Guéguerre des maires et course vers la popularité - Le Temps Tunisie
Tunis Mercredi 12 Décembre 2018

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2018

Les élus cherchent à se faire remarquer

Guéguerre des maires et course vers la popularité

Jeudi 30 Août 2018
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En mai dernier, les Tunisiens étaient appelés aux urnes pour élire leurs nouveaux représentants au sein des conseils municipaux de leurs régions. Mais voilà qu'à peine élus, certains maires ont déjà fait parler d'eux, entre décisions polémiques contradictoires avec les libertés, poses-photos dignes d'une campagne électorale de bas étage, nouveau nom donné à l'une des avenues les plus mythiques de Tunis ou encore, tout récemment, l'appel au don d'une chaise roulante sur les réseaux sociaux.

 

Bref, à qui mieux-mieux pour attirer l'attention et toutes les occasions semblent propices pour être sous les projecteurs. Quant aux actions concrètes en faveur des municipalités qu'ils représentent, il faudra patienter un peu apparemment...

«Madame la maire de la municipalité de la Goulette fait offrande d'une chaise roulante non utilisée à un des riverains en situation d'handicap. Ceux qui désirent la récupérer peuvent contacter Mme la maire de la municipalité à ce sujet».

Postée hier matin sur la page officielle de la municipalité, cette annonce, qui vise dans le fonds une bonne action, n'a pas laissé indifférents les internautes qui étaient nombreux à se dire offusqués par le fait d'associer le nom de la maire à cet acte de générosité. Pourquoi cette exaspération ? Parce qu'il est de coutume, en Tunisie, de faire le Bien en cachette et parce que les Tunisiens ne sont pas, ou du moins ne sont plus dupes et qu'ils savent que de telles annonces sont censées accroître la popularité de la maire en question et asseoir son emprise.

Des actions dignes d'une époque lointaine qu'on croyait révolue à jamais mais qui sont, au final, perpétuées par les hauts responsables année après année. Comment non, quand des maires posent sur des photos publiées sur les réseaux sociaux, faisant mine d'aider à soulever un pot de fleurs en utilisant... un seul doigt. Comment non, quand, pour s'attirer la sympathie des riverains, des maires outrepassent la loi tunisienne et refusent par exemple de marier des Tunisiennes à des non musulmans, à l'instar de Fethi Layouni. Comment non, quand des maires promettent, à tout va, des aides et des subventions pour asseoir leur popularité comme c'est le cas dans plusieurs régions de l'intérieur. Comment non, quand, pour caresser dans le sens du poil des électeurs en grogne, on change le nom de l'avenue Bourguiba, principale artère du centre-ville par celui de l'avenue de la révolution.

Cette révolution qui a permis à toutes les langues de se délier et à tous ceux qui pliaient sous le joug du régime autocratique de Ben Ali de bomber le torse et de se prendre pour le nombril du monde. Cette même révolution qui a permis l'apparition de nouveaux responsables complètement inspirés, pour la plupart, par le modèle Benalien, du moins par ses viles pratiques en matière de propagande politique et de communication populiste. Jusqu'où nous mènera cette guéguerre entre maires et cette course au buzz? Leurs bilans seront-ils aussi conséquents que leurs faits divers ? On l'espère !

Rym BENAROUS