L'Union du Maghreb Arabe: peut-on encore y croire? - Le Temps Tunisie
Tunis Dimanche 29 Mars 2020

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Un projet qui tarde à se concrétiser

L'Union du Maghreb Arabe: peut-on encore y croire?

Samedi 27 Octobre 2018
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Le Maghreb est-il une utopie? Pris dans les filets de leurs conflits internes accentués depuis quelques années et faisant face à de nouvelles problématiques issues du «printemps arabe», les cinq pays concernés semblent avoir abandonné l'idée d'un Maghreb Uni et même ne plus accorder aucun crédit à cette Union, dont l'idée a été lancée pour la 1ère fois en 1958 à Tanger et qui aurait pourtant pu changer la donne et le cours de l'histoire pour toute la région. Pourtant, certains y croient encore et c'est justement pour relancer ce débat que la Konrad Adenauer Stiftung et le Forum de l'Académie Politique ont organisé, hier, un colloque dont les principaux thèmes étaient le Maghreb à travers l'Histoire et les enjeux stratégiques auxquels il fait face actuellement.

 

Organisé à Tunis, le colloque a connu la participation d'un large panel d'experts tunisiens et internationaux dont celle de Habib Ben Yahia, ancien Secrétaire Général de l'Union du Maghreb arabe qui a livré un message d'espoir lors de son allocution. Il a ainsi déclaré : «Il ne faut pas désespérer quant à la création d'un Maghreb uni et fort. Même si nous avançons pas à pas, nous devons être confiants pour l'avenir et certains de pouvoir, un jour, unir nos forces et enfin créer une Union Maghrébine. Après plus de 15 ans de conflits avec l'Europe et en sensibilisant les pays, nous avons pu organiser une réunion à Lisbonne qui a permis de relancer la coopération euromaghrébine et à enfin regarder l'avenir sans toutefois oublier le passé. Nous voulons que l'avenir commun avec l'Europe serve les intérêts des deux parties. Après ce rapprochement, les Etats Unis ont également cherché à nous approcher en organisant des rencontres américano-maghrébines mais aussi d'autres pays et organismes d'Afrique. C'est pour vous dire que le processus est certes lent mais prometteur. C'est un processus d'avenir et il faut croire au leadership maghrébin pour pouvoir dépasser efficacement les problèmes hérités du passé et affronter sereinement les défis de l'avenir.».

Il a ajouté : «Le Maghreb doit tenir compte des grands problèmes de la région mais aussi accorder une extrême importance à la jeunesse maghrébine qui porte sur ses épaules l'avenir et qui est confrontée à d'énormes problèmes et qui opte bien souvent pour la migration. Cette problématique est réelle et persistante mais il ne faut pas qu'il soit l'unique axe de collaboration entre le Maghreb et l'Europe. »

C'est à Tanger, en 1958, que l'idée d'un Maghreb uni a été pour la première fois lancée. A l'origine de ce projet ambitieux, les dirigeants des mouvements nationaux tunisien, algérien et marocain qui se sont accordés sur la nécessité de créer une Union maghrébine dès que les conditions politiques des différents pays le permettraient. Depuis cette date, tout un processus a été entamé par les cinq chefs d'Etat pour enfin se concrétiser par la signature d'un traité constitutif de l'UMA en 1989 à Marrakech. Trois axes ont été alors définis : politique, économie, culture. Près de trente ans plus tard, où en est le Maghreb ? Pour les experts, le constat est on ne peut plus amer. La déception est grande et la frustration aussi face à une désunion politique flagrante et handicapante. L'absence de coopération économique n'a pas amélioré la situation non plus. Pour exemple et si les relations commerciales interrégionales européennes atteignent le seuil de 60%, entre les pays de l'UMA ne sont que de 3% et parfois même moins. Malgré tout, beaucoup continuent de considérer que l'Union du Maghreb comme une nécessité politique et économique pour toute la région et peut constituer le socle de développement d'une réelle et durable relance et croissance économiques. Mais alors qu'est ce qui bloque donc ? Qu'est ce qui fait échouer l'idée d'un Maghreb ? La réalité sociopolitique actuelle des différents pays permet-elle de croire encore à ce projet unificateur et participatif ? Qui redoute de voir les pays du Maghreb unis et solidaires ?

Rym BENAROUS