Un pur moment d'émotions et un appel à la liberté - Le Temps Tunisie
Tunis Mercredi 19 Septembre 2018

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2018

"Catedral" de Patricia Guerrero à Hammamet

Un pur moment d'émotions et un appel à la liberté

Jeudi 9 Août 2018
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La danseuse Patricia Guerrero  a proposé avant hier   au festival d’Hammamet   son spectacle "Catedral", plaidoyer contre les conventions sociales et sur la libération des femmes, avec la présence sur scène des jumeaux Diego et Daniel Pérez en Ténor et en contre-Ténor d'un ténor  frères jumeaux.  La belle Patricia, était accompagnée de Maize marquez, Ana Agraz et Laura Santamaria qui se sont emparées de la scène dans des mouvements synchronisés et des rythmes forts, vêtues de robes amples et de talents claquants..Elevée dans le catholicisme, la jeune chorégraphe Patricia a voulu porter un regard critique sur le pouvoir de la religion et dénoncer l’oppression qu’elle peut exercer notamment à l’encontre des femmes..« Le flamenco est le langage que je ressens. Je veux continuer à vivre la danse avec toute ma liberté, à être moi-même » avoue  cette danseuse de Grenade  qui veut sortir des sentiers battus et faire de flamenco contemporaine. « Catedral"  est une esquisse chorégraphique et musicale qui retrace l’affranchissement de la femme des valeurs oppressantes, à caractère religieux...Dans la pénombre, les robes des danseuses tournoient. Sur leurs visages, on devine de la colère, de l’angoisse, une violence à peine contenue. De la révolte, mais aussi une envie de se libérer . Emplie de grâce et d’élégance, Patricia et ses acolytes  ont  fait preuve  ce soir de vivacité, de puissance  et d’émotion sur la scène d’Hammamet. Chacune  a un style, une gestuelle singulière. Leur visage et leur regard rayonnaient d' énergie. Une des forces de ce spectacle, c’est sa construction dramaturgique. Il y a un récit, une narration et une montée constante dans l’émotion. Chaque mouvement, chaque geste dansé  est un pas vers la liberté. Patricia Guerrero pousse le flamenco dans ses retranchements, le malaxe, le retourne, lui donne un souffle scénique. Avec elle, la guitare sait se faire discrète, et le chant sporadique. Avec elle, le lieu saint s’anime. Son flamenco très moderne et très trempé, servi par un guitariste donne à vivre une expérience singulière, un flamenco contemporain réellement novateur, porté par la tradition mais prêt à en découdre avec toutes ses limites. Intensité de l’interprétation, , clarté exceptionnelle de la voix, sobriété et précision du chant : loin des effets de séduction dont il est si facile d’abuser, Patricia a choisi la voie d’un art pur, dépouillé et sincère. Elle se positionne clairement dans la famille des rénovateurs du flamenco, tout en affirmant une vision noble et populaire de cet art. Novatrice, sa danse est une réflexion profonde sur le sens de la vie. Son flamenco est puissant, son baile ravageur et habité, souvent distancié, parfois teinté d’un certain mysticisme et le public d'Hammamet l'a beaucoup apprécié et applaudi tout au long du spectacle. Patricia a démontré toute la maîtrise de cet art rythmé par une guitare flamenca hypnotisante, tout comme les voix plaintives des chanteurs. Elle fait vibrer les planches de toute la hauteur de son talent. Toutes les danseuses ont rivalisé de prouesses et de beauté, transcendant une culture hispanique ancrée dans leur cœur, leur âme et jusque dans la moindre parcelle de leur corps. Un pur moment d'émotions, de frissons, de tensions et d'excellence.

                                           Kamel Bouaouina