«Je suis en pourparlers avancés avec une structure tunisienne» - Le Temps Tunisie
Tunis Lundi 19 Octobre 2020

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OUMAR SALL (DIRECTEUR DE CINEKAP)

«Je suis en pourparlers avancés avec une structure tunisienne»

Mercredi 16 Septembre 2020
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En Tunisie, nous avons le programme «Sentoo», ouvert aux projets de scénarios de fictions ou de documentaires longs métrages. Au Sénégal, il y a «Up courts métrages», «une aide au développement des projets des jeunes tout en les accompagnant dans la maîtrise du langage et des codes cinématographiques», comme nous l'a expliqué Oumar Sall, dans cette interview. Oumar Sall, fondateur et directeur de Cinékap, une structure de production indépendante basée à Dakar, initiatrice d'«Up courts métrages» qui pourrait être, prochainement, ouvert aux jeunes cinéastes de chez nous grâce à des pourparlers avancés avec une structure tunisienne. Rencontre...

LE TEMPS : Qu'est-ce que «Up courts métrages» ?

Oumar SALL : «Up courts métrages» est une initiative de la société de production Cinékap. C'est un  incubateur de jeunes qui ont la passion du cinéma et qui veulent faire partie de la communauté «Des gens du cinéma». «Up courts métrages» aide au développement des projets des jeunes tout en les accompagnant dans la maîtrise du langage et des codes cinématographiques. Sa philosophie, c’est «apprendre en faisant» sous l’accompagnement des experts en Afrique et dans le reste du monde, dont la connaissance des cinémas du monde est avérée. Il est question de transmission de connaissance dans le respect des choix des apprenants et, du coup, d’assurer une relève. Il n'y a ni orientation thématique, ni orientation tendancielle. Up courts n’est pas une école dans le sens académique du terme même si nous sommes dans un processus de consolidation et de réflexions. Cependant, la formation est sanctionnée par une attestation, signée par la Direction de la cinématographie, délivrée aux «Up courtois». Il ne s’agit pas non plus d’atelier d’écriture de scénario. On pourrait définir «Up courts métrages» comme un mixte des deux approches en matière de formation dont la durée est six mois au sortir desquels des films sont réalisés dans les normes standard.  

Quel est le processus de «Up courts métrages» ?

«Up courts métrages» dispose d’un comité de sélection des projets comprenant lettre de motivation, CV, note d’intention du scénariste, et scenario. Nous n’accueillons pas plus de 10 jeunes réalisateurs et 10 jeunes producteurs. Nous évoluons par pallier. D’abord un tronc commun réunissant réalisateur et producteur. Au programme de ce tronc commun, il y a l’histoire du cinéma avec des projections et analyse de films cultes de tout continent ; des master class, des professionnels (comédiens, techniciens, maquilleuses, accessoiristes etc.) invités pour échanger sur la pratique et la place de leur métier dans la fabrication d’un film. Cette mise en commun des connaissances permet à un jeune réalisateur de connaître les exigences d’un producteur et à un producteur de savoir lire un scenario. Nous poussons le bouchon jusqu’à mettre entre les mains d’un jeune producteur une caméra pour filmer afin de s’initier au langage des images. Dans un second temps, sous l’accompagnement de mentor, chacune des entités reçoit une formation et un accompagnement spécifique. Dans un troisième temps intervient la formation de couple producteur-réalisateur pour mener à bout le projet de film choisi. La formation se termine par la réalisation de film. Ils sont encadrés par une équipe expérimentée.

A qui est ouvert ce programme ?

Le programme «Up courts métrages» est ouvert aux jeunes du continent même si jusqu’ici nous avons accueilli plus de jeunes francophones de la région ouest africaine. Pour la session qui vient de se terminer, nos «Up courtoises et Up courtois» provenaient du Burkina Faso, du Bénin, du Tchad, du Niger, du Sénégal. Chaque Edition a un parrain. Cette année, c’est la promotion Nour Eddine Sail du Maroc. 

Je crois que l'initiative «Up courts métrages» sera partagée très rapidement en Tunisie et ailleurs en Afrique. Je suis en pourparler avancée avec une structure tunisienne, CTV Productions (NDLR : fondée par Abdelaziz Ben Mlouka, en 1989), sur la question depuis un moment.

Certains programmes, comme Sentoo, se rapprochent de «Up courts métrages», pourquoi ne pas collaborer ensemble ?

Notre formation ne se focalise pas uniquement sur l’écriture de scénario long métrage dans le cadre d’un atelier ou divers ateliers. Notre soucis est de donner la chance à des jeunes qui n’ont pas la possibilité ou l’opportunité de fréquenter une grande école de cinéma, d’acquérir les outils et les réflexes nécessaires devant leur permettre de faire partie des gens du cinéma, d’apprendre à côté de leurs aînés ou d’autres experts en réalisant des courts métrages pour affûter leurs armes. Quand ces jeunes s’attaqueront à un projet de long métrage, ils pourront toujours frapper à la porte de Sentoo ou autres initiatives. La porte n’est jamais fermée pour une collaboration, mais il faut en définir les termes. Tout ce qui peut aider les jeunes à avancer est à entreprendre. 

A quand un programme «Up longs métrages» ?

C’est pour éviter de faire doublon que nous n’envisageons pas l’option d’un Up longs métrages pour le moment. Up courts est adossé à Cinékap qui est une société de production qui fait dans le long métrage. Elle reçoit pas mal de projets longs métrages et de sollicitation de coproduction.  Peut-être lancer la réflexion avec d’autres synergies ?

D'après vous, quelles sont les tares qui gangrènent les cinémas africains ?

Le plus souvent c’est l’absence d’une thématique forte, portée par des personnages d’une réelle profondeur psychologique. J’ai le sentiment, pour beaucoup de cinéastes, qu’on reste dans un cinéma de cinéaste. Je ne parle pas de cinéma d’auteur mais dans un cinéma dans lequel le réalisateur n’exploite pas à fond l’apport des professionnels avec qui il travaille et faire en sorte qu’eux tous puissent concourir à la réussite du film. Je pense qu’il y a un appauvrissement de la réflexion pas sur le cinéma à faire mais sur l’art de faire naître des émotions et de l’empathie chez le personnage et de mettre en place de nouvelles esthétiques. Plus qu’une question de formation, il s’agit d’une question de culture cinématographique, de curiosité intellectuelle, et de culture générale. Nous avons, aussi, hérité d’un cinéma informel presque partout en Afrique, avec une déperdition de valeur ajoutée et une absence totale de patrimoine cinématographique. Le patrimoine cinématographique africain est comme une gigantesque cinémathèque éparpillée au quatre coins du monde. Ainsi, les références artistes, les histoires sont africaines, mais les droits ailleurs, en l’absence de sociétés de productions fortes. L’économie de ce cinéma est ailleurs, et surtout pour les pays qui ne veulent pas mettre la culture et le cinéma en avant. 

 

Propos recueillis par Z. H.