Dans les méandres de l’arène politique… - Le Temps Tunisie
Tunis Lundi 26 Octobre 2020

Suivez-nous

Oct.
27
2020

Constitution dénaturée et droits bafoués

Dans les méandres de l’arène politique…

Jeudi 10 Septembre 2020
نسخة للطباعة

Qui tient actuellement les rênes du pouvoir ? une question qui se pose de plus en plus, face à l’absence de l’Etat de droit, chacun des parties prenantes, tant à l’exécutif qu’au législatif, semble agir pour son propre compte, et en contradiction avec les principes de la Constitution, loi suprême garante des droits et des libertés.

Durant l’ancien régime, les rênes du pouvoir étaient tenues par le chef de l’exécutif, en l’occurrence le président de la République qui était, en vertu de la Constitution de 1959, l’homme fort de l’Etat, dans un régime présidentiel. De ce fait c’est lui qui nommait le premier ministre et sur proposition de celui-ci les autres membres du gouvernement. Il s’agit donc d’un premier ministre qui était contrôlé par le président de la République, lequel pouvait contester son programme. Evidemment, le premier ministre était issu du parti dominant qui, à l’aube de l’indépendance, était unique. On ne cessait de ressasser qu’il s’agissait d’un parti militant, et que donc il était le seul qui pouvait traduire les aspirations des citoyens. Petit à petit, avec la prise de conscience de ces derniers, certains partis d’opposition ont été peu à peu reconnus, mais ils n’avaient qu’un rôle de parade. L’arène politique commençait à s’animer, dès lors que se formait une sorte de cour, autour du président de la République, dont les membres ont usé de moult manigances et subterfuges afin de profiter au maximum d’un pouvoir dictatorial qui ne laissait aucune chance à la consolidation de l’Etat de droit.

 

Pouvoirs limités ?

Selon la Constitution de 2014, les pouvoirs du président de la République sont restreints, car il s’agit d’un régime parlementaire ou plutôt d’assemblée qui a abouti à un Etat de partis, ces derniers étant censés être les garants de l’intérêt général. Ce n’est pas, évident, le cas et cela s’est avéré de plus en plus dangereux à partir du moment où, les représentants des partis, qui sont les membres du parlement et les plus grands acteurs de l’arène politique ne font que défendre leurs intérêts.

Le président de la République, qui n’est issu d’aucun parti, est-il en train de préserver l’intérêt général ? On ne peut répondre sans réserve à cette question et cela pour deux raisons essentielles La première découle de son attitude équivoque vis-à-vis de la Constitution, qu’il s’attache d’une part à respecter et à appliquer à la lettre et d’autre part qu’il qualifie d’inadéquate, en insinuant qu’il est nécessaire de la réviser. Entretemps, il parle par insinuation dans un langage de Jahidh, que jahidh lui-même ne pourrait très bien comprendre, promettant que le peuple finira par triompher et réaliser ses vœux. Toutefois c’est un discours qui est resté constant et toujours identique à celui utilisé durant la campagne électorale.

La deuxième raison ressort de cette ambiance de différends entre lui et certains autres acteurs politiques, qu’il s’agisse de parlementaires ou de leaders de partis politiques dont notamment Ennahdha. Ce différend s’est accentué au fur et à mesure de l’instabilité ministérielle qui a abouti à une crise politique et une paralysie totale du pays. Cela s’est traduit par des abus de pouvoir et une incapacité du parlement à exercer son pouvoir législatif tel qu’il est défini par la Constitution.

 

Marchandages politiques ?

Après Fakhfakh qui a été obligé de démissionner, suite à sa suspicion de conflits d’intérêts, le nouveau chef du gouvernement a pu avoir la confiance du parlement. Mais celle-ci pourrait avoir été en quelque sorte conditionnée par certains marchandages, dont il était l’otage.

Le président de la République avait, au préalable, fait part de son intention de ne pas recourir à la dissolution du parlement, comme le lui permet la Constitution.

