L’ISIE face aux clivages politiques - Le Temps Tunisie
Tunis Vendredi 8 Février 2019

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Nov.
14
2019

Echéances électorales

L’ISIE face aux clivages politiques

Jeudi 10 Janvier 2019
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•             Moez Attia (Kollouna Tounès) : « L'instance était une fierté pour les Tunisiens, surtout après les élections de 2011 et 2014, néanmoins, depuis juin 2018, elle a perdu énormément de son capital confiance auprès des citoyens »

 

«L’article 6 de la loi organique relatif à l'ISIE est clair : l'élection du président de l'instance doit se faire parmi les 9 membres du Conseil. Il est donc impératif de renouveler le tiers du Conseil pour ensuite élire le président»

 

A peine dix mois nous séparent des prochaines élections législatives et présidentielles dans un contexte sociopolitique très tendu. Des clivages politiques qui mettent en péril le processus électoral. Les vacances au sein de l’Instance Supérieure Indépendante des Elections perdurent depuis bientôt un an. Sujette à des conflits d’intérêts, l’élection par le Parlement des trois membres de l’ISIE et de son président, n’aboutit toujours pas et ce depuis de longs mois.

Les échéances électorales sont aujourd’hui menacées ; la société civile spécialisée dans le processus électoral tire la sonnette d’alarme.

Le Temps a rencontré le président de l’association Kollouna Tounes, Moez Attia, pour connaître la position de la société civile sur la question.

 

* Le Temps : L'ISIE connaît depuis 7 mois une double crise : un conflit d'intérêts politiques au sein de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) ainsi qu’une lutte au sein de son propre Conseil, quelle est votre lecture de cette crise à deux niveaux?

Moez Attia : La crise de l'ISIE a, d’abord, commencé au sein même de l’instance, plus précisément, avant la démission de Chafik Sarsar. Certains membres du Conseil ont tout fait pour l’éliminer et le pousser à démissionner de son poste de président. La situation s'est aggravée après l'élection de Mohamed Tlili Mansri. Ces mêmes personnes n'ont pas avalé la pilule et n'ont pas supporté de le voir à la tête de l'ISIE. Par ailleurs, certaines décisions prises par Mansri sans concertation avec le Conseil ont renforcé le clivage avec le reste des membres de l'instance. Un dossier qui demeure bloqué par l'ARP qui a tout fait pour ne pas se pencher dessus, ni étudier les deux rapports (celui du président et celui du Conseil) pour tenter de débloquer la situation et faire disparaître la tension. Par ailleurs, l'ARP a, jusqu’à présent, échoué dans l’élection d’un nouveau président à la tête de l’ISIE et des 3 nouveaux membres de l'instance malgré le fait que le renouvellement des 3 membres du Conseil de l'instance aurait dû se faire depuis janvier dernier. Un retard qui démontre bien que l’ISIE est désormais sujette à des calculs politiques. De gros intérêts sont en jeu.

 

* Quels sont selon vous les véritables points de discorde sur le plan parlementaire et au sein de l'ISIE ?

Face à la situation actuelle de l'ISIE, le seul moyen pour sauver l’instance, demeure tout d’abord l’élection des 3 nouveaux membres. Cela permettra de mettre du sang neuf. Bien évidemment, l'élection de ces membres doit se faire selon un barème bien défini basé sur les compétences des candidats et surtout leur indépendance politique. Les blocs parlementaires se doivent de respecter ce barème.

En seconde étape vient l'ouverture des candidatures pour le poste de président de l'ISIE qui débouchera sur l'élection du futur président qui se chargera d’établir un calendrier électoral. Néanmoins, selon nous, même si ces deux étapes décisives sont franchies, le dossier des rapports et des accusations entre les différents membres de l'ISIE doit être ouvert et pris au sérieux par l'ARP. Toute personne qui a commis un dépassement doit répondre de ses actes.

 

* Prévues en octobre prochain, pensez-vous que les prochaines élections présidentielles et législatives soient menacées ? Quel impact cela pourrait avoir sur le processus électoral et qu'en dit la Constitution en cas de report ?

Nous n'avons aucun choix, les élections législatives et présidentielle doivent impérativement avoir lieu à la fin de cette année. L’échéance telle que stipulée dans la Constitution est claire là-dessus : 3 mois avant la fin du mandat en cours.  Pour nous, le report des élections est un scénario non-envisageable. Nous sommes encore dans les délais. Quant aux normes internationales, il faut 9 mois pour préparer des élections. Toutefois, l’urgence maintenant est d’élire les 3 nouveaux membres de l'ISIE et ensuite son président.

 

* Certaines voix comme celle du bloc parlementaire Ennahdha appelle à l'élection du futur président avant celle des trois membres. Ce qui est contraire à l'article 6. Qu'en pensez-vous ?

L'article 6 de la loi organique relatif à l'ISIE est plus que clair : l'élection du président de l'instance doit se faire parmi les 9 membres du Conseil. Aujourd'hui, nous avons 3 membres sortants qui ne peuvent pas se présenter au poste de président. Il est donc impératif de renouveler le tiers du Conseil pour ensuite élire le président. Il conviendrait de rappeler que les nouveaux membres ont tous le droit de se présenter au poste. Quant à l'image de l'ISIE, certes cette instance était une fierté pour les Tunisiens, surtout après les élections de 2011 et 2014, néanmoins, depuis juin 2018, elle a perdu énormément de son capital confiance auprès des citoyens.

 

* Pensez-vous que la pression de la société civile puisse mettre fin à ce tiraillement politique et redonner à l’lSIE le statut qu'elle avait du temps de Kamel Jendoubi et de Chafik Sarsar?

Vous savez, la société civile joue son rôle depuis 2011. Nous veillons sur la transition démocratique, le respect de la Constitution et des lois. Notre rôle est aussi de prévenir et de proposer des solutions aux crises. Nous continuerons à tout faire pour hisser la Tunisie. Notre défi est de réussir cette nouvelle étape historique de la jeune démocratie tunisienne. Si nous voyons que les choses ne se débloquent pas, nous demanderons une audition auprès du Parlement.

Propos recueillis par Melek LAKDAR