Le goût des retransmissions surprises - Le Temps Tunisie
Tunis Vendredi 21 Septembre 2018

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2018

Télévision et festivals d’été

Le goût des retransmissions surprises

Vendredi 3 Août 2018
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La Télévision tunisienne a gratifié et gratifiera certainement encore ses téléspectateurs d’ici et d’ailleurs par des retransmissions en direct sur ses deux chaînes satellitaires «Wataniya 1 et 2» de spectacles de nos festivals d’été à l’instar de ceux de Carthage, Hammamet, Dougga, Sfax et Bizerte. Une bonne initiative et un cadeau non seulement pour les gens qui n’ont pas fait le déplacement vers tel ou tel festival à travers le pays, mais aussi pour les téléspectateurs de l’intérieur et de l’extérieur du pays Tunisiens d’abord et téléspectateurs du monde, ensuite. Mais il y’a un hic ! Voire une habitude déjà bien installée chez notre télévision de toujours.

Ces retransmissions ne sont annoncées par news barres interposées qu’une heure et demi avant le début de chaque spectacle. C’est à la fois une bonne et une mauvaise surprise dans la mesure où le téléspectateur lambda se retrouve hors-jeu après avoir tout raté : et le spectacle in situ, comme de bien entendu et la retransmission, car il n’avait pas prévu de veiller par exemple devant le petit écran. Les responsables de nos télés nationales devraient savoir qu’il existe des téléspectateurs organisés, quelque part, qui ne vivent pas au pif et au hasard des jours et qui respectent le travail de ceux qui font notre télé. De ce fait, le respect mutuel est de rigueur dans ce cas précis. Sinon, on serait en droit de nous poser des questions sur le degré de respect réservé par la télé nationale à ses téléspectateurs. Et même si la Télévision tunisienne est de bonne foi, le résultat aura donné le contraire de ce que l’on attendait d’elle. La seule question que poserait Candide devant cette étrange situation est la suivante : est-ce qu’en annonçant bien à l’avance que tel concert ou autre spectacle serait retransmis en direct par « Wataniya 1 » ou « Wataniya 2 », le public ne viendra pas ?! Pour le cas de Kadhem Essaher, par exemple, son concert a été retransmis à la surprise générale et sans crier gare. Le théâtre de Carthage était au complet et on n’imagine pas que les férus de Kadhem, comme ils l’appellent souvent durant ses innombrables concerts donnés à l’ancienne cité d’Elyssa, ne viendraient pas à Carthage du moment que la télé transmet le gala!

Quelle chanson irakienne ?

Bien étrange situation qui nous dit indirectement qu’il faut absolument vendre tous les billets pour permettre à la télévision tunisienne d’annoncer sa retransmission ! Et les deux parties seront contentes et contentées et le festival de Carthage ne fera pas faillite ! Mon œil ! Et juste pour ne point l’oublier, les marchands de spectacles et de culture de quatre sous seront toujours aux anges. Et pour toucher une autre paire de manche et tout en restant avec Kadhem Essaher, n’y a-t-il que lui qui pourrait représenter la chanson irakienne actuelle et à succès au festival de Carthage ? On nous dira que l’Irak a traversé une période très difficile qui ne lui a pas permis de faire naître de nouvelles voix ni à travers les radios et télévisions, ni à travers la toile. On en convient. Kadhem Essaher reste un cas exceptionnel et rare dans la mesure où il s’active nécessairement hors de l’Irak. Et quels sont les noms des chanteurs irakiens d’aujourd’hui ? Personne n’en connaitrait un seul. Il y’avait eu, certes, Sihem Rifki, Nadhem El Ghazali, Cita Hacoubian, surnommée la Fairouz de l’Irak. Tiens, on aurait pu inviter cette grande voix veloutée à Carthage et bien des années auparavant. Mais qu’importe, nos théâtres de plein air seront toujours bondés à l’occasion du nième passage de chanteurs arabes qui viennent en Tunisie depuis la fin des années quatre vingt du siècle dernier. Les revenants de cet été se comptent sur les doigts des deux mains. Et pour revenir aux retransmissions télévisées, rares sont celles qui revêtent un aspect culturel qui s’inscrit dans un esprit de recherche chez les jeunes et les moins jeunes. Le festival de Dougga a misé sur la qualité en misant sur les scènes des jeunes artistes tunisiens, malgré le fait qu’il ait programmé des concerts à grand public et à guichets fermés.

                                                              Lotfi BEN KHELIFA