Droits de la femme .. Elle a bon dos la Chariâa ! - Le Temps Tunisie
Tunis Vendredi 21 Septembre 2018

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2018

Chronique juridique

Droits de la femme .. Elle a bon dos la Chariâa !

Jeudi 16 Août 2018
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 Parler des droits des femmes est très hasardeux car cela peut paraître ségrégationniste ou sexiste, étant donné que  toutes les personnes sont égales devant la loi, sans aucune distinction  de quelque nature qu’elle soit.

Toutefois  ce qui a amené la femme à revendiquer ses droits au même titre que l’homme, c’est le fait qu’elle fut  pendant longtemps défavorisée, dans la plupart des civilisations anciennes, ou celles qui sont suivi héritant des anciens us et coutumes  qui ont exercé une grande influence sur les mentalités et la conception sexiste qui s’est renforcée et perpétuée   au fil du temps, un peu partout dans le monde.

Dans les civilisations grecques ou romaines, la femme était spoliée de ses droits. Chez  les arabes anciens, durant la période antéislamique la place de la femme  était plus ou moins importante selon les tribus, dont les matriarcales où la femme était polyandre, et pouvait donc avoir plusieurs époux qu’elle était en mesure de répudier à sa guise. L’Islam avait pour but entre autre autres  de doter la femme d’un statut  régissant ses droits et des devoirs au sein de la cellule familiale. La Chariâa a évolué depuis l’aube de l’Islam  et à un moment donné, notamment sous le Calife Omar Ibn Al Khattab,  qui avait décrété que la femme pouvait demander le divorce si le mari lui faisait subir des exactions.

Au fil du temps, certains  théologiens ont interprété la Chariâa à leur guise pour déposséder la femme des acquis qu’elle a eus à l’aube de l’Islam. Pourtant durant cette période, le Prophète permettait aux femmes de dénoncer  les exactions dont elles pouvaient faire l’objet ou même de  refuser un mari même pour des problèmes d’incapacité qu’une femme est venue  lui exposer à la mosquée, et qu’il écouta avec toute l’attention d’un prophète sage et avertie.

Le problème de  l’héritage, s’est posé dès la mort du Prophète avec sa fille Fatma venue réclamer sa part au calife Aboubaker, qui la repoussa en arguant que le Prophète a recommandé  que  tout son patrimoine  est destiné à la caisse  de la communauté  « Beit Mel El Muslimin », ce qui créa un fâcheux précédent  dans l’histoire  des califes et marqua le début de la discorde entre Musulmans .

Dès lors dans toutes les sociétés  musulmanes le problème de la femme était lié à celui de la  différence d’interprétation de la Chariâa selon l’appartenance des ulémas aux rites religieux,  qui  sont au nombre de quatre.

En Tunisie   le plus dominant  est  le rite malékite.  Le rite hanéfite ayant été introduit avec l’occupation turque.

Comme dans le reste des pays musulmans la condition de la femme était subordonnée à l’interprétation de la Chariâa, par les différents ulémas dont la plupart faisaient montre de misogynie, reléguant la femme au bas de l’échelle sociale, son rôle étant leur interprétation des préceptes coraniques, se limitant à procréer, élever ses progénitures et satisfaire tous les besoins du mari qui était le chef de famille, incontesté et incontestable. Il pouvait de ce fait, répudier et épouser autant de femmes qu’il lui plaisait, toujours au nom de la chariâa.

Les féministes qui avaient critiqué cette situation déplorable, dont  Quacem Amin En Egypte au début du siècle dernier, puis Tahar Haddad vers les années trente de ce même siècle, étaient mis à l’index par les réactionnaires et les obscurantistes et taxés de mécréants  voire d’apostats.

Or   l’égalité de droits entre tous les citoyens est préconisé par la Chariâa , et ce, en vertu de plusieurs  versets  du Coran,  dont il est la source fondamentale.

«Ô hommes ! Nous vous avons créés d›un mâle et d›une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous connaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Grand-Connaisseur. »

Il n’y a donc aucune ségrégation ni sexisme selon la Chariâa qui fait de tous les humains  des êtres égaux. L’égalité entre les deux sexes va de soi.

Le problème qui s’est posé à l’aube de l’indépendance concernait notamment la polygamie.  Il fut formellement interdit  en vertu du code du statut personnel  dans son article 18. Cela a été au départ dénoncé  comme étant contraire aux préceptes coraniques. Or selon ces mêmes préceptes  il est énoncé qu’il est indispensable d’être   équitable envers toutes ses femmes, et dans une autre  sourate il est énoncé : « Vous ne pourrez jamais être équitable entre vos femmes, même si vous en êtes soucieux. Ne vous penchez pas tout à fait vers l’une d’elles, au point de laisser l’autre comme en suspens. Mais si vous vous réconciliez et vous êtes pieux... donc Allah est, certes, Pardonneur et Miséricordieux » (Sourate An-Nour –V.129).

Les cheikhs qui ont fait partie de la commission  qui avait mis  au point  le code du statut personnel , et qui devaient  veiller à ce qu’il ne contrevienne pas à la Chariâa   avaient interprété ce verset  en faveur de l’interdiction de la polygamie.

A l’époque on n’osait pas aller plus loin,  et cela n’a pas empêché certains cheikhs réactionnaires et obscurantistes à critiquer cette interdiction.

Depuis bien de l’eau a coulé sous les ponts, et la condition de la femme ayant bien évolué, il est tout à fait logique de consolider  davantage cette égalité femme/homme, en Tunisie postrévolutionnaire, qui est dotée d’une nouvelle Constitution, consacrant cette égalité en droit et en devoir, entre tous les citoyens. 

D’où le rapport de la Commission des libertés individuelles  et de l’égalité  (COLIBE)  qui entre autres  points a posé celui de l’égalité des parts d’héritage entre les deux sexes. C’est une question qui a posé tant d’animosités alors qu’il s’agit d’une suggestion qui peut être discutée et formulée par une loi qui préserve les droits des deux sexes sans pour autant porter atteinte à la Chariâa. D’autant plus que cette recommandation coranique, peut être suivie  avec le consentement des ayants droit à un partage égal, sans pour autant  commettre  de  pêché ou de blasphème.

Toutefois ce n’est qu’avec  le dialogue   qu’on peut arriver  à un résultat positif, afin d’éviter les surenchères pratiquées  par ceux dont le but est de semer la zizanie, et non de préserver l’intérêt général.

La Chariâa n’est pas quelque chose de figé bien au contraire, et  il est incité dans  sa  source fondamentale  qu’est le saint Coran, d’interpréter  ses commandements à bon escient.

 

Ahmed NEMLAGHI