Le gouvernement poussé vers l’implosion.. Mais quid de la relève ! - Le Temps Tunisie
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Le gouvernement poussé vers l’implosion.. Mais quid de la relève !

Vendredi 20 Juillet 2018
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Le coup d’accélérateur donné par BCE en plein été ( du jamais vu) à la manœuvre politique avec une orientation de fixation sur le départ du chef du gouvernement Youssef Chahed, a compliqué encore davantage la fonctionnalité déjà très floue, du système politique né de cette constituante de tous les malheurs !
Un Président qui est poussé par l’exigence populaire, les partis politiques, les syndicats et la société civile (excusez du peu) à «outrepasser» ses prérogatives constitutionnelles et interférer dans la gestion gouvernementale en plus des domaines sécuritaires et diplomatiques déjà acquis, d’une part, et un chef de gouvernement issu d’un consensus fragile, sans assise partisane personnelle solide, et qui, bien que disposant du pouvoir exécutif, est fortement dépendant du bon vouloir de tout le monde, d’autre part.
 

 

Décidément cette «Révolution» tunisienne est très riche en apports doctrinaux politiques nouveaux. De mémoire d’hommes, depuis l’antiquité, je n’ai jamais entendu parler d’une sorte de «condition» qui frise la mise en demeure et qui veut qu’un premier ministre ou tout autre homme politique ne brigue pas la présidence de la République s’il veut se maintenir en poste… et pour quelques mois encore… S’il vous plaît !
Où a-t-il trouvé cela, notre illustre et brillant manœuvrier Cheikh Rached Ghannouchi !? Une véritable première mondiale en science-politique !
En fait, il faut revenir à la stratégie d’Ennahdha pour avoir la réponse adéquate.
Pour le parti islamiste et son chef, le premier objectif c’est de déraciner le «Bourguibisme» et de l’éradiquer définitivement de la culture politique et sociale tunisienne pour pouvoir «rebâtir» ce pays sur les bases de l’islamisation de l’Etat, de la société et des mœurs en général.
Or cela n’est pas chose  aisée.
Bourguiba et ses pairs et des dizaines de milliers d’élites «occidentalisées» à la Sadikienne, ont énormément semé en 60 ans en plus de l’héritage réformiste du 19ème et 20ème siècles.
La résistance extraordinaire du peuple tunisien à l’hégémonie islamiste de la Troïka l’a prouvé, et Ghannouchi, à son corps défendant, en a tiré les conclusions : La Citadelle bourguibienne doit être prise par étapes et de l’intérieur ! Depuis on ne compte plus les chevaux de Troyes à Nidaa Tounès et au sein des autres partis de la modernisation.
Résultat, un travail de déstabilisation immense opéré sur Nidaa Tounès qui a été «volé» de sa victoire en 2014, après une grande campagne à l’époque, menée par les Islamistes et les excités de la gauche extrême, sur le danger du «Tawaghoul» (hégémonie) du Nidaa, qui menacerait la nouvelle «démocratie tunisienne».
Pris de panique, malgré leur belle victoire, les nidaïstes à leur tête le nouveau président de la République fraîchement élu M. Béji Caïd Essebsi, sont tombés dans le piège et ont opté pour le «Tawafouk», qui a donné beaucoup de pouvoirs aux islamistes sans leur faire assumer une part de responsabilité dans l’échec possible gouvernemental.
D’où cette aberration monumentale : Nidaa Tounès ne gouverne pas… et encaisse les dommages collatéraux des échecs du gouvernement… et Ennahdha gouverne et n’assume aucun échec ni responsabilité gouvernementale! Même mon maître Raymond Aron aurait perdu la voix en analysant tout cela! Encore du jamais vu!
Par ailleurs la tactique de la Nahdha c’est de traiter avec les gouvernements affaiblis et cette fois ci, elle semble aller plus loin pour croiser le fer avec le Président Béji Caïd Essebsi lui-même, de plus en plus esseulé et faisant face à des défis majeurs de toutes sortes.
Maintenant, l’ambiguïté prend de l’ampleur car nous sommes face à des équations totalement imprévues !
Et si Youssef Chahed, refusait la démission et refusait même le débat «tragique» (au sens grec du terme) au parlement !? Qui peut s’assurer de la réussite d’une motion de censure et qui la présenterait ?!
Autant de questions qui peuvent aller au-delà, si Y.C décidait de faire la tête et de briguer la magistrature suprême contre l’avis prétorien (conditionnel) du Cheikh et d’Ennahdha. Et puis qui va lui succéder pour quelques mois, avec quels moyens, quels objectifs et quelles ambitions ?!
J’ai bien peur de voir la réalité approcher la fiction !
Entretemps l’urgence est aussi dans la remise à niveau structurelle idéologique, et stratégique de Nidaa Tounès.
A écouter certains «leaders» repêchés en dehors de la culture originelle bourguibisme du Nidaa et qui donnent le «la» à haute voix, alors qu’il y a quelques mois, et quelques années, ils étaient si critiques vis-à-vis de BCE, lui-même, et de son projet du renouveau du «bourguibisme», je me dis, qu’ils prennent certainement le peuple de la modernisation, pour des tarés, et donc leur échec risque d’être à la hauteur de leurs manipulations, car la suspicion est générale.
En vérité, soutenir le Président de la République par ces temps difficiles est certainement nécessaire et vital… Mais, pour aller où… en 2019 !? Et avec qui ?! Il serait temps de clarifier certaines choses, car l’électorat  est de plus en plus méfiant, voire même rebelle et imprévisible.
Les municipales l’ont démontré à l’œil nu.
Nidaa Tounès doit retrouver sa vigueur et sa force de peser sur les équilibres, déjà, éclaboussés par le «Tawafouk» perfide, et à sens unique en faveur des islamistes.
Pour cela, des décisions chirurgicales sont attendues qui doivent aller de pair avec le maintien ou le départ du gouvernement.
Sans cela, les islamistes sont sur la voie royale pour 2019, pour le bonheur des chevaux de Troyes… si bruyants en ce moment !
Mon Dieu, il vaut mieux se jeter à l’eau (de mer), car ça chauffe de partout !
 

Par Khaled Guezmir