Le confinement nous prive de contacts humains, nécessaire à un bon équilibre - Le Temps Tunisie
Tunis Dimanche 12 Juillet 2020

Suivez-nous

Jul.
12
2020

ENTRETIEN: Anne-Catherine Sabas, psychanalyste, au « Temps »

Le confinement nous prive de contacts humains, nécessaire à un bon équilibre

Jeudi 2 Avril 2020
نسخة للطباعة
• Cet isolement est aussi une occasion de nous interroger, de nous reposer, et de prendre enfin le temps de nous écouter nous-mêmes

La vie cloîtrée peut paraître difficile à gérer pour les Tunisiens restés chez eux. Période de crise sanitaire oblige comme l'a précisé Anne-Catherine Sabas psychanalyste, psycho-praticienne et auteure de " Le pouvoir d'être heureux" (Editions Bussières) et "aider nos enfants à trouver leur place" (Editions Studyparents) qui prodigue ses conseils pour mieux gérer cette situation exceptionnelle. Nous avons réalisé cette interview par mail.

 

  • LE TEMPS : Tout d’abord, ce confinement a-t-il bouleversé  le suivi psychologique des gens ?

Anne-Catherine Sabas :Certains psychothérapeutes ont totalement arrêté de consulter, et cela en effet peut être très préjudiciable pour leurs patients, qui se trouvent déjà exposés à une situation anxiogène, ajoutée au manque de contacts sociaux, et à l'arrêt brutal de leur suivi personnalisé.

Mais la poursuite du travail thérapeutique est heureusement possible, grâce aux nouvelles technologies, par Skype, ou Whats App par exemple (ou d'autres outils existant peut-être chez vous). Cela fait des années que je suis consultée, à distance, par des lecteurs de mes livres, et ce processus fonctionne très bien, que ce soit pour des séances ponctuelles, ou un suivi régulier.  Mon activité n'a donc pas beaucoup changé depuis le confinement. Je reçois même de nouvelles demandes d'hommes et de femmes qui souhaitent être aidés durant cette période délicate.

 

  •   Vont-ils ressentir une impression de vide?

Oui, pour la plupart. Tout ce qui rythmait les journées auparavant a été brutalement modifié. Les habitudes sont chamboulées.  Et pour les hommes et les femmes habitués à courir partout, à se dépêcher, à remplir la moindre minute de leur vie par des activités, dont certaines sont loin d'être indispensables, l'arrêt soudain de cette course peut s'avérer très angoissante. Le confinement nous prive aussi de contacts humains, nécessaire à un bon équilibre. Nous pouvons imaginer que lorsque cette pandémie ne sera plus qu'un mauvais souvenir, nous allons avoir envie de retrouver nos amis, nos familles, et tous ceux que nous aimons, dans des vrais contacts.

 

  •   Quelles sont les conséquences de cet isolement?

Outre les conséquences professionnelles et financières liées au ralentissement ou à l'arrêt des activités des uns et des autres, l'isolement peut avoir de vraies conséquences néfastes pour la santé. D'abord parce que les contacts humains positifs sont indispensables à notre équilibre, bons pour notre système immunitaire, et anti-stress. De même que l'activité physique, les activités épanouissantes en général, et le sentiment d'avoir une vie riche et satisfaisante.

Le confinement peut aussi s'avérer dangereux pour les gens qui vivent des relations déséquilibrées, voire violentes. Je pense en particulier aux violences faites aux femmes ou aux enfants durant cette période. Il est indispensable que chacun reste vigilant pour donner l'alerte le cas échéant.

 

  • Mais passons maintenant aux conséquences positives, car elles peuvent être nombreuses et décisives pour chacun d'entre nous.

Comme je l'ai évoqué plus haut, le confinement, c'est avant tout l'arrêt brutal de notre course quotidienne, et donc une occasion de nous poser, de nous reposer, et de prendre enfin le temps de nous écouter nous-même. Ensuite, vient le temps des interrogations: les diverses actions et habitudes qui rythment ma vie habituellement sont-elles si indispensables, finalement? Mon corps était-il content de devoir toujours tenir le coup sans pouvoir se reposer? Qui sont les gens vraiment importants pour moi? Et les activités? Ai-je vraiment besoin de consommer autant pour être heureux (se) ? Finalement, ne puis-je pas trouver en moi des outils pour me faire du bien et me calmer si nécessaire (méditation, techniques de respiration, yoga, sophrologie, etc.)?

 

  • En plus de ces questions, des décisions fondamentales peuvent être prises concernant notre manière de nous lier au monde: des questions déontologiques, morales, éthiques: comment traitons-nous la nature, les animaux, les êtres humains.. le vivant en général?

Je suis persuadée que cette crise collective que nous traversons est une occasion pour enfin nous atteler, chacun à notre niveau, à construire un monde et une société plus respectueux et plus harmonieux.

 

  • Comment accompagner les enfants, les personnes âgées et les vulnérables?

Concernant les besoins physiologiques, tout d'abord en étant là! En prenant des nouvelles, en s'organisant entre voisins pour que les personnes isolées, âgées ou pas, aient de quoi manger, ou se soigner si nécessaire.

Ensuite, il faut aussi pouvoir s'occuper des besoins affectifs et psychiques: dire à nos proches qu'on les aime, prendre des nouvelles, leur donner des occasions de parler, afin de rompre l'isolement. Profitons de ces nouvelles technologies qui nous permettent de nous rapprocher les uns les autres.

Enfin, pour les enfants, n'oublions pas qu'ils sont très sensibles et comprennent bien plus de choses que ce que nous leur disons. Rassurons-les. Disons-leur que ce virus nous fait peur, et que pour éviter qu'il se propage, nous devons éviter de sortir. Que c'est un effort à faire, mais que ça va permettre de sauver beaucoup de monde. Que les médecins font le nécessaire pour que ça se termine vite, mais qu'en attendant on reste tous à la maison. Laissons-les parler, écoutons-les, rassurons-les. Disons-leur à quel point nous les aimons, et que c'est une occasion de faire des choses nouvelles ensemble. Faisons-leur confiance. Il y aura un après.

 

  • Quels sont vos conseils pour les confinés?

Je leur recommande de s’aider eux-mêmes à utiliser cette période au mieux, et à gérer les éventuelles angoisses. Ne nous surestimons pas, mais ne nous sous-estimons pas non plus. Comme chaque expérience nouvelle, celle-ci peut s'avérer difficile par moment. Rappelons-nous qu'il y aura un avant, et un après: et cet après, nous pouvons le prévoir, sera plus humain, plus généreux et plus connecté à l'essentiel.

Et, dans les moments où nous trouverons le temps long, pensons à Nelson Mandela, pensons à Anne Frank, ou à Roger Mac Gowen (27 ans dans le couloir de la mort au Texas pour un crime qu'il n'a pas commis). Et nous comprendrons à quel point nous sommes privilégiés d'être en vie.

Si vous souhaitez profiter de cette période pour prendre soin de vous et vous rapprocher de la paix intérieure, je vous invite à aller visiter mon site internet : https://www.anne-catherine-sabas.com/ et à cliquer sur Médias sur la page d'accueil. Vous y trouverez des dizaines de podcasts et vidéos en accès libre qui pourront vous aider à utiliser cette période au mieux, et à gérer les éventuelles angoisses

Kamel BOUAOUINA