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Tunis Dimanche 19 Août 2018

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Envie de vacances?: Marche ou crève !

Dimanche 12 Août 2018
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Envie de vacances?: Marche ou crève !

C'est la désolante ou plutôt révoltante mésaventure qu'a vécue une jeune fille tunisienne qui voulait juste partir en vacances à l'île des rêves à Djerba. Mais c'est plutôt un cauchemar éveillé qu'elle a vécu. Nedra a été sélectionnée, ainsi que sa sœur et d'autres jeunes dans le cadre d'un séjour organisé par la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) qui propose à ses fonctionnaires notamment la possibilité d'envoyer leurs enfants en vacances à prix intéressant. 

En apprenant la nouvelle, la mère de Nedra s'est excusée auprès des responsables au vu du handicap de la jeune fille, mais on lui a pourtant assuré qu'il n'y avait là aucun souci et qu'elle pouvait être rassurée. Nedra a même appelé l'hôtel pour s'assurer qu'il était accessible aux personnes handicapées ainsi que l'aéroport. 

Pourtant, le jour du départ, rendez-vous à l'aéroport et c'est là que les ennuis ont commencé pour elle. Pour l'organisation de ce séjour, la CNSS a contracté une agence dont le responsable, parti avec le groupe à Djerba, est à l'origine même de la mésaventure vécue par la jeune fille. 

A l'aéroport donc, elle a tenté à plusieurs reprises de s'adresser à lui afin qu'il lui indique d'où récupérer ses billets mais en vain. L'homme, un certain Adel, l'a complètement ignorée ainsi que sa requête. Quand elle a insisté pour qu'il lui parle, ses paroles ont été crue, directes : « Je ne vais pas m'y prendre avec des pincettes. Tu ne partiras pas». 

Face à l'étonnement de Nedra qui a réclamé des explications, il lui a répondu qu'on l'avait informé qu'elle avait un léger handicap, mais pas qu'elle était en chaise roulante. «Qui va s'occuper de toi ? Je ne vais pas passer le séjour à m'occuper de toi quand même ! Que celui qui a inscrit ton nom sur la liste t'emmène, lui». 

Face à l'indignation de Nedra ainsi que celle des personnes présentes ayant assisté à la scène et craignant qu'ils fassent encore plus de grabuge, l'homme a tout simplement résilié les billets et la réservation au nom de la jeune fille. C'est à ce moment précis qu'elle a éclaté en sanglots, exprimant ainsi sa tristesse et son amertume face à tant d'injustice. 

Ses larmes se sont vite transformées en crise hystérique à la mesure de son chagrin ce qui a nécessité l'intervention du staff médical qui a fait preuve d'une grande humanité et d'un grand professionnalisme à son égard. L'homme craignant des représailles a tenté de présenter ses excuses à la jeune fille qui ne les a pas acceptées, bien décidée à porter plainte contre lui. Il a même tenté de lui embrasser le front, lui disant : «Ne te fâche pas contre moi. Tu es comme ma fille».

Comme sa fille ? Aurait-il seulement agi de la sorte si elle avait vraiment été sa fille ? Aurait-il fait preuve d'autant de méchanceté et d'inflexibilité si elle avait été la chair de sa chair ? Aurait-il osé lui briser le cœur en la privant de vacances et lui infliger la pire humiliation de sa vie en public juste parce qu'elle est en chaise roulante ? De quel droit ose-t-il un tel geste de discrimination ? Pour quelle faute la punit-il ? Sait-il seulement que le handicap, le vrai, n'est pas celui des jambes ou des bras mais celui des cœurs ? 

 

Rym BENAROUS