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2020

Crise d'ammonitrate et pénurie des engrais phosphatés

Au Groupe chimique tunisien, la chimie peine à s’installer !

Mercredi 16 Septembre 2020
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Grande exportatrice de phosphate, depuis la nuit des temps, la Tunisie se retrouve acculée, en 2020, à importer une quantité considérable de ses besoins en engrais phosphatés. Comble de la contradiction ? Ou disons plutôt le summum d’une crise générale et généralisée qui abat le pays depuis 2011. Amateurisme politique et incompétence dirigeante sans cesse à l’œuvre, les désormais innombrables gouvernements qui se sont succédé, enfoncent le clou à chaque passage de pouvoir. La CPG (Compagnie des phosphates de Gafsa) et le GCT (Groupe chimique tunisien) s’engouffrent aujourd’hui dans leur trou. Et toute la Tunisie avec…

Après une longue période d’arrêt, la production d'ammonitrate a finalement repris, jeudi dernier, s’est réjoui d’annoncer, dimanche, la direction régionale des usines du Groupe chimique tunisien (GCT) à Gabès. Le GCT a tenu, par la même occasion, à rassurer les agriculteurs quant à leur approvisionnement en cette matière, en assurant que la reprise de la production dans l'usine d'ammonitrate a eu lieu dans de bonnes conditions. La même source indique que l’usine d’ammonitrate garantira 75% des besoins de la saison agricole en ce produit et que le GCT se chargera d'importer, d’ici la fin de l’année, le reste des quantités nécessaires.

Qu’importe le phosphate !

Dans un communiqué daté du 8 septembre, le ministère de l’Agriculture avait déjà précisé, que le GCT importera, dans les meilleurs délais, 60 mille tonnes d'ammonitrate sur trois fois, soit 20 mille tonnes à chaque réception. Le coût de l’importation de 60 mille tonnes d’ammonitrate est estimé à 45 millions de dinars. Et ce, afin d’assurer un bon démarrage de la nouvelle saison d’ensemencement des grandes cultures. Outre l’ammonitrate, qui représente environ 90% des engrais azotés utilisés en Tunisie, le ministère s’engage de fournir également le phosphate de diammonium (DAP) et le super 45 « qui sont des fertilisants nécessaires à la réussite de cette saison », se plait à préciser le ministère. 

Pour sa part, l'Union tunisienne de l'agriculture et de la pêche (UTAP) avait déjà exprimé ses inquiétantes, à maintes reprises cet été, quant au risque d’une grave pénurie des engrais, notamment en phosphate de diammonium, au démarrage de la saison d'ensemencement des grandes cultures. La centrale agricole a pointé du doigt l’accaparement et la spéculation des engrais dans les circuits parallèles : « l’ammonitrate se vend actuellement au marché noir à 75 dinars le quintal dans les circuits parallèles, contre 54 dinars le quintal dans les circuits réguliers », s’est affolé l’UTAP, dans un communiqué publié le 2 septembre dernier.

Soupçons de corruption

L'usine d'ammonitrate avait arrêté ses activités de production depuis un peu plus de trois mois, après l'ouverture d'une enquête dans cette usine, par la brigade d’investigations judiciaires relevant de la Garde nationale de Gabès, suite au signalement d'une baisse spectaculaire des quantités d'ammonitrate au sein de l’usine en question, qui a provoqué les suspicions autour d’une affaire de corruption de grande envergure.

Dans un communiqué publié le 1er septembre dernier, le ministère de l'Industrie, de l’énergie et des mines avait révélé que les enquêtes de la brigade des recherches judiciaires de la Garde nationale à Gabès dans l'affaire de la pénurie de l'ammonitrate ont estimé que les quantités manquantes s'élèvent à près de 1600 tonnes. L’hypothèse de la corruption étant vite balayée d’un revers de main, les résultats de l’enquête révèlent que les pertes des quantités d'ammonitrate sont dues « à des raisons industrielles », et non en raison d’un « détournement frauduleux » ou au profit d’une « utilisation illégale ». 

Le ministère s’attache enfin de rappeler que le décompte du stock a eu lieu selon des normes scientifiques et techniques et a été effectué par des spécialistes après un appel d'offres et conformément aux cahiers de charges techniques et administratives.

Conclusion : Que des enquêtes à n’en plus finir et que des missions « techniques » complètement stériles et chèrement payés du contribuable, mais toujours aucun plan de sauvetage, aucune stratégie de relance, ni même ne serait-ce qu’un semblant de détermination, même exprimé en langue de bois, de vouloir sauver un navire qui coule…

 

S.B.Y.