Quand la Tunisie n’a plus les moyens de se soigner ! - Le Temps Tunisie
Tunis Mercredi 28 Octobre 2020

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2020

Pénurie de médicaments et difficultés financières de la PCT :

Quand la Tunisie n’a plus les moyens de se soigner !

Samedi 17 Octobre 2020
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LE TEMPS - Walid KHEFIFI 

Le nombre de médicaments en rupture de stock ne cesse d’augmenter, en raison de l’incapacité de la Pharmacie centrale de Tunisie (PCT) à honorer ses engagements vis-à-vis laboratoires pharmaceutiques et des perturbations qui caractérisent le marché mondial. L’épidémie du coronavirus n’a fait qu’étaler au grand jour les limites du système d’importation, de production et de distribution des médicaments en Tunisie, alertent les experts. 

Se rendre chez le pharmacien pour se procurer un remède prescrit en bonne et due forme par un médecin,  un geste habituellement ordinaire et naturel, devient un véritable casse-tête  pour des centaines de milliers de malades. 

De nombreux médicaments, pourtant fréquemment utilisés, deviennent introuvables sur les étalages des pharmacies. Sont notamment concernés des médicaments contre des maladies chroniques largement répandues sous nos latitudes comme le diabète, l’épilepsie, l’hypotension et l’hypertension.

La pénurie de médicaments touche aussi certains anticancéreux, des corticoïdes, des anti-infectieux, dont des antibiotiques, et même des vaccins comme ceux de l’hépatite B, de la tuberculose et le fameux Vaxigrip. A cela s’ajoutent les compléments nutritionnels censés améliorer l’immunité en ces temps de forte propagation de la Covid-19 comme la vitamine C, la vitamine D et le zinc. Liste évidemment non-exhaustive…

Fin septembre dernier, le directeur général de la Santé au ministère de la Santé publique, Dr Fayçal Ben Salah, a fait état de rupture ou de tensions d’approvisionnement qui concernent «95 médicaments essentiels» sur le marché tunisien.

Le vice-président du Syndicat des pharmacies d’officine de Tunisie (SPOT), Naoufel Amira, a évoqué, quant à lui, est une liste de quelque 300 médicaments manquants ou en rupture de stock, dont certains sont classés vitaux et essentiels. 

Dettes faramineuses

L’augmentation de la demande pour les médicaments et les suppléments nutritionnels est loin d’être le seul facteur pouvant expliquer cette pénurie qui constitue une bombe sanitaire à retardement. 

«Le fortes tensions enregistrées dans le domaine d’approvisionnement en médicaments s’expliquent notamment par l’incapacité de la Pharmacie centrale de Tunisie (PCT) à payer ses dettes envers les laboratoires et les fournisseurs étrangers. Cet organisme est aujourd’hui pressé de verser 500 millions de dinars à ses fournisseurs étrangers sous peine de se voir privé d’approvisionnement», souligne le trésorier adjoint Syndicat des pharmacies d’officine, Malek Makni. Et d’ajouter : «La PCT a subi l’ensemble des défaillances des autres chaînons du dispositif d’approvisionnement et de distribution des médicaments. Ses difficultés financières sont en effet liées au déficit des caisses sociales et hôpitaux. Les dettes de la PCT auprès des hôpitaux s’élèvent à 600 millions de dinars tandis que celles enregistrées auprès de la CNAM se chiffrent à 500 millions de dinars». 

Et c’est pour cette raison d’ailleurs que le président de l’Association tunisienne des pharmaciens libres, Mohamed Ramzi Bououn, a appelé récemment à injecter des liquidités dans les hôpitaux et les caisses sociales afin qu’ils puissent payer la PCT et à «de créer des circuits spécifiques à l’importation et à la vente des médicaments» et à ne pas se limiter à s’en approvisionner par le truchement de la pharmacie centrale.

Absence de volonté politique

«Toutes ces conditions ne peuvent absolument être réunies en l’absence d’une volonté politique, et sans accorder une extrême priorité au dossier de la santé, outre l’accélération de l’amendement des lois inhérentes aux circuits des médicaments », a-t-il souligné.

Dans une récente étude sur le secteur des médicaments en Tunisie, l’Institut tunisien des études stratégiques (ITES) a, lui aussi, appelé depuis plusieurs mois à briser le monopole de la pharmacie centrale en matière d’importation. «La centralisation des importations par la PCT a assuré la stabilité du secteur en garantissant la disponibilité des médicaments, leur contrôle, et la maîtrise de l’augmentation des prix grâce à un système de compensation, qui a permis un maintien des prix relativement bas de médicaments vitaux importés. Cependant, il semblerait que ce système touche aujourd’hui ses limites», a-t-il précisé. 

Le directeur général de la pharmacie centrale de Tunisie, Bechir Irmani, a, quant à lui, fait savoir que les perturbations en matière d’approvisionnement des pharmacies en médicaments sont imputées à des problèmes techniques et à des difficultés financières indépendantes de la volonté de la pharmacie centrale.

Problèmes techniques  

«Outre les problèmes financiers dont souffre la PCT, les sociétés d’industrie pharmaceutique se heurtent à de nombreuses difficultés, pour s’approvisionner en matières premières nécessaires à la fabrication de certains médicaments, ce qui les rend incapables de ravitailler cette institution», a-t-il détaillé dans un entretien accordé à l’agence Tap.

Le directeur général de la pharmacie centrale a également indiqué que le marché mondial est actuellement en proie à des perturbations d’approvisionnement de plusieurs catégories de médicaments, ce qui fait que la pharmacie centrale de Tunisie trouve des difficultés à s’en procurer, tout en appelant les  malades qui n’arrivent pas à trouver certains médicaments en rupture de stocks à consulter leurs médecins, en vue de parvenir à d’autres solutions comme leur remplacement.

Le marché des médicaments en Tunisie est estimé à environ 2,5 milliards de dinars par an. Les importations assurées exclusivement par la PCT représentent 47,5% de ce marché tandis que la part des médicaments fabriqués par les laboratoires pharmaceutique implantés en Tunisie s’élève à 52,5%.   

La PCT est le fournisseur exclusif des établissements de santé publics aussi bien pour les médicaments importés que pour ceux produits localement. Elle est également chargée du suivi des stocks de sécurité des médicaments essentiels et vitaux (3 mois de consommation). 

 

W.K.