Tribune libre: LA TUNISIE.. MISSION CIVILISATIONNELLE - Le Temps Tunisie
Tunis Vendredi 8 Février 2019

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Tribune libre: LA TUNISIE.. MISSION CIVILISATIONNELLE

Dimanche 23 Décembre 2018
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Lors du sommet de la Francophonie, Tenu au mois d’octobre en Arménie, le président français Emmanuel Macron a  prononcé un discours dithyrambique à l’adresse de Béji Caed Essepsi et la Tunisie pour les nouvelles lois en faveur de la femme tel le mariage avec un non musulman et l’égalité dans l’héritage. 
En réalité, j’ai entendu ce genre d’admiration à l’égard de la Tunisie et son Histoire plus d’une fois de la part des étrangers. Cela a éveillé ma curiosité et m’a incité à m’interroger et chercher dans l’histoire ce qui rend les étrangers admirateurs de notre Histoire et respectueux de la Tunisie.
Mes recherches ont développé en moi la conviction que voici : cette terre est dotée d’une mission civilisationelle et elle est comme un cabinet de pilotage dans un océan  de retard civilisationnel, d’ignorance et de stagnation culturelle. Sa mission civilisationnelle consiste à innover, à ébranler les dogmes et faire bouger ce qui stagne, à ouvrir ce qui s’enferme et à pousser les frontières toujours vers d’autres horizons encore plus ouvertes.
Dans l’antiquité, au temps de l’empire carthaginois, le génie de l’homme sur cette terre a créé la première constitution dans l’histoire, qui fut  louée par Aristote. Avec cet acte, l’homme tunisien s’est ouvert un long chemin avant-gardiste en matière de législation.
Au VIème siècle avant J.C, la circulation maritime ne sortait pas de la méditerranée, épicentre du monde antique. Mais le carthaginois tunisien Hannon a poussé les frontières vers un monde plus ouvert : l’océan atlantique. Il est parvenu à la côte ouest de l’Afrique. Il a réalisé le premier grand voyage maritime dans l’histoire de l’humanité. C’est cet exploit qui a fait de lui l’idole et le modèle à suivre pour les grands voyageurs au XVè et XVIè siècle : Christophe Colomb, Vasco Degama, Magelon…
Il y a 2236 ans, cette terre  a surpris le monde encore une fois par un génie militaire hors paire en sortant au monde le plus grand général de guerre dans l’histoire. Celui qui a créé la stratégie militaire. C’est le général berbère carthaginois tunisien Hannibal qui a poussé le pouvoir humain vers de nouvelles frontières en réalisant le passage des Pyrénées puis des Alpes, dans une période de l’année qui est la plus difficile et la plus dangereuse : l’hiver. Ce passage mythologique, la stratégie militaire et les différentes batailles contre les romains font l’objet d’un enseignement assuré dans toutes les académies militaires dans le monde entier. Le personnage et ses exploits ont toujours été une source d’inspiration pour le cinéma, pour la peinture et même pour les bandes dessinés orientés pour les enfants. L’on comprend pourquoi ce grand homme, Hannibal, est plus célèbre que la Tunisie.
Sous le règne des romains surgit un homme d’envergure : Saint Augustin dont l’influence sur l’Église catholique en Europe est la plus remarquable; Il a fait ses études et a enseigné à Carthage avant de s’installer à Rome.
Au moyen-âge, quand les arabes ont envahi la Tunisie et apporté leur culture foncièrement sexiste, une jeune femme tunisienne – Arwa la kairoinaise - a imposé au khalife abbasside Al Mansour, - et non pas n’importe quel homme ! - le droit de procéder au divorce si le khalife épouse une deuxième femme. Ce qu’on appelait désormais le contrat de mariage kairoinais. Cette femme a ébranlé un véritable dogme législatif.
Au moyen-age aussi, le génie du médecin kairoinais, Ibn Jazzar, a inventé le système de la pharmacie. Le même système est adopté dans le monde entier et demeure  en vigueur jusqu’à nos jours. Selon lequel, le médecin donne une ordonnance médicale au patient, après avoir diagnostiqué la maladie, et ce dernier devait aller chercher le médicament chez un autre homme.
Dans les années quarante du XIXè siècle, la Tunisie affranchit un pas sans précédent non seulement dans le monde arabo-musulman mais aussi devançant beaucoup de pays occidentaux. Il s’agit de l’abolition de l’esclavage qui fut promulgué le 23 janvier 1846. Désormais un dogme régnant depuis la nuit des temps est sappé.
Au début du XXè siècle, le penseur Tahar Haddad a ébranlé l’édifice dogmatique de la charia (législation religieuse) par son livre Notre femme dans la Charia et dans la société. Avec sa lecture éclairée des textes religieux il a secoué une législation rétrograde qui a stagné durant 14 siècles.
Quelques années avant l’œuvre de Tahar Haddad, l’un des fils du pays, Mohamed Ali Hammi, a semé dans notre terre une nouvelle expérience, celle du syndicalisme. Il a institutionnalisé le militantisme social en fondant La Confédération générale des travailleurs tunisiens, le premier syndicat dans le monde arabo-musulman, en Afrique et dans tout le tiers monde. Il a refusé que le travailleur tunisien soit traité et considéré comme inférieur par rapport au travailleur européen. Ce faisant, il a entamé un long chemin de militantisme social jusqu’à l’enracinement du syndicalisme avec la fondation de la centrale syndicale l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens le 20 Janvier 1946 par le leader éternel Farhat Hached. Inutile de rappeler que cette centrale syndicale fut unique en son genre en Afrique et en Asie. Elle est la pièce maitresse de la société civile tunisienne.
Dans les années cinquante du siècle précédent, la Tunisie a promulgué le Code du statut personnel, en 1956 s’il vous plait ! De nouvelles lois concernant la femme et la famille furent une véritable révolution dont voici les principales caractéristiques : la polygamie est interdite et le divorce est devenu une affaire de tribunal civil. Le leader Bourguiba était l’instigateur du Code du statut personnel .
L’année 1976 a connu la naissance de la première ligue des droits de l’homme dans le monde arabo-musulman. Désormais, une terre d’Islam rejoint la culture des droits de l’homme. La Tunisie continue à s’ancrer dans la modernité depuis l’abolition de l’esclavage.
La culture des droits de l’homme a marqué les travaux de l’Assemblée Constituante qui a reconnu la liberté de conscience dans la Constitution de 2014. Cette liberté est encore interdite non seulement dans les pays arabes et musulmans mais aussi dans le tiers monde.
Tous ces exploits et mesures avant-gardistes à travers l’Histoire montrent que l’essence de la  personnalité tunisienne est  cette inclination naturelle à dépasser la culture régnante et s’affranchir des vieux carcans.
Après cet exposé, est-ce qu’on pourrait douter encore que cette terre est dotée d’une mission civilisationnelle !?
Imed Ben Soltana