«Je serai aux JTC surtout pour connaître les nouveautés des compagnies africaines» - Le Temps Tunisie
Tunis Mardi 18 Décembre 2018

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2018

ALEJANDRO DE LOS SANTOS (MANAGER CULTUREL ESPAGNOL)

«Je serai aux JTC surtout pour connaître les nouveautés des compagnies africaines»

Mercredi 5 Décembre 2018
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Manager culturel, Alejandro de los Santos a fait des études en communication à l’Université de Séville, en management interculturel et communication au CELSA - Paris IV- Sorbonne et des études post-universitaires en Relations Internationales à l’Université Technique de Lisbonne.

Il a été le responsable du département culturel de l’Ambassade d’Espagne au Mozambique pendant deux ans et le coordinateur général d’un projet sur la littérature orale africaine au Mali et au Niger. Il a été professeur à l’Université de Brasilia.

Maintenant, il est assistant de direction du Festival de Cinéma Africain de Tarifa-Tanger et responsable des relations avec l’Afrique du MAPAS - Marché des arts de la scène de Tenerife, en Espagne. Il est aussi fondateur du magazine en ligne afribuku, espace de référence sur les cultures africaines contemporaines en espagnol. Il est auteur du livre «Mafalala: guide culturel du quartier historique de Maputo».

Il a travaillé aux Journées Théâtrales de Carthage, Tunisie, en 2007. Il est invité des JTC 2018 et espère connaître les nouveautés des compagnies africaines.

Il ne va pas être déçu… Rencontre.

Vous êtes invité pour la prochaine édition des JTC. Qu’attendez-vous de votre venue ?

Je me sens honoré d’avoir été invité à un festival de théâtre historique qui existe depuis 1983 et qui est une référence en Afrique et dans le Monde arabe. J’y serai surtout pour connaître les nouveautés des compagnies africaines.

Cette année le festival consacre un focus au Burkina Faso, pays qui reste une référence majeur du théâtre du continent, ce que m’intéresse beaucoup.

D’autre part, et d’un point de vue plutôt personnel, je serai attentif aux productions des pays de Moyen-Orient, malheureusement méconnus en Europe et en Espagne en particulier. Et je profiterais de mon séjour en Tunisie pour rencontrer des artistes tunisiens de musique, danse, marionnettes ou cirque, pour la programmation de la prochaine édition du MAPAS.

Ce n’est pas la première fois que vous assistez aux JTC. Parlez-nous de vos expériences précédentes.

Personnellement, cette invitation me fait très plaisir parce que j’ai eu l’opportunité de travailler aux JTC en 2007, à l’époque où Mohamed Driss était le directeur. Cette année au MAPAS j’ai eu une très belle rencontre avec certains de mes anciens collègues. J’avais 24 ans à l’époque, cette expérience m’a fait découvrir plein de compagnies que je ne connaissais pas auparavant. Ainsi qu’un pays extraordinaire, auquel je tiens beaucoup grâce à sa richesse, ses contradictions. 

Ensuite, j’ai toujours suivi la programmation, le palmarès et les informations en ligne, car j’habitais très loin de ce cher pays. Mais, désormais, je compte y retourner toutes les années, puisque les JTC sont indiscutablement l’un des festivals les plus importants d’Afrique.

Le MAPAS est un marché de connexion entre artistes de différents horizons. Avez-vous déjà accueilli des artistes tunisiens ?

Oui, justement la Tunisie a été bien représentée pendant la dernière édition du MAPAS. Nous avons invité la compagnie du Théâtre National Tunisien et la pièce «Violence(s)» de Fadhel Jaïbi et Jalila Baccar, qui d’ailleurs a été sélectionnée comme spectacle d’inauguration. La troupe a participé également aux rencontres d’affaires avec des programmateurs du monde entier.

D’autre part, en showcase, nous avons retenu le jeune musicien tunisien Nuri, qui a eu beaucoup de succès.

En dernière lieu, nous avons accueilli aussi Hatem Derbel, directeur des Journées Théâtrales de Carthage, avec qui nous espérons collaborer d’avantage dorénavant, compte tenue de l’importance de ce festival pour le théâtre du monde arabe et d’Afrique.

Quels sont les chiffres du dernier MAPAS, en matière d’artistes participants, de programmateurs, de spectacles, de spectateurs, etc.

En 2018, nous avons reçu 164 artistes de 29 nationalités et plus de 140 programmateurs issus de 40 pays. Nous avons également présenté 65 showcases et nous calculons qu’il y a eu 3.500 rencontres entre artistes et programmateurs. En ce qui concerne le public, 20 mille spectateurs ont pu assister aux présentations en direct. Je dirais que ce n’est pas mal du tout pour une deuxième édition !

