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Guerre de succession au sein d’Ennahdha :

L’aile réformiste met la pression pour chasser Ghannouchi

Jeudi 17 Septembre 2020
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Une bataille de succession fait rage au sein du mouvement islamiste Ennahdha, qui devrait tenir son 11ème congrès d’ici fin 2020. Cent dirigeants de premier plan du parti ont signé une pétition appelant Rached Ghannouchi à ne pas briguer à nouveau la présidence. 

«Nous appelons Rached Ghannouchi à annoncer solennellement son intention de ne pas briguer à nouveau la présidence du mouvement  lors du 11è congrès  prévu avant la fin de l’année en cours et à s’engager de ne pas amender l’article 31 du règlement interne», ont écrit les signataires de la pétition parmi lesquels figurent des membre, du Bureau politique, du conseil de la choura ainsi que des députés.

«Le prolongation du mandat de Ghannouchi à la tête du parti anéantira la crédibilité et le capital moral du mouvement. Le tripatouillage d’une Constitution ou d’un règlement pour permettre aux présidents et aux dirigeants de se maintenir au pouvoir n’est exercé que par des autocrates autoritaires. L’alternance à la tête du parti renforce, quant à elle, la crédibilité du président du parti », ont-ils ajouté dans ce document intitulé «L’Avenir d’Ennahdha entre les risques de la prolongation du mandat (de Ghannouchi) et les opportunités d’alternance ».

Les signataires de la pétition parmi lesquels on peut notamment citer Samir Dilou, Fathi Ayadi, Imed Hammami, Abdellatif Mekki, Mohamed Ben Salem, Abdelmajid Najjar, Monia Brahim, Noureddine Arbaoui et Jamila Ksiksi, ont également estimé que le maintien de Ghannouchi à la tête du parti risque d’affaiblir le mouvement et de provoquer davantage de démissions et de retraits des membres du parti. 

Plusieurs dirigeants d’Ennahdha ont déjà appelé publiquement ces derniers mois Rached Ghannouchi, qui tient le gouvernail depuis près d’un demi-siècle, à rendre le tablier à l’occasion bien avant la tenue du 11è congrès prévu d’ici fin 2020.

Grogne montante 

Dans un entretien publié en janvier dernier par le quotidien «Le Maghreb», Abdelhamid Jelassi, ex-coordinateur général du parti, membre du conseil de la choura et député, a appelé à mettre fin au mandat de Rached Ghannouchi en tant que président d’Ennahdha et ce, conformément au règlement intérieur du mouvement. 

«Rached Ghannouchi est occupé avec le Parlement, et pour éviter toute duplicité relative à ses discours en tant que chef d’Ennahdha et président du Parlement, déléguer ses fonctions au sein du parti », a-t-il souligné. Et d’ajouter : «lors du prochain congrès, on ne peut pas parler d’une prorogation du mandat de Rached Ghannouchi à la tête d’Ennahdha d’un point de vue légal, et ce conformément au règlement interne du mouvement. Le parti a besoin d’un changement et d’accorder des opportunités aux autres dirigeants dans le cadre de la bonne gestion et de l’alternance démocratique». 

De son côté, le député Samir Dilou a estimé, en mai dernier, que le poste de président du mouvement qu’occupe Rached Ghannouchi «est désormais incompatible avec celui de président de l’ARP». 

En septembre 2019, Ghannouchi a été même lâché par son directeur de cabinet Zoubeïr Chéhoudi. Ce dernier a démissionné de toutes les structures du parti, en appelant clairement Rached Ghannouchi à «rester chez lui ou à la mosquée». Il avait alors dénoncé l'intervention du chef du parti et de son gendre, Rafik Abdessalem, dans la nomination des têtes de listes présentées aux dernières législatives, leur reprochant d'avoir exclu les voix divergentes, notamment parmi les femmes et les jeunes.

Sortie honorable

Les dirigeants nahdhaouis favorables à l’alternance appartiennent à l’aile réformiste du parti qui croise depuis plusieurs années avec une aile conservatrice conduite par Mouadh, le fils de Rached Ghannouchi et son gendre Rafik Abdessalem.  Onze dirigeants appartenant à l’aile conservatrice avaient appelé, dans un document interne rendu public fin mai dernier, à garantir l’alternance au niveau de la direction du mouvement, sans pour autant priver son leader, Rached Ghannouchi, son président «de tout rôle futur au sein du parti», cherchant ainsi à lui assurer une porte de sortie honorable. 

«Les préoccupations du mouvement Ennahdha sont profondes et ne peuvent être réduites à une passation au niveau de la direction ou à la mise à l’exclusion de son président de tout rôle futur au sein du mouvement», ont précisé ces dirigeants parmi lesquels figurent  Abdelkrim Harouni (président du conseil de la choura), Rafik Abdessalem (responsable du bureau des relations extérieures), Mohsen Nouichi (responsable du bureau des élections) et Mohamed Zourrig (vice-président du bloc parlementaire). 

Les signataires du document transmis aux médias ont mis l’accent «l’importance du rôle du président du mouvement Rached Ghannouchi dans l’accompagnement efficace de la nouvelle direction du mouvement qui émanera du 11ème congrès ». Ils ont aussi recommandé aux autres membres d’Ennahdha de faire réussir la mission de Ghannouchi à la tête de l’Assemblée des Représentants du Peuple et à respecter les principes éthiques et le système de valeurs sur lequel s’est fondé le mouvement Ennahdha en tant que parti civil, démocratique, ayant l’islam pour référence.

Les signataires du document, qui sont connus pour être des fidèles du leader historique du parti ont d’autre part dénoncé «le manque de discipline» de certaines figures marquantes du parti. 

Ainsi, les islamistes d’Ennahdha étalent désormais leurs différends sur la place publique, et on est bien loin de la charte constitutive des Frères musulmans qui enjoint aux militants de rester unis pour le meilleur et pour le pire ad vitam aeternam, au risque de se faire excommunier.  

 

 

W.K.