Si j’avais voulu devenir… - Le Temps Tunisie
Tunis Dimanche 11 Novembre 2018

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arts & culture

Si j’avais voulu devenir…

Samedi 11 Août 2018
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Si j’avais voulu devenir chargée de comm, j’aurais, inévitablement, choisi le domaine de la Culture et des médias. Quoiqu’en disant, c’est là où on peut avoir un max d’argent –après le sport évidement et la «zatla».

Mais j’ai un peu raté le coche, vu que je n’ai pas commencé par être animatrice radio. Mes oreilles sifflent déjà. Je n’ai rien contre les animatrices radio, mais vu que je suis une femme je ne pouvais pas écrire animateur radio… Donc j’aurais été animatrice radio à débiter plein de «blabla» devant mon micro sans me demander si j’avais des auditeurs. Le plus important c’est d’être payée après. Puis j’aurais fait copain-copain avec le ministre de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine, devenu entretemps, ministre des Affaires culturelles. En fait, je ne me rappelle plus quand le Mac est devenu MCSP, puis redevenu Mac. C’est un peu compliqué tout ça. Mais peu importe l’appellation, le plus important c’est de faire copain-copain (j’en aurais bien besoin actuellement !). Donc, j’aurais fait copain-copain avec le ministre avant qu’il ne soit devenu ministre. Le ministre qui serait devenu ministre m’aurait donné des responsabilités, plus ou moins, officielles au Mac. Il m’aurait donné la charge de la comm. (bah c’est normal pour une chargée de comm. qui l’est devenue sans l’être. Je me comprends et certains comprendront aussi. Quant aux autres ça les fera réfléchir…), donc il m’aurait donné la charge de la comm. de certains festivals où il m’aurait imposée «indirectement». J’aurais formé mon équipe d’esclaves, doux et obéissants, qui ferait tout le travail pour moi et j’en aurais eu tous les mérites, même si je ne me foule pas ! Pendant, ce temps, j’aurais continué à faire mon cirque à la radio et je serais passée à la télé, non pas en tant qu’invitée mais en tant que chroniqueuse. Parce que chez nous (comme également ailleurs ; malheureusement on n’a presque jamais l’exclusivité !), pour être célèbre faut passer par la case télé. D’ailleurs, le groupe ivoirien Magic System, dans son premier tube, «Premier gaou», fait référence à ça. Il chante l’histoire d’un type qui n’a rien, sa copine le quitte et dès qu’il passe à la télé, elle revient vers lui. Bref !

Donc, je serais devenue chroniqueuse. Je pourrais parler de politique en prenant partie sans rien comprendre au domaine, de la misère des gens, du chômage, etc. tout en touchant trois salaires (radio, Mac et télé) sans compter les «à-côtés» que je me ferais grâce à des missions ici et là sur certains événements ou manifestations culturels. Je serais devenue influente grâce aux plateaux télé sur lesquels je parlerais avec emphase haut et fort comme si tout le monde était sourd. Ne dit-on pas qu’une jarre vide fait beaucoup plus de bruit qu’une jarre pleine ? Puis, ma place au sein du Mac serait devenue officielle puisque j’aurais eu un très bon poste, dans une nouvelle institution qui en dépend et abritant plusieurs directions et établissements, d’où je pourrais tirer les ficelles, informer et désinformer tout en ayant une armada d’esclaves à ma botte et parmi eux un ou deux radars. J’appelle «radars» les personnes dont les oreilles trainent partout et qui viennent vous répéter, très et trop souvent en déformant, les propos entendus ici et là dans les couloirs. Parmi, cette armada j’aurais offert un poste à mon mari (deux salaires valent mieux qu’un !). J’aurais un super grand bureau qui marquerait ma position, même si j’y suis toute petite, mais peu importe, car la grandeur du bureau fait la grandeur de la personne, non ?Je me délecterais de tous ces gens qui me feraient la courbette, cela donne une impression de puissance, voire de super puissance. Puis, chose importante, je pourrais toucher plusieurs salaires outre ceux que j’ai cités avant, sans rien faire du tout, puisque j’aurais la bénédiction à la fois directe et indirecte du ministre. J’ai fait copain-copain avec lui donc je ne crains rien. Je serais mieux payée qu’un ministre grâce à l’accumulation des salaires. Et, peut-être, qu’un jour je deviendrais ministre à la place du ministre. Un peu comme Iznogoud… bien qu’Iznogoud n’ait jamais réussi à devenir calife à la place du calife. 

Mais voilà, tout cela ne sera pas possible parce que je ne suis pas copain-copain avec le ministre, parce que je ne suis ni égoïste ni hypocrite, parce que je ne considère pas les autres comme mes esclaves, ni comme leur étant supérieure, parce que je ne suis pas une jarre vide mais plutôt une jarre pleine, parce que je n’aime pas montrer ma gueule à la télé («Quoi, ma gueule ? Qu'est-ce qu'elle a ma gueule ?» comme l’a chanté Johnny Hallyday), parce que je ne suis pas matérialiste, et, surtout, parce que je ne m’appelle pas Mohamed, mais tout simplement Zouhour…

Zouhour HARBAOUI