Le Tunisien redéfinit intelligemment ses besoins ! - Le Temps Tunisie
Tunis Mercredi 28 Octobre 2020

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Oct.
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2020

Le coronavirus et les mœurs de la consommation :

Le Tunisien redéfinit intelligemment ses besoins !

Lundi 23 Mars 2020
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En annonçant que le nombre de personnes testées positives au corona virus a atteint 89 après analyses, par le ton et la panique qui étaient manifestes sur le visage et dans la voix de Mme Insaf Ben Alaya,  porte-parole du ministère de la Santé, disons qu’au début de cette troisième semaine, la Tunisie entame la phase 3 de la pandémie. C’est-à-dire, en peu de mots, qu’on n’a plus le choix : Ou bien le confinement ou bien la mort.

                 

En attendant de voir la réaction de l’Etat et du peuple à ce message somme toute réaliste, visitons un peu l’arrière-plan sociologique de cette mise en quarantaine collective et « volontaire », l’une des premières en Tunisie postrévolutionnaire. De toute façon, nous n’en aurons pas pour plus de quatre semaines. Nous serons, ou ceux qui resteront en vie, à l’orée de Ramadan, mois de tous les excès de consommation en terre d’islam.

Comment sera le pays d’ici là ? Et qu’en est-il des réflexes tunisiens en la matière ?

Le Tunisien qui aura échappé à la maudite pandémie, sera, il est vrai plein d’un sentiment d’autosuffisance que les étals exsangues risquent de ne pas satisfaire. Dans l’hypothèse d’une fin de l’état d’urgence le 20 mai par exemple, nous nous trouverons devant une économie qui a été largement éprouvée par la culture économique de l’Etat et l’inculture sanitaire du citoyen, animé qu’il est simplement par ses penchants bestiaux pour la bouffe et le réseau des égouts.

 

Découvertes « inédites »

Durant cette pandémie, nous avons remarqué que le citoyen n’était pas inquiet pour sa santé ou celle des siens, plus qu’il ne l’est pour la « hamhama ». Pour les vieux comme nous, nous aurons assisté pendant les quelques semaines passées, à la résurgence de reflexes du fond des années 60, celle des coopératives où, par exemple, l’huile végétale et le pétrole étaient rationnés dans les mêmes points de vente, la liquidité étant le seul dénominateur commun entre ces deux produits.

Sauf que cette fois, la disette est déclarée sciemment grâce à la liberté née de la Révolution du 14 janvier de l’an 2011. Avec son lot de monopoles, de spéculations et d’escroqueries de tous genres. Parallèlement, le Tunisien commence à se rationnaliser, en éprouvant, dans sa chair et son porte-monnaie, que la crise qu’il vit est bel et bien terrestre, et qu’elle n’a aucun rapport avec l’au-delà. Pire encore, dans certains coins de la planète Tunisie, certains citoyens honnêtes découvrent que l’épicier qui les berce d’escroqueries de tout genre, de hausses illégales des prix, de marchés conditionnés et autres infractions économiques graves, n’est autre que ce voisin pieux, qui ne rate aucune prière dans la mosquée du coin, et qui impose le voile de la chasteté à sa femme et à ses deux filles, depuis le départ de Ben Ali Allah Yarhmou. Il découvre également que les serments de l’épicier ne valent pas un pet de Satan.

Il découvre aussi que l’Etat censé défendre ses intérêts n’est pas toujours là. Bien qu’il se prévale de « trois présidences », il a du mal à savoir sur quel pied il doit danser. C’est là où il réalise sa solitude, qu’il doit vivre seul, jusqu’à la fin de cette corvée du confinement, prolongée par le mois saint.

A mesure que le temps s’étire, et que la télévision épouse la monotonie de la vie enclavée, le citoyen commence à penser à lui, à ses intérêts, les vrais, sans le matraquage publicitaire de la société révolutionnaire qui risque désormais de l’emporter, moyennant un spot, que ses gosses savoureraient en prime time.

Peu à peu, il commence à découvrir que quatre yaourts pour lui, sa dulcinée et ses deux enfants suffisent amplement comme dessert d’une nuit, et que demain, ils risquent de changer de gout et de besoin. Il n’achètera donc que quatre yaourts à la fois. Le reste, on verra. Une fois installé dans cette « nouvelle » mentalité, aucune dune de petits pois à un dinar le kilo ne pourra l’allécher. Aucune rumeur de pénurie ne peut plus ébranler sa conviction quant à ses vrais besoins. Tout achat superflu relèvera d’un gaspillage qui coûte quotidiennement à l’économie du pays un bon million de baguettes de pains jetées dans la poubelle.

 

Adieu la consommation effrénée

C’est que sur ce plan, le Tunisien n’est pas seulement intelligent. Il est espiègle. Son intelligence et son espièglerie sont latentes. Elles sont tues ou timorées sous le vacarme d’un matraquage systématique et effréné, d’une société de consommation qui veut consommer plus qu’elle n’en a vraiment besoin. Une société où un gouvernement, pour se racheter d’une connerie, ou pour racler une popularité qui lui fait défaut, annonce dans le journal de 20h, qu’il dispose désormais d’un stock de 25 millions d’œufs, de 15 millions de berlingots de lait, et de quelques 50 mille tonnes de semoule !

Prenons donc notre mal en patience, le corona n’est pas que nuisible. Projetons-nous sur le mois de Ramadan. C’est là où le manège, le vrai, commencera. Aggravé par la période d’ « abstinence » imposée par l’actuel confinement, le peuple risque fort de quitter sa tanière comme un fauve affamé. A la recherche d’une compensation que trois économies comme la nôtre ne pourront assouvir.

Adieu la société de conso ! Adieu la société de l’Entertainment !

Revenons à notre couscous, sages comme nous étions, dans les ténèbres de la primitivité. Nous recouvrerons santé et bien-être. Au diable l’agroalimentaire, au diable l’UTICA, au diable le ministère du Commerce ! Nous n’achèterons que ce dont nous avons réellement besoin. L’argent qui reste, nous saurons quoi en faire. Ne vous en mêlez pas. Car la comédie est maintenant sur les trottoirs. Pourvu que vous ne demandiez pas de « compensations » ou de subventions à votre industrie. A grever sur nos salaires, nos revenus, notre sueur.

Votre libéralisme, vous le mettrez là où vous voudriez. Pas sur notre dos en tout cas.

Jameleddine EL HAJJI