Les luttes fratricides s’intensifient… - Le Temps Tunisie
Tunis Mercredi 19 Septembre 2018

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20
2018

Nidaa envisage de congédier Chahed

Les luttes fratricides s’intensifient…

Mardi 11 Septembre 2018
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Les  relations houleuses qu’entretiennent Nidaa Tounes et le chef du gouvernement, Youssef Chahed, semblent avoir atteint un point de non-retour. Le président du comité de l’information du parti, Mongi Harbaoui, a évoqué, hier, la possibilité de congédier cet enfant terrible du parti ainsi que les députés démissionnaires qui se sont ralliés à lui.
 

 

«La question de l’exclusion de Youssef Chahed de Nidaa et des députés démissionnaires  est à l’ordre du jour. Il y aura une réunion dans les 48 heures pour prendre une décision sur l’avenir de ces gens-là, qui tentent de détruire le parti», a déclaré Mongi Harbaoui sur les ondes de Mosaïque FM.
Les rapports entre Nidaa Tounes et Youssef Chahed n’ont jamais été au beau fixe. Ils se sont gravement détériorés en mai 2017 après l’arrestation très médiatisée de certains barons de la corruption, dont le sulfureux homme d’affaires Chafik Jarraya. Proche de certains dirigeants de Nidaa Tounes, ce lobbyiste, qui a la langue bien pendue, est proche de certains dirigeants de Nidaa Tounes.
Il avait également déclaré avoir contribué au financement de Nidaa, lors de la campagne présidentielle de 2014. La goutte qui a fait déborder le vase et conduit à une rupture totale entre le parti vainqueur des élections de 2014 et le locataire du Palais de la Kasbah est la démission de huit députés du groupe parlementaire de Nidaa Tounes.
Suite à cette démission annoncée samedi dernier, Nidaa Tounes a publié un communiqué incendiaire dans lequel il accuse le chef du gouvernement de «détournement» de ces députés
Le parti à l’emblème du palmier a également dénoncé «les manœuvres politiques» de Youssef Chahed, qui «cherche à diviser l’unité des partis au lieu de s’atteler sur les problématiques qui rongent le pays» et «œuvre pour son propre intérêt en violation des traditions démocratiques».
Dans ce même chapitre, Nidaa Tounes a accusé le chef du gouvernement de «prendre en otage l’exécutif pour servir ses intérêts personnels, tout en pointant un doigt accusateur vers «les partis politiques qui encouragent Chahed au risque de mettre en péril la stabilité du pays», en allusion au mouvement Ennahdha.
Les députés démissionnaires ont rencontré Youssef Chahed  juste avant de rendre le tablier. Ces élus ont choisi de rejoindre le groupe parlementaire de la «Coalition nationale», réputé proche de Youssef Chahed. Ainsi, le nombre de députés appartenant à ce groupe s’élève désormais à plus de quarante.
Les démissionnaires ont cependant démenti que Youssef Chahed ait influencé leur décision ou exercé une quelconque pression de sa part. Ils se sont cependant violemment pris au directeur exécutif du parti Hafedh Caïd Essebsi, l’accusant d’avoir détruit le parti.
«Il a dit que c’était lui le propriétaire du parti, lui qui décide et que seules ses décisions devaient être appliquées», a pesté hier la député Zohra Driss sur les ondes d’Express FM.
Donné partant depuis janvier 2017, Youssef Chahed fait toujours de la résistance.
Ce plus jeune ministre du monde arabe (42 ans) est un survivant a jusqu’ici réussi à retourner la situation en faveur, notamment en surfant sur la vague porteuse de la lutte contre la corruption.
En mai 2017, alors qu’il était sur le point d’être débarqué, Chahed a sauvé sa tête en lançant une guerre contre la corruption. 
Parallèlement, la situation économique continuait à se détériorer (dépréciation de 25% du dinar par rapport à l’euro, inflation de près de 8%,  réserves en devises sont à 71 jours d’importations, etc), et les grandes réformes annoncées (fiscalité, régimes de retraites, privatisation des entreprises publiques déficitaires, réduction des subventions, etc.) n’ont pas été menées, en raison notamment des surenchères de la centrale syndicale. Il n’en fallait pas plus pour que le limogeage de Youssef Chahed soit de nouveau à l’ordre du jour des discussions de l’accord de Carthage, censées fournir le programme d’action du gouvernement d’union nationale, au printemps dernier.
Mais l’homme à qui on prête des ambitions présidentielles en 2019 est parvenu à conserver son poste, grâce au soutien des islamistes d’Ennahdha, qui lui apportent une majorité parlementaire.
Cet ingénieur agronome, dont la trajectoire météorique est souvent comparée à celle d’Emmanuel Macron, semble plus que jamais prendre goût au pouvoir.

Walid KHEFIFI