Toutefois certains indices révélateurs de probables manigances, ne sont pas très rassurants sur l’avenir du pays et sur le vrai détenteur du pouvoir. En effet, face une absence de plus en plus flagrante de l’Etat de droit on est en droit de se poser de telles questions. Le dernier attentat qui a coûté la vie à Sami Mrabet adjudant de la garde nationale, père de famille avec des enfants en bas âge et qui laissa son épouse enceinte, ne peut qu’ajouter à cette inquiétude angoissante.

 

Seul face à la Constitution 

et à son destin !

L’attitude du président de la République est contraire à la Constitution, ne serait-ce que par l’utilisation du slogan :  « le peuple veut ».C’est un slogan révolutionnaire qui est quelque part utopique et qu’il faut  donc utiliser avec mesure. D’autant plus que c’est un slogan qui, comme les roses de Malherbes, ne peut durer que l’espace d’un matin. Il est plutôt utopique, surtout que le peuple a plusieurs tendances et plusieurs aspirations. Si bien que l’expression elle-même ne veut rien dire, s’il n’y a pas de programme bien déterminé. Or Jusque-là, Kaïs Saïed n’a annoncé aucun programme clair. Le fait par le président d’avoir choisi un chef du gouvernement implique qu’il ne devrait plus intervenir, une fois que les tractations ont été faites et la liste des membres de son gouvernement, arrêtée. Or ce qui s’est passé dernièrement suite à la réticence manifestée par le ministre de la Culture est tout à fait contraire à la Constitution. En effet le chef du gouvernement qui a retiré de la liste le ministre de la Culture a été en quelque sorte désavoué par Kaïs Saïed en invitant le ministre concerné pour l’inciter à ne pas abandonner, avec une certaine insistance complaisante à l’égard du ministre mais déplaisante à l’encontre du chef du gouvernement. 

 

Traquenard et pratiques 

pernicieuses

 Cela a donné lieu aux commentaires les plus divers et les plus controversés. D’aucuns interprétant l’attitude de Saïed d’abusive, pour n’avoir pas consulté le chef du gouvernement qui n’était pas présent lorsque le ministre de la Culture a été reçu au palais de Carthage. D’autres, extrapolant, ont interprété cette attitude comme une tactique stratégique afin de contrer les éventuelles manœuvres qui pourraient se tramer contre lui avec la complicité éventuelle du nouveau chef du gouvernement. D’autant plus que ce dernier a été pris en photo lors d’un déjeuner sur la même table avec Rached Ghannouchi, Nabil Karoui et Seifeddine Makhlouf. Cette pause a eu lieu parait-il préalablement au vote de confiance. Est-ce un hasard ou un traquenard dans lequel s’est trouvé Méchichi malgré lui ? Dans le doute, on préfère s’abstenir, sans pour autant s’empêcher de se poser des questions qui restent pour le moment sans réponse, comme tant d’autres ?

En tout état de cause, Méchichi semble être animé de bonne volonté pour œuvrer à mener une action avec son équipe loin de tous les tiraillements politiques et les intérêts partisans, afin de consolider l’Etat de droit. Cependant, en l’état actuel des choses, et face à ces adversités de toutes parts, les rênes du pouvoir sont égarées dans les méandres de l’arène politique. Raison pour laquelle on assiste de plus en plus à une absence de l’Etat de droit, causée par ceux-là mêmes qui, de bonne ou de mauvaise foi, se réclament de la Constitution. Pourtant celle-ci, qui est certes la loi suprême, ne doit pas rester figée. Elle est appelée à évoluer selon le contexte économique et social, qu’elle est censée traduire.  C’est la raison pour laquelle, le démographe français, Alfred Sauvy pense que : « l’opinion publique est une force politique qui n’est prévue par aucune Constitution ».  Les tiraillements politiques qui la dénaturent et altèrent l’Etat de droit sont à ce titre.

A.N.