Dur… dur, de distinguer les corrupteurs des corrompus ! - Le Temps Tunisie
Tunis Mercredi 27 Janvier 2021

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Jan.
27
2021

Lutte contre la corruption :

Dur… dur, de distinguer les corrupteurs des corrompus !

Jeudi 18 Juin 2020
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Le fléau de la corruption est tenace. Quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, il y a toujours des corrompus en puissance qui restent planqués attendant le moment propice pour se manifester. C’est un phénomène mondial dont l’aspect change selon le climat, les us les coutumes, de chaque pays, voire de chaque communauté.

Au cours de son interview du dimanche dernier, le chef du Gouvernement Elyès Fakhfakh, a proposé une « politique pénale qui sera annoncée jeudi prochain au parlement ». Elle comprendra comme il l’a expliqué trois axes essentiels : la guerre contre le terrorisme, la lutte contre la corruption, et la lutte contre les préjudices portés aux personnes et aux biens, précisant que le gouvernement appliquera la loi avec un système judicaire efficace. C’est de bon aloi, dénotant de la volonté ferme et sincère du chef du gouvernement d’agir par tous les moyens afin de consolider une bonne gouvernance.

Certes les chefs du gouvernement précédents ont pour la plupart tenu le même discours à quelques différences près. Seulement, le gouvernement actuel a, à peine commencé à travailler, que la pandémie a été déclarée ; ce qui l’a empêché de travailler sérieusement, priorité ayant été donnée à la lutte contre le covid-19.  Maintenant qu’on s’en est sorti plutôt bien, il est temps de passer aux choses sérieuses.

 

Politique pénale et système judiciaire efficace ?

Cela ne signifie nullement que le gouvernement va substituer à la justice, dans les sanctions des abus.  On parle en effet de plus en plus dans les Etats de droit de politique pénale ou criminelle, de service public de la justice.  Il est nécessaire qu’il y ait une application stricte de la loi d’une part et d'une nécessaire communication de l’institution judiciaire avec ses partenaires et avec les citoyens, en vue d’une évaluation de son action. Cela découle d’un lent processus qui doit autant aux acteurs de la justice ainsi qu’aux structures de pouvoir et de décision, nationales ou locales.

L’application de la loi nécessite par ailleurs, un système judicaire efficace. Cela signifie que les juges doivent être indépendants sans le moindre ascendant que la loi et leur intime conviction.

 

Indépendance 

n’est pas auto-gouvernance

A vrai dire, la question d’indépendance de la magistrature est un sujet bateau qui est toutefois vu sous plusieurs angles, en fonction de la conjoncture politique et du système en place.

Selon Thouraya Jéribi, ministre de la justice, elle-même, juge chevronnée chevronné, «l’indépendance de la justice ne signifie pas auto-gouvernance pour les juges» .Elle ajoute qu’«il est important de distinguer entre le fonctionnement de la justice et l’organisation du système judiciaire. Ce dernier comprend non seulement les magistrats, mais aussi les greffiers, les agents publics, les huissiers et les huissiers-notaires experts».

Certes, mais pour le citoyen Lambda, le juge constitue le soutien essentiel auquel il a recours pour recouvrer ses droits et préserver ses intérêts.

Mais en réalité tous les greffiers, les experts, les huissiers et les notaires, tous comme les avocats         ainsi que les juges du parquet sont des collaborateurs de justice qui aident à la connaissance de la vérité. Ils sont également concernés par la lutte contre la corruption.

 

De quelle façon ?

La seule façon est l’application saine de la loi. Malheureusement, parmi ces collaborateurs que certains appellent acteurs de justice, il peut y avoir des corrompus, afin de détourner la loi à mauvais escient.

Si bien que la lutte contre la corruption serait un vain mot si le système judiciaire comporte des corrompus. Heureusement que la plupart de nos magistrats sont intègres, mais parfois on s’aperçoit que dans la loi il y ceux qui cèdent à la tentation. On a appris dernièrement qu’un juge à la Cour d’appel à Sfax a été limogé pour suspicion e corruption.

 

Une mentalité héritée 

de l’ère coloniale

Il y a également la corruption qui persiste dans les administrations, et cette mentalité de «bakchiche» (dessous-de-table) héritée de l’ère coloniale qui est toujours de cours. Point d’argent point de suisse, et celui qui graisse la patte a le plus de chance de passer. Sinon… «Revenez demain». Demain cela veut dire la saint Glinglin !

Durant la période de confinement, certains parmi ceux qui ont été devant les bureaux de poste, ont monnayé leurs places dans la queue pour les céder à d’autres. Tous les moyens sont bons, pour procéder aux malversations de tout genre. La corruption est dans le sang. On dirait qu’elle fait partie de notre civilisation.

C’est une mentalité perpétuée depuis des décennies et qui pour le moment n’est pas prête à disparaître. C’est ce qui a fait dire dernièrement à Chawki Tabib, président de l’instance nationale de lutte contre la corruption (INLUCC) : « la corruption a la peau dure ». Pour lui c’est un travail de longue haleine qui doit être envisagé afin d’éradiquer la corruption, et auquel doivent prendre part le système culturel et éducatif.

 

Le fléau de l’impunité

L’application de la loi envisagée par le chef du gouvernement en vue de sévir contre tout acte portant atteinte aux droits des citoyens est, certes, nécessaire, mais elle serait inefficace, sans le changement des mentalités à tous les niveaux et une volonté commune afin de ne permettre aucune infraction à la loi.

La ministre des pays scandinaves qui a payé son chocolat avec sa carte bancaire professionnelle, a démissionné illico afin d’éviter toute équivoque. Ici, des responsables administratifs roulent en voiture de service, aux heures de travail pour vaquer à leurs propres occupations, avec des bons d’essence à volonté.

Le chef du gouvernement a en effet parlé du fléau de l’impunité. C’est une réalité face à laquelle, le citoyen n’y peut rien. Tout le monde voit que le paquet de cigarettes est vendu en contrebande, près du double de son prix.

Quand est-ce que la loi sera appliquée ? Comment le chef du gouvernement compte-t-il s’y prendre ?  Le meilleur moyen est de ne pas hésiter à attraper le contrevenant, quel qu’il soit, par la peau du cou !

Une tâche difficile, d’autant plus, comme a dit Balzac «chaque homme est corrupteur et corrompu». Seule la conscience permet de faire la part des choses afin de séparer le bon grain de l’ivraie.

Ahmed NEMLAGHI