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2018

Turquie

Turquie: La purge sans fin

Dimanche 24 Juin 2018
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La Turquie «choisit» son président: Trois candidats de poids face à Erdogan
Turquie: La purge sans fin

Le coup d’Etat manqué de juillet 2016, un « don de dieu » avait dit le président Erdogan, a sonné les 3 coups d’une vaste chasse dans tout le pays. Au total, plus de 150 000 fonctionnaires ont été limogés, officiellement pour leurs liens supposés avec les membres du mouvement de Fethullah Gülen, désignés comme auteurs de la tentative de renversement du pouvoir. Ce vaste mouvement de purges a touché les secteurs de la police, de la justice, de l'armée ou encore de l'école. Des responsables politiques, des intellectuels, des militants des droits de l’homme et des journalistes ont également été arrêtés. Accusés de terrorisme ou détenus sans motifs, ils sont souvent encore en attente de jugement.
Ils veulent que leur descente aux enfers soit racontée malgré la peur, écrasante, d’être surpris à confier leur histoire et à nouveau de vivre perquisitions, arrestation, détention, interrogatoires et mauvais traitements. A chaque fois on les retrouve dans un appartement, dans un quartier loin du centre d’Istanbul. Le soir, tard, fenêtres et portes fermées. Avec la promesse répétée de ne donner aucun détail permettant de les identifier.
A chaque fois c’est le récit d’un engrenage qui commence par cette phrase : « jamais je n’aurais cru qu’on s’en prendrait à moi ». Né dans une famille modeste du sud du pays, un gardien de prison explique bien avoir croisé des gulénistes, des membres de cette confrérie désormais honnie par le président Erdogan. Mais promis juré dit-il, assis sur le canapé de son salon, sa fille encore bébé sur ses genoux, jamais il n’est allé au-delà de quelques réunions à l’université.
Quelques rares fréquentations estudiantines, c’est comme ça que ce jeune père de famille explique que son nom ait été donné à la police par un témoin encore aujourd’hui anonyme. Un témoin qui n’a, dit-il, rien évoqué d’autre comme élément d’accusation qu’un simple soupçon. C’est en tout cas, assure-t-il, le seul élément figurant dans son dossier. Sûr qu’on ne pourrait jamais rien lui reprocher, le gardien de prison obéit aux consignes après le coup d’Etat manqué de juillet 2016 : il prépare de la place pour 500 personnes dans l’établissement pénitentiaire où il exerce.
« Jamais je n’aurais imaginé », dit-il, « que je finirais par me retrouver dans une des cellules que j’avais moi-même préparées ». 25 jours plus tard, en pleine nuit, on sonne chez lui.  Face aux policiers venus l’arrêter, il pense alors : « cette fois, c’est un autre coup d’Etat et il a réussi. C’est pour ça qu’on vient me chercher ».

Au ban du pays
Victimes de purges, victimes de l’opprobre social et bannis de la nation : le compte en banque familial est suspendu, les droits à la sécurité sociale annulés et il est impossible de retrouver un travail. Tous ceux qui ont été arrêtés ou victimes de purges sont signalés et tous les employeurs ont peur de les embaucher.
Parce qu’il faut nourrir et loger sa famille, l’ex-gardien de prison emprunte de l’argent à ses proches, travaille au noir. Deux ans plus tard, cette vie de citoyen de seconde zone a presque trouvé son terme. Les sanctions sont levées, le père de famille retrouve un travail. Mais il attend encore d’être définitivement innocenté : « J’aime mon pays mais je n’accepte pas ce qui s’est passé, je veux que justice soit faite, pas seulement pour moi mais aussi pour tous les autres ».
Des élections ce dimanche, il attend un changement politique.
Il a perdu toute confiance dans les institutions et le pouvoir. Le jeune père de deux enfants veut aussi cesser de sursauter à chaque coup de sonnette à la porte, cesser de ressentir cette peur au ventre qui le saisit à chaque fois. Assise dans un fauteuil, foulard coloré noué autour du menton, sa femme pleure silencieusement pendant son récit.

 

 

 

La Turquie « choisit » son président: Trois candidats de poids face à Erdogan
Ils apparaissent à peine à la télévision turque tant celle-ci est désormais sous la coupe du pouvoir. Six candidats sont en lice à l'élection présidentielle d’aujourd’hui en Turquie, dont le vainqueur sera doté de pouvoirs renforcés. Le président sortant Recep Tayyip Erdogan doit notamment affronter trois rivaux combatifs.
Parmi les trois adversaires de Recep Tayyip Erdogan pour la présidentielle, figure notamment un candidat qui est derrière les barreaux. Selahattin Demirtas fait campagne pour le HDP, le parti de gauche prokurde. Avocat des droits de l'homme, « terroriste » selon Recep Tayyip Erdogan, ce père de famille dénonce une prise d'otage politique. Avec son sens de la formule et de l'humour, ce quadragénaire utilise toutes les ressources possibles des réseaux sociaux pour se faire entendre dans cette campagne cadenassée par le pouvoir.
Même réflexe chez l’unique femme en lice : Meral Aksener, la première de l'opposition à annoncer sa candidature. Elle s’active pour se faire entendre sur internet. Ultranationaliste, ministre de l'Intérieur dans les années 1990 – soit les plus meurtrières pour la rébellion kurde dans le sud-est du pays –, Meral Aksener reste une candidate clivante.
La révélation de l’opposition est en réalité Muharrem Ince, un combatif ex-professeur de physique. C’est le premier à pouvoir défier le président sur son terrain de prédilection : l’art d’électriser les foules avec des répliques cinglantes. Et ce avec les manches retroussées. Ce candidat du Parti républicain du peuple (CHP), l'ancien parti kémaliste, est un espoir pour ceux qui rêvent de voir Erdogan trébucher et devoir affronter peut-être un second tour.

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