Sabrine Chaouch : Une percée informelle dans l’art contemporain en Tunisie - Le Temps Tunisie
Tunis Vendredi 8 Février 2019

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2019

Chronique des arts

Sabrine Chaouch : Une percée informelle dans l’art contemporain en Tunisie

Mercredi 19 Septembre 2018
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Sabrine Chaouch est une « designerin ». Elle est donc une habituée de la création d’objets, de démarches logiques accompagnant et justifiant l’insertion de nouvelles tendances, de justification de création, de lignes nouvelles, de nouvelles couleurs, toutes aussi rationalistes intellectuellement que fonctionnelles et belles.

 

 

Sabrine Chaouch est au fait de tout ce qui se passe autour d’elle comme mouvement artistique, en général très formaliste. Elle en a pris conscience et semble vouloir se placer dans une position critique, sans vouloir être véhémente.

Elle expose aujourd’hui quinze toiles de toutes dimensions, où elle délaisse le formalisme, l’intellectualisme, le structuralisme, et toutes ces possibilités où le géométrisme et le purisme sont rois.

Elle délaisse le concept. Et entre dans une démarche plastique du début du monde, où le chaos n’était pas encore domestiqué. Elle entre dans une sorte de pré-expérience de l’origine du monde graphique chromatique, où l’œuvre se situe à l’aurore des temps, des formes et des couleurs. Elle ne cache pas d’être gestuellement, fougueusement lyrique.

Sabrine Chaouch semble se libérer de tous les préjugés structuralistes et nous bombarde littéralement de mille projectiles, d’esquisses d’objets, de gestes graphiques, annonçant des tracés de squelettes primitifs, de poissons, d’humains, de flèches, de croix rudimentaires verticales et horizontales.

Les signes et les symboles sont ceux de l’origine de la peinture, peut-être même de cette peinture paléolithique des cavernes, de ces signes et symboles non encore revêtus de leur chair, ou du volume illusoire de la représentation.

La représentation de l’espace dans les tableaux de Sabrine est dépourvue de direction, elle n’a pas de perspective. Elle est une sorte d’espace planéaire, une représentation en registre, frontale, du premier plan.

Son espace est planté de signes presque cabalistiques. D’yeux grands ouverts, d’escargots, d’yeux qui s’écarquillent et deviennent escargots, et les escargots eux-mêmes sont réduits à des formes hélicoïdales. Les signes sont des signes rudimentaires qui subissent les assauts de couleurs violentes, phosphorescentes, ou même fluorescentes.

Les couleurs drues, dures, qui ne laissent aucun doute sur les véritables intentions de l’artiste de nous déstabiliser et de susciter en nous des réactions de détresse, devant tant de fantasmes et tant d’expressions hallucinatoires.

Sabrine Chaouch dévoile ainsi, en toute sincérité, sans fioriture, sans cachoterie, sa démarche réelle qui nous invite à ne pas nous contenter ni des apparences,ni des grandes et limpides configurations et combinatoires homogènes, tranquilles, bien structurées et belles à en mourir.

La peinture de Sabrine Chaouch se présente comme un champ plastique autonome, comme une surface plane, où les couleurs et les graphismes sont, dans un certain ordre, assemblés.

Mais elle ne cache pas que ses tableaux ne se contentent pas de cela pour être expressifs, mais livrent cependant aussi une autre réalité peut-être plus hypothétique ou plus virtuelle, mais qui ne cachent pas non plus la grande souffrance et l’intense lutte de Sabrine de prendre en charge le chaos qui est en elle, mais qui existe aussi au niveau du monde, à l’extérieur, un chaos lourd qu’elle assumait autrefois joyeusement avec des couleurs chaudes, et aujourd’huisystématiquement avec des couleurs froides… tristes.

La percée, la pensée que nous suggère Sabrine Chaouch est très loin de l’éphémère, elles font partie de nous. C’est pour cela que son travail reste humain, trop humain et est évidemment contemporain à nous… réel, enraciné dans notre quotidien, dans notre histoire, et ceci malgré l’inexistence de certains indicateurs figuratifs qui auraient rendu lespectacle insoutenable.

Tout autre compréhension de la percée artistique de Sabrine comme virtualité est tout autant possible et crédible, comme est crédible sa démarche de « sortie », de ses émois chaotiques.

Lire ainsi le travail de Sabrine Chaouch est comme une invite faite par notre peintre d’accepter d’examiner les éventualités d’un art contemporain en Tunisie, capable de dire et de maintenir des rapports avec le monde, des rapports concrets sans qu’ils soient seulement de l’ordre de l’éphémère ou du virtuel, ou qu’ils soient obligés de recourir à des procédés purement technologiques d’un art sans âme.

 

HoucineTlili