Vers la disparition de la Soulamia? - Le Temps Tunisie
Tunis Mercredi 14 Novembre 2018

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2018

La Troupe Mahmoud Aziz s’affiche «Tendance»

Vers la disparition de la Soulamia?

Jeudi 23 Août 2018
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Lord d’un reportage diffusé sur l’une des chaînes télé tunisiennes sur le spectacle de la troupe de Soulamia de Mahmoud Aziz à l’ouverture du festival de Mégrine, notre surprise était grande en découvrant que l’un des bastions des chants liturgiques classiques ait choisi de suivre aveuglément le cortège de l’« innovation. »

Cette troupe, dont les éléments essentiels appartiennent à la famille de son leader feu cheikh Mahmoud Aziz, alias Abdelaziz Ben Mahmoud, qui a lui-même hérité de son père les fondements des chants de la Soulamiya et des «Madaeh et Adhkar» depuis près d’un siècle d’existence, a lâché prise. Ainsi, après la disparition récente de cheikh Ezzeddine Ben Mahmoud, frère de Mahmoud Aziz, le mélange impossible d’instruments à cordes et de percussions, outre les « Bnaders » (pluriel de Bendir) était devenu possible. Le mauvais choix criait donc sa présence et les dissonances, à tous les niveaux, suivaient. Il est des « mixages » et des « rencontres » musicales qui ne devraient pas avoir lieu à partir du moment qu’ils font perdre l’âme d’un chant représentant une religion monothéiste, ici musulmane, ou un chant populaire. Le challenge est de savoir tenir tête à tous les mouvements tendant à révolutionner la musique sacrée, car la toucher correspondrait à sa profanation. Cela a déjà été entrepris par d’autres ensembles musicaux et non de Soulamiya qui avaient choisi de faire valoir leurs prouesses à travers les chants religieux musulmans tunisiens centenaires et parfois millénaires. Et bien avant eux, la «Hadhra» était annoncée incluant une multitude de chants religieux et particulièrement ceux de nos saints protecteurs.

«La Hadhra», une dénomination commune !

Et depuis, les auditeurs et spectateurs lambda nomment tous les chants religieux par «Hadhra!» Après que les « spécialistes » l’aient ainsi voulu. Un détournement d’appellation qui laisse ricaner quelques gens qui savent discerner entre la Soulamiya, les  « Madaeh et Adhkar », la « Aïssaouia » et les « R’baibiya. » La « Hadhra » étant le paroxysme du chant soufi où la danse s’invite spontanément chez les « Dhakkaras. » Les gens présents à la cérémonie peuvent ainsi participer à la « Hadhra. » Quant aux « R’beibiya », ces dernières ne sont chantées que par des femmes. Or, dans la nouvelle « conception » des « spectacles » dits de chants soufis, le soliste et les choristes sont désormais des hommes ! La profanation continuait donc avec, par exemple le chant de « Ya Saida ya naghara » de la sainte Essaida Aïcha El Manoubiya devenu un « succès » ces derniers mois. L’auteur de ces lignes a vu dans les années soixante dix du siècle dernier les anciennes « R’baibiya » de la « Zaouia » de Sidi Bou Saïd la chanter. Les faussaires induisent donc en erreur les pauvres spectateurs qui découvrent peut-être ce genre de chant. Et pour revenir à la Troupe de Soulamiya de Mahmoud Aziz, espérons que le choix de faire tomber cette institution, allons-nous dire, en la mettant sur le rang des formations qui font du « n’importe quoi » soit révisé pour que cette troupe garde ses spécificités et son cachet particulier. Cette troupe comptait les meilleurs «  Cheikhs » de Soulamiya et autres chants liturgiques, à l’instar de Cheikh Ali Barrak, qui psalmodie également le Coran et qui a un appel à la prière particulier à la ville  de Kairouan dont il est issu. La radio et la télévision nationale le diffusent souvent. Il s’agit aussi des cheikhs Mohamed Srih, Ahmed Chehimi qui psalmodie également le Coran et Hmida Ajej. A bon entendeur, salut !

                                                              Lotfi BEN KHELIFA