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Danse: «Ana nismâa (inti) tchouf» (I listen (you) see) de Hamdi Dridi au «4ème Art»

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Mercredi 9 Janvier 2019
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Durant près de cinquante minutes, le spectacle chorégraphique : « Ana nismâa (inti) tchouf » (I listen (you) see) de Hamdi Dridi avait introduit le  public, qui n’était pas nombreux, en ce début de soirée du 5 janvier 2019 à la salle du « 4è Art », dans l’univers des ouvriers des chantiers.

 

Ils n’étaient que trois danseurs dans cette création de Hamdi Dridi dans une production du Théâtre national tunisien. Hamdi Dridi y joue aux côtés de ses pairs Houcem Bouakroucha et Feteh Khiari. « J’ai envie d’amplifier, de magnifier par l’art, les gestes simples et quotidiens de l’ouvrier tunisien » écrit Hamdi Dridi dans le texte d’introduction de son spectacle chorégraphique. Il a d’ailleurs déclaré sur les ondes de la Chaîne internationale de Radio Tunis qu’il veut mettre en évidence « l’artiste ouvrier de son œuvre » et « voir la scène comme un chantier » où, a-t-il ajouté, « l’ouvrier est vu en tant qu’artiste. »  Le simple geste quotidien, celui des maçons dans ce spectacle, est mis en évidence et même glorifié, s’il le faut. Cela donne lieu à des danses issues de ces gestes anodins. Le quotidien, parfois triste et monotone, change  totalement en un spectacle harmonieux et visuel. Les allées et venues sur la scène-chantier, les mouvements spécifiques à ce métier sont vus et revus dans une conception et un regard artistiques. La chorégraphie privilégie le côté laborieux de ces travailleurs fatigués, certes, mais qui doivent continuer et achever leur boulot. Une activité répétitive, voire même un exercice de style  qui mène à l’épuisement. Hamdi Dridi rend hommage à ces hommes par le truchement d’un spectacle chorégraphique pas du tout prétentieux. Cela accompagne en fait l’essence même de l’activité journalière de l’ouvrier. Et si la danse s’annonce ici d’elle-même, elle n’est point étrangère à celle de nos dockers, qui, jadis, improvisaient des danses à même les quais, ou à l’issue de leur travail. Ces ouvriers sont des artistes sans le savoir, peut-être. Ils mènent la danse, celle de leur travail trop souvent mal vu et même ignoré. Ce spectacle-hommage, comme précédemment indiqué, nous met face à face avec d’amères réalités celles du statut de l’ouvrier, mais aussi celui « du danseur comme métier », comme l’a également signalé Hamdi Dridi sur les mêmes ondes de RTCI. « Ana nismâa, inti tchouf » serait peut-être mieux en : « Ana nichtah, inti tchouf » pour dire toute la valeur de la danse, un acte artistique puisé ici de la vie professionnelle quotidienne des ouvriers.

Lotfi BEN KHELIFA