A Sousse, la génération El Birou - Le Temps Tunisie
Tunis Vendredi 14 Décembre 2018

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Dec.
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2018

Une nouvelle galerie d'art contemporain

A Sousse, la génération El Birou

Vendredi 18 Mai 2018
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Fondée en décembre 2015, la galerie El Birou occupe l'espace d'un ancien dépôt et n'a pas tardé à établir une plateforme indépendante de promotion des arts. Deux expositions s'y déroulent actuellement avec Nadia Zouari et le duo Sahar El Echi et Saif Fradj. En attendant les Utopies visuelles promises pour l'été dans le cadre du programme "Tfanen".

 

Selma et Karim Sghaier ont déjà un pied en été. En effet, ils travaillent à mettre la dernière main au projet UV qui se déroulera à Sousse du 5 au 22 juillet. Une trentaine d'artistes tunisiens et étrangers participeront à ce festival artistique développé dans le cadre du programme "Tfanen, la Tunisie créative". UV est un acronyme pour Utopies visuelles. Tout en jouant sur les mots, les animateurs de la galerie El Birou espèrent intervenir dans plusieurs espaces de la ville de Sousse et ses environs, avec des performances, des réalisations de fresques et des workshops. L'une des nombreuses originalités de l'événement UV, c'est qu'il réunira des artistes étrangers et des plasticiens tunisiens confirmés avec des jeunes des écoles des Beaux-Arts. Dès le mois de juin, la galerie se mettra au diapason des Utopies visuelles en initiant des traversées artistiques de la ville.

Les désordres fondateurs de Nadia Zouari
En attendant ce grand rendez-vous, les animateurs d'El Birou poursuivent le travail de fond qui leur a permis de poser le socle d'une galerie d'art contemporain qui soit dynamique à l'échelle nationale. En trois années d'existence, Selma et Karim Zouaghi sont parvenus à organiser 41 expositions, créant les conditions propices au développement d'une plateforme indépendante de promotion des arts, porteuse d'un projet original.
Cela, on le ressent dès les premiers pas dans la galerie. Installée dans un ancien dépôt de laine, El Birou surprend par la dualité de ses espaces avec d'une part une galerie plus ou moins conventionnelle et d'autre part, un espace ayant gardé l'aspect brut d'un entrepôt mal dégrossi. Ce choix des animateurs permet de conjuguer une double approche conjuguant le contemporain et l'underground, avec des expositions d'artistes renommés et un espace plus expérimental. Cette dialectique est complétée par une immense fresque qui se trouve à l'extérieur de la galerie mais demeure visible en permanence grâce à une grande baie vitrée. De la sorte, le dedans et le dehors fusionnent et expriment la démarche ouverte de la galerie El Birou. Une bibliothèque complète le dispositif, avec dans les rayons plusieurs ouvrages artistiques.
Quelques pas dans la galerie permettent de rencontrer une nouvelle collection de Nadia Zouari, comme toujours très convaincante dans son travail conceptuel. Intitulée "Des OR donnés", cette collection réunit des oeuvres de divers formats, avec essentiellement des techniques mixtes sur toile et de surprenantes sculptures. Zouari procède par séries et décline son inspiration selon les vents et marées, les détours exotiques et des métaphores enneigées. Comme à l'accoutumée, cette artiste défend sa singularité et invite le regard à se transcender pour se hisser vers les signifiants/signifiés qui parsèment son travail. Très conceptuelle, se plaçant au-delà de l'abstraction, Nadia Zouari convainc amplement et continue à s'affirmer comme une valeur en hausse.

Démolition, éphémère et reconstructions
Il faut ensuite descendre un escalier plutôt raide pour se retrouver dans un espace totalement brut, avec des murs nus et deux palissades de briques qui ont été construites pour l'exposition "Démolition" qui se poursuit paralléllement à celle de Nadia Zouari.
Cette exposition est l'oeuvre de deux jeunes artistes photographes tournés vers le street-art. Avec l'installation du mur de brique et les graffitis qu'ils ont inscrit sur les murs de la galerie, ils entendent se situer dans un entre-deux qui est celui de la jeunesse d'aujourd'hui, coincée entre ses rêves et une époque difficile. Seif Fradj qui est autodidacte présente sa collection de photos, dans un espace étriqué, entre la complainte des graffitis et la nudité crue des murs. Il structure ses 22 oeuvres selon cinq chapitres successifs, constitués de photos numériques et d'un seul cliché argentique qui représente le terme de l'exposition.
Sahar El Echi complète cette exposition avec ses travaux qui se veulent des métaphores de la pluie. Cette ressortissante de l'école des Beaux-Arts de Tunis a même imaginé un caniveau virtuel composé de briques et une installation vidéo au titre révélateur de "Regard trempé". Entre gouttes de pluie et ruissellements, les photographies de Sahar El Ichi invitent à la réflexion et, dans certains cas, évoquent la poésie qui émane des estampes japonaises. Là encore, un mur en briques rouges, posées les unes sur les autres souligne le caractère inachevé de toute oeuvre. En une vingtaine de photos, la jeune artiste pose quelques enjeux et complète le questionnement contemporain de Saif Fradj.
Le finissage de cette exposition devrait se dérouler le 20 mai et donner lieu à une démolition des deux murs qui ont été construits dans la galerie. Avec cette dernière performance, les artistes entendent bien entendu signifier la vanité de toute entreprise et le caractère provisoire de toute oeuvre artistique, dans une approche à caractère de manifeste. Quant à Selma et Karim Sghaier, ils maintiennent le cap et ne conçoivent pas leur travail de galeristes sans la confrontation de projets et les rencontres d'artistes. Cette démarche leur vaut d'ailleurs beaucoup de satisfactions puisqu'ils sont parvenus à implanter un espace alternatif qui n'a pas tardé à devenir la plateforme artistique qu'attendaient Sousse et son public.

Hatem BOURIAL