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Entrisme politique dans les organisations nationales: Ennahdha garde la mainmise sur l’UTAP

Dimanche 13 Mai 2018
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Entrisme politique dans les organisations nationales: Ennahdha garde la mainmise sur l’UTAP

Le mouvement islamise Ennahdha a finalement gradé le contrôle de l’Union tunisienne de l’Agriculture et de la pêche (UTAP), l’une des trois organisations nationales signataires du Document de Carthage, aux côtés de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) et de l’Union Tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat (UTICA). Abdelmajid Ezzar, un ancien membre du conseil de la choura (organe consultatif) d’Ennahdha, a été réélu vendredi à la tête de l’UTAP à l’issue du 16ème congrès national de l’organisation tenu à Tozeur sous le slogan «l’agriculture est la solution».

Unique candidat au poste de président de ce syndicat agricole, Abdelmajid Ezzar a été adoubé par l’écrasante majorité des 100 nouveaux membres du conseil national de l’UTAP. Un nouveau Bureau exécutif composé de 24 membres, quasiment tous proches du parti islamiste, ont été aussi élus lors de ce congrès, dont les travaux ont été ouverts en présence du Chef du gouvernement d’union nationale, Youssef Chahed.

La reconduction des nahdhaouis dans les principales instances dirigeantes de l’UTAP est une simple formalité puisque le parti de Rached Ghannouchi  contrôle depuis 2011 la majorité des unions régionales et locales de l’agriculture et de la pêche.

Abdelmajid Ezzar avait accédé à la présidence de l’UTAP en février 2013, grâce au soutien de 98 membres du conseil national de l’organisation. Avant de se faire élire, il a démissionné du  conseil de la choura d’Ennahdha en février 2013 pour se consacrer à l’action syndicale, respectant ainsi une nouvelle clause du statut de l’organisation, adoptée en motion lors du congrès, interdisant le cumul des responsabilités politiques (au sein des partis) et syndicales (dans l’organisation agricole).

 

Regain de visibilité sur le terrain politique

S’il est vrai que le bilan de M. Ezzar en matière de défense des intérêts corporatistes des agriculteurs et des prêcheurs est mitigé, il n’en demeure pas moins qu’il a réussi à redonner plus de visibilité à l’UTAP sur le plan politique. L’organisation est associée depuis 2016 aux négociations relatives au Document de Carthage, qui définit les priorités et le plan d’action du gouvernement d’union nationale. L’homme a aussi ses entrées dans les Palais de Carthage et de la Kasbah.

Bien avant l’indépendance, le syndicat des agriculteurs était un acteur politique de premier plan.  Depuis sa création, l’Union générale des agriculteurs tunisiens (UGAT) avait exprimé ouvertement son soutien à Habib Bourguiba en tant que «véritable et unique porte-parole du peuple tunisien» et à la position nationaliste du Néo-Destour. L’UGAT  s’est ensuite alignée sur les positions de Salah Ben Youssef et refusé l’accord d’autonomie interne, ce qui a engendré une rupture définitive avec Bourguiba et à la disparition de l’organisation.

L’Union nationale des agriculteurs tunisiens (UNAT) a été ensuite créée  en 1953 à la demande de Bourguiba,  par des anciens dirigeants de l’UGAT, dont  Sadok Khalfallah, Mohamed Kacem et Tahar Azaïez.

L’UNAT a cependant beaucoup perdu de son aura durant la période de collectivisation conduite par Ahmed Ben Salah, lorsqu’on lui a reproché de ne pas avoir défendu les intérêts des agriculteurs. La reprise en main de l’organisation par Mohamed Ghedira en 1975 lui a permis de retrouver  son lustre même si elle a continué à être organiquement liée au Parti socialiste destourien. Après l’arrivée de Ben Ali au pouvoir, l’UNAT a rejoint le «Pacte national», avant d’adopter l’appellation d’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (UTAP) en 1990. Ses membres ont été régulièrement représentés sur les listes du parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique lors des élections législatives.

Outre l’UTAP, Ennahdha pratique depuis la révolution l’entrisme politique dans plusieurs organisations professionnelles, dont l’Ordre national des ingénieurs, les antennes régionales de l’UTICA et même les syndicats sectoriels rattachés à l’UGTT.

L’entrisme politique est une technique utilisée par les partis politiques pour phagocyter des organisations ou des syndicats de l’intérieur. Elle consiste à faire entrer des éléments dans une organisation,  avec pour ambition d’en prendre le pouvoir ou d’en changer la mission.

Walid KHEFIFI

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