Khaled Drareni… - Le Temps Tunisie
Tunis Lundi 19 Octobre 2020

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Khaled Drareni…

Jeudi 10 Septembre 2020
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Aucune excuse n’est valable, aucun prétexte n’est recevable, aucune dérobade n’est tolérable, aucune justification ne saurait convaincre, qu’il faille priver, qui que ce soit, de sa liberté de s’exprimer. Comment alors, accepter, comme si c’était la chose la plus naturelle au monde, qu’un journaliste, parce qu’il a suivi, et couvert un évènement, en l’occurrence ici, une manifestation pacifique, soit arrêté ? Comment accepter qu’il ait pu être condamné, à une peine de prison qui n’est pas des plus légères –trois ans- pour le simple fait qu’il ait accompli son métier de journaliste ? Comment imaginer, par la suite, qu’un pays, aussi beau, grand, et fiévreux : de cette fièvre qui est un débordement de vie et d’énergie, le pays d’un million et demi de martyrs, puisse connaître enfin l’apaisement, si des dépassements de cet acabit, indignes de la patrie de Kateb, de Feraoun, de Mammeri, de Abdelkader Alloula, sont aujourd’hui permis ?

Il est facile d’évoquer la « traîtrise », l’accointance avec une « intelligence » étrangère, « l’incitation à la rébellion », lorsque l’on est du bon côté du manche, et que l’on cherche à le rester. Facile, mais pas forcément glorieux. Et puis, il faudrait d’abord le prouver. Il suffirait pourtant d’être juste et patriote, pour comprendre que la parole libre, au contraire, est seule à même d’avoir toujours la force, parce qu’elle en a le courage, de sauver le roi, en lui disant qu’il est nu, lorsqu’il est nu.

Parce que l’Algérie ne démérite pas, parce qu’elle vaudra toujours le coup, parce qu’il est toujours possible, à condition de le vouloir vraiment, de se racheter, en rectifiant le tir lorsqu’il incombe de le rectifier, si tant est que l’on aime son pays, il faut que Khaled Drareni soit libéré. Il faut que tous les journalistes, qui aient pu subir un abus du pouvoir, par le simple fait qu’ils aient exercé leur métier, soient libérés à leur tour. Pour que l’Algérie, que rien ni personne ne doit pouvoir en altérer la grandeur et la munificence, la « Nedjma» étincelante du « Grand Kateb », puisse survivre à tous ceux, qui existent également, qui ont pu jurer sa perte un jour. Sauf qu’il ne faut pas se tromper d’ennemis…

 

Samia HARRAR