Halte à la ghettoïsation de l’Etat ! - Le Temps Tunisie
Tunis Mercredi 28 Octobre 2020

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Oct.
28
2020

Que vaudra une démocratie sans dialogue ?

Halte à la ghettoïsation de l’Etat !

Samedi 17 Octobre 2020
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LE TEMPS - Jameleddine EL HAJJI

L’ambiance est certes fébrile, comme jamais elle ne l’était. Mais que faire, quand un pays se trouve devant des échéances multiples et égales de par leur urgence. Le temps se paie, plus que la matière. Aujourd’hui, on sent que l’Etat, et, en plus petit, le gouvernement, s’apprête à s’attaquer à un chantier vital pour la pérennité de la Tunisie : Celui de la lutte contre la corruption, mais, plus difficile encore, celui de la rationalisation de lois devenues, par l’usage, caduques, voire franchement scélérates. L’enjeu est colossal. L’effort doit l’être, à la mesure des résistances et des sabotages qui se défilent dans l’actualité quotidienne.

Sur le dossier d’El Kamour par exemple, la situation semble revenue au point mort. La «Coordination» aurait ajouté in extrémis, une nouvelle revendication, à la faveur d’arrangements déjà acquis de la délégation gouvernementale. Il s’agit d’une demande sèche de caser plus d’un millier de chômeurs (supplémentaires) dans les différentes firmes pétrolières opérant dans la région. Une façon de mal finir volontairement un cycle de «négociations» qui était pourtant prometteur voici une semaine. A s’intrroger sur les mobiles et les objectifs ultimes de cette «Coordination ».

Plus à l’ouest, la situation au Bassin minier est encore «bloquée», en dépit de la reprise, timide, de l’acheminement du phosphate par le train, en dehors d’une décision ferme, dont la CPG et le gouvernement doivent signifier clairement avoir récupéré leur souveraineté usurpée sur la richesse phosphatière.

Les méfaits du «voir petit»

Pendant ce temps d’attente, les actes de remue-ménage se multiplient, avec, objectivement, l’intention de saper toute tendance à l’optimisme quant à la solution du grand dossier qui attend, celui du crime organisé, de la corruption, des actes de défi à l’Etat, en plus du dossier géant de la fiscalité, devenu l’une des maladies chroniques de l’économie tunisienne. La tactique en cela est bien rôdée. Elle consiste à guetter le moindre écart, à défaut de l’avoir créé sciemment, afin d’envenimer la voie devant l’Etat et le gouvernement, histoire de conserver comme loi immuable, toutes les injustices que le citoyen subit, dont certaines sont volontairement assises, grâce à un système législatif qu’il est grand temps de revoir.

Bref, dans notre démocratie, l’Etat et le gouvernement semblent faire face à une résistance bien organisée par les lobbies et les groupes de pression qui craignent pour leurs intérêts monopolistiques, qu’ils ont désormais du mal à défendre. Un grand absent se fait remarquer par sa torpeur incompréhensible, puisqu’il était, jadis, de toutes les batailles que la société tunisienne a eu à affronter. Il s’agit des organisations nationales et du tissu associatif dont on ne voit plus l’apport éventuel à ce processus nouveau de salut du pays.

Depuis quelques semaines, et hormis quelques interventions rapides, et de circonstance, sur la prolifération de la pandémie du coronavirus en milieu scolaire, l’UGTT semble complètement absente de la scène. Ses réactions semblent avoir épousé le rythme de la bureaucratie de l’Etat, sans parler du caractère faussement conciliant de ses prises de position, se murant derrière la Constitution de 2014, et les lois qui sont déjà contestées à tous les niveaux, lesquelles portent sur la nouvelle organisation de la société, de son économie et des droits des citoyens qui doivent en découler. Il en va de même pour l’UTICA, censée représenter les intérêts du patronat, lequel ne cesse par ailleurs de se plaindre de l’étouffement de l’ambiance de l’investissement et du travail normal de ses moyens de production.

Il y a encore l’UTAP des agriculteurs, tournée exclusivement vers la défense, en solitaire, des droits vitaux des agriculteurs devant la convoitise sans limite des intermédiaires à tous les niveaux de l’exploitation agricole, depuis la production (engrais par exemple) jusqu’à la commercialisation du produit fini.

La fâcheuse absence 

du terme « concession »

Les autres structures professionnelles et syndicales sectorielles, comme les conseils de l’ordre, les syndicats corporatifs et autres associations de défense, travaillent chacune en un ilot isolé, comme si le bonheur du pays ne dépend que de la santé de leur secteur.

Bien que cette phase de travail ghettoïsé soit méthodologiquement nécessaire comme début, le jour n’est plus loin où le pays aura besoin des actions collectives impliquant toutes les forces vives de la nation, vers une option unique : sauver le pays du naufrage annoncé. Jusqu’à maintenant, nous n’avons remarqué aucun effort dans ce cadre, ce qui jette des doutes d’isolationnisme corporatiste, régionaliste, sectoriel, hautement nocif à la cause du moment. 

Cette ghettoïsation du travail ne tardera pas à mettre à nu le degré de conviction de chacun, concernant la démocratie escomptée. Déjà l’atonie du concept de « concession », voire son absence dans la littérature ambiante, en dit long sur la mentalité passéiste qui règne, et qui régit la pensée de notre classe politique en dérive.

Est-il venu le temps d’espérer l’organisation de cette fameuse conférence nationale de salut ? 

Le gouvernement « technocrate » est-il prêt à étaler, sans hyperboles rhétoriques, les véritables moyens disponibles, pour que le pays engage ses réformes avec les moindres dégâts ?

C’est la question du moment. Le reste viendra à mesure que le dialogue serein avancera.

 

J.E.H.