Tout le monde veut prendre sa place… - Le Temps Tunisie
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2019

Chronique

Tout le monde veut prendre sa place…

Samedi 26 Janvier 2019
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Chacun se voit présidentiable à merci : c’est chic ; ça en fait du monde qui se bouscule au portillon ! Que du beau monde?

Ah, vivre une heure, rien qu’une heure comme aurait dit Brel, une heure seulement, à l’intérieur du cerveau d’un prétendant au « trône », histoire de tenter de comprendre le secret de l’alchimie qui se met en place, un jour, sans coup férir, le poussant à convoiter le siège d’un Président, au point d’en perdre tout discernement bien des fois, le conduisant à commettre l’irréparable : à savoir se ridiculiser à grands frais, sans craindre d’en rougir.

L’attrait du pouvoir : il paraît que ça monte à la tête comme une maladie, et que la poussée de fièvre peut revêtir plusieurs aspects, avant qu’elle ne retombe d’ailleurs sans grands bruits, comme un soufflé au fromage qui aurait raté son four. Ce n’est pas très gai, et pourtant, à chaque échéance, abstraction faite d’un nom, ou deux, tout au plus, qui auraient la chance d’être éligibles, il se produit à chaque fois quelque chose qui pourrait s’apparenter à un grand cirque, sans la garantie que tout cela au final soit plaisant ou gai. N’est pas Coluche qui veut, d’autant que Coluche avait annoncé le programme. « Enfoirés! ».

Soit dit en passant, il nous manque Coluche ; et son acolyte Thierry Le Luron. Ils n’auraient pas fait tâche dans le paysage, mais alors ça aurait été de la plus truculente des façons ! Une occasion en or pour rompre avec la monotonie quotidienne, et le défilement des images des « clowns » tristes qui s’improvisent présidentiables mais n’en n’ont pas l’étoffe ni l’expérience. Et encore moins le charisme.

Mais il ne faut désespérer de rien, n’est-ce pas ? Cela étant dit, il faut comprendre que parfois, nécessité fait office de foi, ou quelque chose dans le genre. Du coup, il faudrait presque se résoudre à applaudir, qu’il y ait de la diversité dans la liste. Ou qu’il y ait une liste tout simplement. Mais est-ce suffisant ? Il est permis d’en douter. Pour autant, adouber hypocritement Béji, sachant que nul ne peut se prévaloir –jusqu’à nouvelle ordre- de son expérience pour prétendre aussi impunément, à la magistrature suprême, c’est, limite, faire preuve d’un manque de respect avéré, envers celui qui a véritablement épargné au pays un bain de sang, à un moment où ce dernier était à deux doigts de sombrer dans la terreur et le chaos. Cela est indéniable et nul ne pourra le contester. Cependant... 

Cependant ? Bien de l’eau est passée sous les ponts, et il y a quelque chose qui s’appelle l’heure de vérité. Pour tout le monde. Maintenant, que celui qui n’a pas soif de pouvoir, mais a la fibre patriotique particulièrement développée se jette dans l’arène. Avec un programme quadrillé au millimètre prés. Sinon qu’il reste chez lui bien au chaud, les pieds dans ses charentaises. Et qu’il se tourne les pouces à souhait : ça détend. En s’imaginant, si ça peut le consoler, qu’il est en train de se les tourner à Carthage. Ça lui épargnera au moins le déplacement. C’est déjà ça de gagné n’est-ce pas ? Il ne mesure pas sa chance

Samia HARRAR