme...»

Après la fuite de Ben Ali en janvier 2011, le Cheikh revient au pays et, grâce à son carnet d’adresses, à ses lobbies et à son parti bien organisé et bien structuré, il «vole» et récupère la révolution des jeunes et des moins jeunes. Une révolution à laquelle Ennahdha n’a pas participé! Une révolution qu’elle n’a jamais voulue. Une révolution dont il n’a jamais rêvé. Sauf quelques naïfs islamistes qui supplient actuellement sidi Cheikh de respecter les règlements internes d’Ennahdha et de quitter la présidence du mouvement.

Écoutons la réponse du Vieil homme : «Les dirigeants dont le rendement est jugé modeste ou négatif ne se font plus réélire. La peau des leaders est assez rugueuse!»

 

La fin justifie les moyens

Sidi Cheikh n’a pas d’état d’âme. Pour lui, la fin justifie tous les moyens. Pour le moment, il ne rêve que de Carthage. D’ailleurs, il demande à ses Frères de l’appeler Monsieur le Président ou Zaïm (leader !) et même Combattant Suprême tellement il veut ressembler au président Bourguiba qu’il n’a pas pourtant cessé de salir mais en vain. 

Pour le moment, El « Oustèdhe » Ghannouchi (le Cheikh ne lui plaît plus. Il préfère El Oustèdhe qui signifie le professeur !) a d’autres chats à fouetter ! Sur sa liste figure d’abord le nouveau chef du gouvernement pour le couper définitivement du chef de l’État. C’est pratiquement fait ! Ensuite, il compte destituer le chef de l’État en s’appuyant sur la Cour Constitutionnelle dont on imagine mal la concrétisation qui nécessite 145 députés. 

Mohamed Abbou, qui est loin d’être l’ennemi du parti islamiste, ne cesse de pointer du doigt, ces derniers temps, Ennahdha de corruption : «...Ennahdha n’a plus aucune conscience depuis qu’elle est au pouvoir...», affirme-t-il

Fort des médias et surtout de l’audiovisuel public et privé qu’il contrôle, El Oustèdhe écrase tout le monde. Les chiens aboient et la caravane passe !

Mieux encore : Ennahdha vient de conclure un important contrat avec les services d’une multinationale de la communication, spécialisée dans la gestion des crises et de lobbying international. Selon la presse internationale, (Humanité, Jeune Afrique, Kapitalis…), le contrat a été conclu pour un montant de 18 millions de dollars via le bureau d’Ennahdha à Londres. 

La prestation visait à « assister le parti dans ses activités de sensibilisation des médias et à soigner ses relations publiques aux niveaux national et international. «Le maître-mot de ce lifting politique consiste à changer la perception des islamistes désormais qualifiés de parti «musulman démocrate» et non «islamiste», terme jugé dommageable aux yeux des occidentaux qu’Ennahdha tente toujours de séduire avec des slogans démocratiques alors que la démocratie, les droits de l’Homme et les libertés fondamentales et individuelles constituent leurs derniers soucis pour ne pas dire la Bête noire des islamistes....

Actuellement, sidi Cheikh laisse entendre qu’il est indispensable et irremplaçable aussi bien pour son parti que pour la Tunisie ! Lui ou le déluge ! En d’autres termes, l’avenir de la Tunisie est tributaire du Vieil homme qui est pourtant en train de balkaniser et de tétaniser la vie parlementaire et politique, d’appauvrir les Tunisiens, de Daeshiser la société et de mépriser son peuple. Il veut même se substituer au chef de l’État. 

 

Politique de la terre brûlée

Rappelez-vous : au lendemain de l’échec du gouvernement Habib Jemli, désigné par Ennahdha, qui n’a pas obtenu le vote de confiance du parlement, il s’est rendu immédiatement, le 11 janvier 2020, à Istanbul, pour rencontrer le président turc Recep Tayyip Erdogan où flottait, dans son bureau uniquement le drapeau turc. Le chargé de mission n’a même pas pensé au drapeau de son pays. Les frères musulmans n’ont pas de pays ! 

Écoles coraniques, envoi des milliers de jeunes tunisiens en Syrie, en Irak, en Libye et ailleurs pour aller se faire exploser au nom du Jihad, des maires nahdhaouis qui refusent aux Tunisiennes de se marier avec des non-musulmans et prônent l’instauration de la Zakat, harcèlement, pendant le mois de Ramadan, des Tunisiens et des Tunisiennes qui ne veulent pas pratiquer le jeûne... sont autant de signes visibles visant à faire de la Tunisie un nouveau État islamique.

Bien entendu, sidi Cheikh sait aussi plaire à certains naïfs occidentaux en présentant son mouvement comme un parti social et en véritable militant pour la démocratie et les droits de l›Homme alors que, pour les islamistes, la démocratie est même leur Bête noire et du projet obscurantiste dont la démocratie n’est qu’un moyen pour arriver au pouvoir mais, une fois leur objectif atteint, adieu la démocratie et bonjour la répression et l’oppression !

Le Cheikh a placé, au sein de toutes les institutions et de toutes les administrations, ses pions et ses valets pour faire tous les sales boulots que sidi Cheikh demande d’exécuter en toute discrétion et surtout sans jamais le mettre, lui, en cause. Rappelez-vous de Raymond Barre, premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing en 1976, lorsqu’il était question d’alliance avec l’extrême droite de Jean-Marie Le Pen, il affirma sans hésitation aucune : «Je ne déjeune jamais avec le diable même avec une très longue cuillère !».

 

 

M. M.