Qu’attendent les musiciens tunisiens ? - Le Temps Tunisie
Tunis Vendredi 8 Février 2019

Suivez-nous

Aug.
23
2019

13e ÉDITION DU FESTIVAL SICA (22-28 AVRIL)

Qu’attendent les musiciens tunisiens ?

Vendredi 25 Janvier 2019
نسخة للطباعة

La 13e édition du SICA, Stars pour l’Intégration Culturelle Africaine, se déroulera en Guinée Conakry du 22 au 28 avril. Ce festival propose, entre autres, une compétition entre les artistes qui font de la musique moderne d’inspiration traditionnelle. Qu’attendent les musiciens tunisiens ?

 

SICA, acronyme de Stars pour l’Intégration Culturelle Africaine, est un festival, né en 2002, «afin de favoriser la promotion de notre identité culturelle dans le domaine de la musique moderne d’inspiration traditionnelle à envergure continentale malgré sa densité. Le but recherché est le dialogue interculturel pour fédérer les peuples africains autour de leurs diverses cultures identitaires dans leurs entités, multiethniques et pluridisciplinaires, voir multidimensionnelle», et ce, selon son président Wassi Alli.

Ce festival, dont la 13e édition se déroulera du 22 au 28 avril en Guinée Conakry, propose, entre autres, une compétition dans laquelle «les groupes et artistes, présélectionnés par pays, s’affronteront pour le mérite du grand prix, et autres Trophées SICA décernés après délibération du jury qui est composé de personnalités du monde artistique et culturel».

Une telle opportunité pourrait plaire aux musiciens tunisiens dont le répertoire s’inspire du traditionnel pour en faire du moderne. On pourrait le croire. Mais, il en est tout autrement.

Tout d’abord, il faut écrire ce qui est : nombre d’artistes tunisiens se croient tout droit sortir de la cuisse de Jupiter. Il suffit d’un ou deux concerts chez nous ou ailleurs, d’avoir obtenu un prix quelconque, ou de faire un certain nombre de vues sur youtube, pour se croire arriver au firmament. Des stars bien pâles qui ne savent pas donner de leur personne afin d’obtenir pour leur personne.

 

Dur de représenter la Tunisie…

 

D’autre part, le fait qu’il n’y ait pas de cachet les rebute, même s’ils ont, pour beaucoup, des rentrées d’argent par ailleurs. C’est parce qu’ils ont un problème de projection dans l’avenir. Des fois, faire des choses sans être payé peut rapporter plus gros que d’être payé, surtout quand il s’agit d’un concours et que les membres du jury sont composés des plus grands noms.

Il faut avouer qu’il n’y a pas beaucoup de musiciens chez nous qui font de la musique moderne d’inspiration traditionnelle en apportant une véritable création. Beaucoup ne font que piocher dans les classiques tunisiens et surtout folkloriques pour les mettre à leur sauce et appeler cela de la création.

Mais leur plus gros problème est qu’ils ne trouvent aucun soutien auprès du ministère des Affaires culturelles. Et ils savent que leur demande pour obtenir une aide pour les billets d’avion afin de se rendre à l’étranger et représenter la Tunisie restera lettre morte ou aura un avis défavorable, surtout quand cet étranger est un pays d’Afrique subsaharienne.

Ainsi pour pouvoir participer au SICA Guinée, ils doivent trouver un financement pour le transport international, puisque cet événement ne prend en charge que l'hébergement, la restauration et les déplacements sur place à Conakry dans le cadre du festival, et ce, pour cinq personnes au plus (il en est de même pour certains de nos festivals qui ne prennent pas en charge le billet d’avion des troupes, groupes ou artistes). Il est à noter que le SICA n’est pas organisé à but lucratif.

Il est dur de représenter la Tunisie sans l’aide du ministère des Affaires culturelles, où une toute petite poignée d’artistes (et on les connaît) ont leur passe-droit…

Du coup au lieu d’avancer, nos musiciens (surtout les jeunes) reculent. Ils attendent le déluge ou la grâce de Dieu et restent confiner intra-muros. Participer à un événement à l’étranger leur permettrait de connaître le niveau réel au continental et à l’international et de représenter notre pays.

 

Sept prix

 

Comme nous l’avons écrit plus haut, le SICA pourrait être une opportunité pour les musiciens tunisiens. Car ce festival se veut «promouvoir les talents africains qui travaillent sur les recherches musicales d’inspirations traditionnelles, dans un cadre formel. Cela permettra d’optimiser toutes les tendances et les sonorités musicales de cette riche mosaïque» et ambitionne à chaque édition (…) de conquérir les marchés africains et mondiaux pour les talents révélés».

Le SICA 2019 est sanctionné de sept récompenses : le Prix SICA Musique Moderne d’Inspiration Traditionnelle, décerné par un jury international, le Prix SICA Présentateur Live, le Prix S.I.C.A Clip Vidéo, le Prix du Public, le Prix de l’Intégration Culturelle Africaine, et le Grand Prix SICA. Les deux derniers prix étant des prix honorifiques. Il faut ajouter à cela le Prix de la meilleure entreprise de l’intégration culturelle.

Outre la compétition et les concerts, le SICA 2019 proposera des animations musicales quotidiennes, des attractions comme le «village numérique», des expositions d’art plastique, un colloque international sur le thème de «L’Intégration culturelle africaine. Défis et Perspectives…», des communications, des formations, des conférences-débats, des échanges B to B.

Il est à noter qu’à partir de cette 13e édition le SICA, qui se déroulait, habituellement, au Bénin, devient itinérant. C’est ainsi qu’il se retrouve, cette année, en Guinée..

 

Zouhour HARBAOUI