Le cercle infernal ! - Le Temps Tunisie
Tunis Vendredi 14 Décembre 2018

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2018

Reportage: Après le mois Saint et ses dépenses frénétiques, les préparatifs de l’Aïd

Le cercle infernal !

Mercredi 13 Juin 2018
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Réussir à remplir le couffin avec un budget dérisoire! Relève du miracle  en Tunisie. Nous sommes sur le point de clore l’épisode du mois Sacré et les Tunisiens ne savent que faire pour tenir l’équilibre  budgétaire et affronter l’envolée galopante des prix. Déjà croulant sous le fardeau des  dépenses démeusurées du mois Saint, voilà que l’Aid El Fitr vient en rajouter d’autres. L’Aïd est là. La tradition veut que les enfants, et depuis quelques années même les séniors s’y mettent, portent de nouveaux habits pour la circonstance. Ces dernières années sont marquées par des prix en hausse auxquels se mêlent plusieurs facteurs socio-économiques. D’abord les augmentations de salaires dans différents secteurs qui donnent une fausse impression sur la hausse du pouvoir d’achat au sein d’une large partie des ménages. La question qui demeure posée, est-ce que le consommateur tunisien moyen a pu résister et se relever du « ko » technique après  le ramadan étant donné que d’autres circonstances ne manquront pas de compliquer l’existence tels que Aid Edhha, les vacances et la rentrée scolaire ? 
Face à une inflation  qui a culminé à 7,7% au cours du mois de mai, le pouvoir d’achat du tunisien s’est terriblement dégradé. Une situation endurée par une classe moyenne de plus en plus confrontée à l’érosion de son  pouvoir d’achat avec la flambée des prix et la dépréciation du dinar.
Malgré toutes les contraintes et les difficultés financières, les magasins ne désemplissent pas en cette période.  Les Tunisiens ainsi, ne lésinent pas sur le peu de moyens qu’ils ont pour festoyer en dépit de la crise économique.
En plein centre  ville, chez  des marques de renomée ou d’autres magasins d’habillement simples pour enfants et jeunes adolescents, dont les produits sont pour la plupart importés, sous différentes marques, les prix oscillent entre  20dt à 150dt, selon l’âge, la qualité et le produit lui- même. Une petite tenue ou une simple robe pour fillette de moins de 7 ans à 50 dt, des sandales ou chaussures d’été reviennent  au minimum à 28 dt, Pour les séniors, alors là, n’en parlons plus. La facture est fort salée, surtout qu’à cet âge l’effet de la mode est omniprésent dans le choix des intéressés. Les prix des « jean »  ou les pantalons en général  allant de 80 dt  jusqu’à 119 dinars, les chemises sont à partir de 50 dt. Incroyable mais vrai,  les chaussures pour les adultes ont atteint  les 150 dt.
« Pour faire plaisir à nos enfants, et leur offrir une tenue neuve pour cette occasion, nous devons casquer un minimum de  180 dt par enfant sans compter les accessoires et les petits gadgets préférés des chérubins ». Nous sommes arrivés à un stade où nous devons solliciter un crédit pour arriver à subvenir nos  moindres besoins. Franchement, l’Etat doit mettre fin à cette  situation de la flambée des prix, qui devient franchement intenable. Le Tunisien ne pourra pas soutenir le rythme », se désole une maman avec le caissier d’une boutique. 
L’Organisation Tunisienne de Défence du Consommateur (ODC) assume son rôle de conseiller et de prévention
Pour sa part, une responsable de l’organisation nous a confié que la concentration  de l’ODC est fixée durant ces deux dernières semaines du Ramadan  sur le contrôle des pâtisseries et des prix des vêtements. Et d’ajouter : «  Nous sommes une organisation qui sensibilise les gens, nous travaillons de concert avec les départements concernés afin de  minimiser les failles et les dépassements illégaux. Le consommateur  doit être conscient  avant de faire ses achats ».   
L’OTIC situe l’augmentation du coût des vêtements de l’Aid à un taux variant entre 20 et 25%
Selon une enquête réalisée au cours de la dernière semaine du mois de Ramadan sur le coût des vêtements de l’Aid et des jouets pour enfants par l’Oganisation tunisienne pour informer le consommateur (OTIC) auprès de 74 magasins du Grand Tunis, les prix des vêtements de l’Aid ont augmenté à un taux variant entre 20 et 25% en comparaison avec la saison écoulée.
Le président de l’OTIC, Lotfi Riahi a déclaré à l’agence TAP  que la moyenne des prix des vêtements pour filles et garçons (habit constitué de deux pièces plus les chaussures) se situe  entre 132dt et 154 dinars pour ce qui est de la tranche d’âge comprise entre 0 et 4 ans par enfant, atteignant au maximum 282 dt.
S’agissant de la tranche d’âge entre 10 et 14 ans (un habit composé de deux pièces et d’une paire de chaussures), la moyenne générale des prix est dans la fourchette de 142 à 172 dt par enfant pour atteindre au maximum les 298 dt.
A quelques jours seulement de l’Aid el Fetr, les Tunisiens hagards et lessivés, s’acharnent à sauver la face à la recherche d’une bonne affaire tellement les conditions de vie sont difficiles et avec un pouvoir d’achat menaçant ruine. Réflexions amères d’un pére de deux enfants qui nous a déclaré au cours d’une flânnerie ayant pour but de trouver des jolis habits avec un budget plus ou moins convenable : « Comment pouvons-nous habiller nos enfants alors que les prix sont inabordables ? Le Ramadan vient de nous ruiner, et voilà que l’Aïd survient. En dépit de la cherté,  je n’hésite  pas à casser les tirelires pour satisfaire mes petits enfants. La fête de l’Aïd est  une occasion pour rendre nos enfants heureux en leur offrant de nouveaux habits ». 

Reportage réalisé par Khouloud AMRAOUI