L’heure du leurre - Le Temps Tunisie
Tunis Mercredi 19 Septembre 2018

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2018

Liberté de la presse

L’heure du leurre

Samedi 8 Septembre 2018
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On raconte que, sous Ben Ali, il n’y avait pas de liberté de la presse. Bah, pourtant si! Pour celui qui savait comment faire passer un message, cette liberté existait. Et j’en ai bien usé à l’époque. Aujourd’hui, alors que notre pays s’est «délivré» (physiquement peut-être, mais pas encore mentalement et moralement) d’un joug, cette liberté de la presse est un leurre total. Attention, ce n’est pas parce que l’on écrit ce que l’on veut que cela veut dire liberté. Parce qu’il existe un art du «écrire ce que l’on veut» et cet art est très peu maîtrisé. Liberté de la presse n’est pas synonyme d’insulter. C’est synonyme de respect tout en écrivant ce qui est vrai. C’est éveiller l’opinion publique en lui laissant le libre-arbitre et non la diriger. En Tunisie, beaucoup ne sont pas encore arrivés au niveau d’analyser l’information. C’est bien dommage ! Ils la gobent comme un œuf tout cru, soit parce qu’ils ne veulent pas faire un effort, soit parce qu’ils n’ont pas les outils nécessaires pour le faire, soit parce qu’ils ont un problème avec la lecture (la plupart des cas). Un article peut se lire à différents degrés, généralement deux, mais ça devient un malin plaisir quand on y trouve un troisième degré. Malheureusement, les gens ne savent plus lire les articles, ni au premier degré, ni au deuxième degré et encore moins au troisième. Du coup, même s’ils sont bardés d’un doctorat, voire deux ou trois (si, si, il y a des gens qui ont deux voire trois doctorats, mais cela ne fait pas d’eux des personnes cultivées ou intelligentes car quand on les sort de leur domaine et de leur contexte, leurs doctorats ne leur servent à rien), certains ne savent pas lire un article de presse, ni au premier degré, ni au deuxième degré et encore moins au troisième. Ils ont besoin d’autres personnes qui leur font un compte-rendu, sous prétexte qu’ils n’ont pas le temps de lire. Et ces personnes ne sont pas fiables parce qu’elles lisent, comprennent et répètent ce qui les arrangent.
Si l’on prend les attachés de presse que ce soit d’une institution étatique(comme les ministères) ou dans le privé, certains d’entre eux ont oublié leur rôle. Pour rappel, «un attaché de presse est un individu en charge des relations presse d’une entreprise, marque, événement ou individu. Il doit s’assurer que ses communiqués soient repris dans la presse, à la radio, à la télévision ou sur des sites web. Il sert d'interface entre plusieurs parties», mais en aucun cas on ne trouve dans ses attributions : «porter des menaces à un journaliste»(ni directement ni indirectement) parce que cet attaché de presse n’aurait pas compris un article ni au premier, ni au deuxième et encore moins au troisième degré. Malheureusement, chez nous, on en est encore là ! On en est encore, comme certains le disent, «au système Ben Ali». Pas de menaces de mort, mais d’autres menaces comme le bannissement total à l’accès de
l’information ou comme du chantage du style «si ça continue comme ça, tu ne seras pas payé pour service rendu», etc. Le pire c’est quand les attachés de presse de ce type-là sont eux-mêmes journalistes (donc ils accumulent deux fonctions, ce qui, normalement, est illégal) et qu’ils se permettent de faire des dépassements qu’ils blâment chez les autres, ou quand ils se permettent de sortir leur généalogie pour se donner de l’importance, car appartenant à telle ou telle famille. Mais, question, est-ce que les cinq doigts d’une main sont pareils ? Perso, je n’ai aucun problème avec mes origines modestes et même si l’on dit que je viens «de dernière les panneaux», j’en serais fière. Si l’on joue avec le fait que sa famille est connue et célèbre cela veut dire que l’on ne vaut rien soi-même…Puis, certains ont oublié leur passé professionnel et pour qui ils faisaient de la lèche, mais là c’est une autre histoire…
Chez nous, la liberté de la presse en est encore à l’heure du leurre. On veut nous faire rester de force à «Tounès labess!» alors que rien n’est labess, qu’actuellement on vit dans une grande escroquerie, une grande mascarade, mais là également c’est aussi une autre histoire. Comme le chante l’artiste reggae Tiken Jah Fakoly «mon pays va mal», alors si les attachés de presse se mettent à faire les garde-chiourmes pour faire un bon coup de lèche-botte sans rien comprendre à rien, on n’est pas sorti de l’auberge !

Zouhour HARBAOUI