Un train en retard… - Le Temps Tunisie
Tunis Dimanche 23 Septembre 2018

Suivez-nous

Sep.
25
2018

Chronique

Un train en retard…

Dimanche 2 Septembre 2018
نسخة للطباعة

Il paraît que les Tunisiens, excellent dans l’art de l’auto-flagellation, et qu’ils en ont même fait leur sport national de prédilection ces sept dernières années. Dans celui de l’autodérision aussi.

Forcément : ne dit-on pas que l’humour serait la politesse du désespoir et que, par conséquent, il vaut mieux en user à outrance plutôt que de verser, avec impudeur, dans le pathos et les larmes, en indisposant son auditoire, pas du tout disposé à la compassion, ayant, forcément lui aussi, des casseroles à la traîne qui font déjà grand bruit pour qu’il en ait en plus, à en rajouter,  dans le chaos et la fureur d’un trajet, toujours recommencé.

De surcroît, avec des trains qui ne se contentent plus d’arriver en retard mais que leurs conducteurs ont fini par déserter, purement et simplement, en abandonnant leurs tristes voyageurs à leur triste sort. Ce qui fera tout de même bonne mesure. Il faut une cohérence en tout, n’est-ce pas ? Alors autant les aligner à la pelle pour être dans le ton. Avant de passer à autre chose. Si possible. Si possible?

La Tunisie est terre de miracles ; et c’est ainsi qu’elle se relève à chaque fois que tout porte à croire qu’elle a chuté. C’est certainement sa force et sa faiblesse, car, en s’appuyant sur ce crédo, lorsqu’elle lâche du lest, il arrive qu’elle oublie, qu’il faut quand même garder un bout en main, relié à son extrémité, pour pouvoir contrôler la situation en cas de besoin, et remonter la pente avec plus de vivacité en parant, au plus vite, à tout glissement de terrain qui pourrait bien un jour ou l’autre, l’attirer dans un gouffre dont elle ne remontera jamais. Mais justement elle est terre de miracles. Est-ce une raison pour s’en laisser conter?

Samia HARRAR