Combien de candidatures avez-vous reçu pour le dernier MAPAS ?

Au total 1.336 candidatures

Combien en attendez-vous pour la prochaine édition qui se tiendra du 10 u 14 juillet 2019 ?

La croissance de la première à la deuxième édition a été remarquable, puisque nous avons presque doublé le nombre de candidatures. L’un des objectifs principaux serait d’augmenter le nombre d’inscrits africains. Les candidatures venant du continent africain étaient en-deçà de ceux de l’Amérique Latine et du sud de l’Europe.

Le Marché ne prend pas en charge les artistes, ni ne les paie, ne pensez-vous pas que cela soit un frein, quand on sait que, dans certains pays, les artistes ne sont pas du tout aider par leur gouvernement ?

Un marché est toujours un investissement pour les artistes, un atout pour se faire un réseau de contacts, une vitrine pour montrer son travail. Mais nous connaissons très bien les réalités des pays africains ainsi que celles d’Amérique Latine. Nous étudions au cas par cas et nous voyons avec les artistes ce qu’ils peuvent apporter pour assurer leur participation au MAPAS. Cette année, plusieurs artistes et programmateurs du Niger, d’Éthiopie, du Sénégal, d’Afrique du Sud ou de Tunisie ont réussis à trouver les moyens pour financer leurs billets d’avions.

Certains ont eu un financement du privé, d’autres des subventions du ministère de la Culture de leurs pays d’origine. Et, en signe de reconnaissance de l’effort, nous avons pris en charge leur séjour aux Canaries.

Dans certains cas, surtout celui de certaines compagnies en showcase, nous avons assuré toutes les dépenses.

Donc, je peux affirmer qu’il ne s’agit pas d’un frein. Tout au contraire, cette dynamique permet aussi à l’artiste d’exiger d’avantage aux ministères de la Culture, voire de demander des changements dans leurs politiques culturelles. 

Quittons l’art scénique pour parler cinéma. Vous avez également un pied dans le Festival de cinéma africain de Tenerife (FCAT). Combien de films tunisiens avez-vous accueilli depuis la création de ce festival ?

Difficile de répondre à cette question. Cette année, nous avons organisé la 15ème édition et la Tunisie est toujours l’un des pays les mieux représentés dans notre festival par la qualité de son cinéma. Je viens de faire une recherche sur nos fonds cinématographiques (950 films sous-titrés en espagnol) et j’ai compté 64 films tunisiens (y comprises les co-productions) au total, mais cela pourrait être plus. Et, chaque année, nous invitons des cinéastes tunisiens de renommée. Les éditions où un film tunisien n’est pas primé sont assez rares.

Combien de films africains en général ?

Depuis la création du festival, je pourrais dire à peu près 900 films africains.

Quel est le pays le plus représenté à ce festival ?

Probablement l’Algérie, le Maroc ou la Tunisie. Ce n’est pas une question de préférence ou choix géographique mais c’est un binôme de qualité et de quantité de production. L’Afrique du Sud est un pays très représenté. Ainsi que d’autres comme le Burkina Faso ou le Sénégal.

Que ce soit le MAPAS ou le FCAT, l’objectif est de faire un pont, principalement, entre le continent africain et latino-américain, avec pour trait d’union l’Espagne : mais est-ce que cela fonctionne ?

En ce qui concerne le FCAT, je pourrais vous donner beaucoup d’exemples. Quand Mane Cisneros, directrice du Festival, a créé cet événement en 2004, l’Afrique était encore associée à des idées très primitives en Espagne. Le FCAT a fait un travail extraordinaire de diffusion des cinémas d’Afrique, surtout à partir de la création du dispositif de cinéma itinérant Cinenómada.

Chaque année nous organisons environ 220 projections en Espagne en collaboration avec des associations, médiathèques, musées, etc. Ousmane Sembène, Djibril Diop Mambéty, Souleymane Cissé ou Nacer Khémir étaient des inconnus chez nous. Et, peu à peu, nous avons réussi à ce que les filmothèques ou les festivals espagnols commencent à considérer le cinéma africain comme un cinéma.

Quant au MAPAS, les objectifs sont assez différents, car nous n’envisageons pas faire un pont uniquement avec l’Espagne. Le MAPAS cherche à trouver des débouchés pour les artistes dans les circuits culturels internationaux. Donc, le but du marché dépasse largement les limites de la géographie espagnole. Mais, quand même, ce marché est aussi une grande opportunité pour les artistes africains. Et plusieurs groupes africains ont réussi à faire des tournées chez nous, comme la compagnie de cirque d’Éthiopie Fekat Circus, ainsi que les Marocains Colokolo, qui, l’année prochaine, seront dans plusieurs villes espagnoles.

 

Propos recueillis

par Zouhour HARBAOUI