La Haute Couture au service de la solidarité nationale - Le Temps Tunisie
Tunis Samedi 6 Mars 2021

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Mar.
7
2021

Miss Anaïs au secours des hôpitaux tunisiens

La Haute Couture au service de la solidarité nationale

Jeudi 16 Avril 2020
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Confronté à cet univers de Coronavirus, le créateur italien, Giorgio Armani a été l’un des premiers à prendre conscience de la gravité de la crise sanitaire, et a décidé de réagir en produisant des combinaisons médicales dans ses usines, d’ordinaire dévolues au luxe, mais cette fois,  destinées au personnel médical italien dans la lutte contre la pandémie.

En Tunisie, deux grands noms de la Haute Couture : Raoudha Riza (Anaïs Couture), et Myriam Riza Rouissi (Miss Anaïs), volent au secours de nos hôpitaux, en leur procurant gratuitement, des masques de protection confectionnés par leurs propres soins, contre le Covid 19.

Dans leur atelier sis à Gammarth (banlieue nord de Tunis), la mère et la fille qui partagent des valeurs communes de solidarité, se sont lancées spontanément dans cette noble activité pour sauver des vies…Nos vies ! Entretien.

 

 

  • LE TEMPS : telle mère, telle fille. Comment avez-vous inculqué à Myriam Riza Rouissi, cette passion pour la haute couture ?

Raoudha Riza : je ne lui ai pas vraiment inculqué, c'est venu naturellement. Myriam venait très souvent à l'atelier le mercredi et pendant les vacances. Pour elle, c’était un univers plutôt féérique, elle aimait fouiner dans les chutes de tissu, les broderies, les perles, les sequins... Créer des vêtements pour ses poupées ou des petits accessoires, était l'un de ses jeux préférés !

En grandissant, elle a commencé à dessiner puis à créer ses propres vêtements … vous connaissez la suite. Bien qu'elle ait fait une carrière dans la finance, la mode, le stylisme, la couture, étaient au cœur de ses passions, et elle a fini par en faire son métier, en créant Miss Anaïs, marque qui est totalement différente d'Anaïs Couture.

Aux robes de cocktails perlées et aux foutas et blousas revisitées, elle a préféré un style qui lui correspond, plus urbain et pop rock.

 

  • Vous partagez aussi, la même passion pour la Communication, puisque vous animez ensemble, une émission qui passe sur RTCI, dédiée à la mode. Pourriez-vous, nous en dire plus ?

Oui ! Mon premier métier d'animatrice- radio et de speakerine, faisaient rêver Myriam. Elle ne ratait aucune de mes émissions, et m'imitait parfois !

Lorsque RTCI lui a proposé d'animer une nouvelle émission dédiée à notre passion commune, MODE FM, c’était une évidence que nous devions partager l'antenne. Nous avons également demandé à notre ami Philippe Xerri, que l'on peut qualifier d'expert de la mode et du design, de devenir chroniqueur de l'émission, et nous avons obtenu le parfait Trio.

 

  • Depuis l’apparition du coronavirus, Myriam a décidé de se lancer dans la création de masques de protection qu’elle distribue bénévolement aux hôpitaux de Tunis et à l’intérieur du pays ; comment l’idée d’une aussi noble action, a-t-elle germé ?

Dès les premiers communiqués alarmants, nous avons discuté de ce que nous pouvions faire dans un premier temps pour aider, et dans un deuxième temps, pour continuer à faire fonctionner notre atelier commun. Nous étions à ce moment là, complètement submergées par les infos et les intox avec un flou total sur les mesures sanitaires et économiques qui allaient être prises.

Après une demande d'aide de l'hôpital Razi, Myriam m'a demandé si elle pouvait utiliser l'atelier pour leur offrir des masques barrière en urgence. J'ai bien sûr, tout de suite accepté,  et ensuite, tout s'est enchaîné.

 

  • Quels sont les hôpitaux bénéficiaires  de ces masques,  si importants pour notre santé à tous? 

Il s’agit de l'hôpital Razi, celui de Makhtar, Kassab, Charles Nicolle …Puis, Rabta en cours.

 

  • Quels ont été les premiers contacts avec les parties officielles ?  Etes-vous appuyés dans votre tâche par des volontaires pour les matières premières ou autres services ?

Nous avons réalisé l'action des premiers hôpitaux :  (Razi, Makthar et Kassab),  en partenariat avec un bureau de style « Fashion sourcing » qui a fourni le tissu, et la Mercerie « Rayhanne" qui a fourni les élastiques.Pour l'hôpital de Rabta en cours, nous avons tout financé.

Pour Charles Nicolle, le tissu a été fourni en partie par Guerrisol. L'hôpital a versé une petite contribution, car nous ne pouvons pas continuer à tout financer.

Myriam a donc, commencé la vente de masques aux particuliers, afin de pouvoir continuer à fonctionner.

 

  • Quel est le nombre des employées chargées de confectionner les masques, et quelle est la capacité de production par jour ?

Nous avons six employées à temps plein qui peuvent confectionner environ 60 masques par jour, au total. Le travail sur chaque masque est long pour respecter les normes sanitaires.

 

  • Comment avez-vous procédé pour répondre aux normes internationales de santé ?

Nous nous sommes basées sur le cahier des charges émis par l’institut Français du Textile et de l’Habillement, (le cahier des charges tunisien n’était alors pas encore disponible),   ainsi que des tutoriels et patrons de masques fournis par des CHU français. Le masque est constitué de deux couches extérieures en coton, et d'une couche intermédiaire filtrante en molleton, et deux élastiques.

 

  • Avez-vous songé à faire de ce masque un accessoire de mode ?

Non pas vraiment, en fait tout a été tellement précipité que je n'ai pas eu le temps d'y réfléchir, mais Myriam a quelques idées …Si les mesures sanitaires devaient durer quelques mois, elle proposera des modèles très recherchés.

En attendant et dans l'urgence, nous avons choisi des tissus gais, unis ou imprimés, pour que même cet accessoire imposé ait sa touche « couture ».

Propos recueillis par :

Sayda BEN ZINEB